DU GÉNÉRAL FOY
i^ooi ! ce fardeau sacré , qu'une foule pieuse , A son dernier séjour conduit silencieuse,
C'est la dépouille d'un mortel !
Salut , noble tombeau , que des lauriers couronnent !
Sans les larmes qui t'environnent
Je t'aurais pris pour un autel.
0 Français ! ô patrie ! ô sinistre journée !
Foy n'est plus! sa grande âme aux deux est retournée.
Vieux compagnons de ses exploits , Vous qu'il abandonna dans une autre espérance , Voilez vos étendards ! Magistrats de la France ,
Voilez l'arche sainte des lois !
Ornement d'une histoire en miracles féconde , D'ineffables exploits complice glorieux , Naguère on l'avait vu , d'un pas victorieux , Suivre ces étendards qui parcouraient le monde , Refoulant les rois devant eux.
Au fracas des mousquets éveillé , jeune encore , Il aimait du soldat l'aventureux destin ,
Les accens du clairon sonore Retentissant parmi les brouillards du matin , Les repos imprévus et les marches soudaines , Les aigus sifflemens des balles dans les bois ,
Le canon à la vaste voix , Et le front de bataille aligné dans les plaines.
Alors vous l'eussiez vu , plein du feu des combats , Palpitant de valeur , la t<3te échevelée , D'un regard tout de flamme animer ses soldats ; Et tonner comme un dieu , dans l'horrible mêlée.
De tous ces glaives inhumains ,
Qui prêtaient à la mort un secours si rapide , Celui qui brillait dans ses mains Ne fut pas le moin9 homicide.
Vingt ans il combattit : Jéna , Wagram , Eylau
Vous vîtes tour-à-tour vos plaines abreuvées
De ce sang, et si pur , et si noble , et si beau ,
Dont quelques gouttes réservées ,
S'épanchèrent à Waterloo !
Et quand la France humiliée Inclina ses mille drapeaux , Lorsque la tente fut pliée , Il ne songea point au repos.
« Repose , ô mon glaive fidèle , Dit-il : une gloire nouvelle , De nos malheurs s'en va jaillir.... »
Et quand tous perdaient l'espérance , Lui , les yeux fixés sur la France , Comprit son nouvel avenir.
— <• De notre liberté le monument s'élève... Soldat , je vais m'asseoir au rang des citoyens : D'un esclavage impur pour briser les liens , La parole est à nous ; et c'est encore un glaive. »
Mais la tribune dévorante
Est , comme un champ d'honneur , fatale à ses héros.
Il tombe dans sa course ; et sa bouche expirante A murmuré ces derniers mots :
o Dieu clément ! encore une année ,
Chaque jour , chaque instant, me fallût-il souffrir;
Je n'ai pas accompli toute ma destinée.
On n'est pas libre encor; je ne dois pas mourir! »
« Ou , si la funèbre demeure Doit avant peu me recevoir , Pour consoler ma dernière heure , Liberté , liberté , que je puisse entrevoir De tes mille rayons un seul... et que je meure ! «
Le pâle et doux rayon ne se montra jamais ;
Même aux yeux d'un mourant Dieu voila ses secrets.
Fcnchant sa tête vénérable , A la France en son cœur il fît de longs adieux , Et s'endormit enfin , triste et silencieux , De ce repos inexorable Dont le réveil est dans les cieux.
Mais dans les cieux du moins la liberté réside : La sainte liberté qu'un grand peuple autrefois
Voyait accourir à sa voix ,
Et dont un fantôme homicide
Finit par usurper les droits.
C'est là qu'elle apparaît sans voiles , Le front , tout rayonnant de l'or pur des étoiles. Apaise son courroux , et calme son effroi : Quelque juste fureur qui la tienne alarmée,
Elle doit-être désarmée
Par un suppliant tel que toi.
Au nom de tes travaux , au nom de ton génie,
Au nom de tes mâles vertus ,
Au nom du beau trépas qui couronna ta vie ,
Dis-lui de consoler les Français abattus.
Qu'elle vienne ! ils sauront l'entendre : Le temple est déjà prépare* ; L'autel est rétabli ; l'encens est épuré : Conjure-la de redescendre.