PRÉFACE
Air : Allons, Babel, un peu de complaisance.
V ous savez tous q' j'avais pour secrétaire Un gros garçon qui s' nomme Désaugiers. Comm' ses refrains, j'aimais son caractère; C'était vraiment la fleur des chansonniers. Mais queu chang'ment! il d' vient béte; il d'vient triste; Chacun le r'garde , et s' demande : est-c' bien lui ? Bref, le voilà , d'puis qu'il est royaliste , Maussade et blanc, comme un bonnet de nuit.
Air : Du lendemain.
y lui disais hier : « Veux-tu m' croire , Mets mon voyage en chansons ;
J' te promets , outre la gloire , L' meilleur vin des Percherons w .
Mais d'un' façon peu civile , Ilm'rëpond : vœux superflus î J' suis directeur du Vaud'ville, Je n' chante plus.
Air : Des Yisilandines
Je n' suis point d'ailleurs ton affaire ,
T'es libéral , Cadet-Buteux.
Moi , vois-tu ben, J'ne l'suis plus guère
Bérauger t' conviendrait bien mieux.
D'un chacun sa muse est goûtée ;
Je r prendrais ; lui dis-je, à l'instant;
Mais c'est un chien d'indépendant
Qui n'écrit pas sous la dictée.
Air : Lise épouse 1' beau Gernance.
Eh! bien, j' changerai d' système, Je m' dicterai-z-à moi-même.
Foin de toi-z-ct d' ta couleur ; T'es si blanc q' tu me fais peur.
J' m'en vais , sans délai ni r'mises , Fair' mon récit ingénu ; Au moins , si j' dis des sottises , Je n' dirai que c'que j'ai vu.
Air : De la république, de Béranger.
J'ai vu jouer des comédies,
Des mélodram' , des opéra ,
Des ballets et des tragédies ,
Des congrès, j' n'ai jamais vu ça.
Je suis las d' ces rois sans empire ,
Au sceptre de carton ou d'bois;
J'en veux voir qui n' sont pas pour rire
Et dont les sceptres ont le poids.
Air •• J'ai vu partout dam mes voyages.
Vive r concile de Vérone ,
Où chaque é\èq\ russe ou germain ,
Au lieu d' mitre porte une couronne , Au lieu d' crosse a le sceptre en main. Dans ce concil' diplomatique , A l'index on met les nations; Et r pays le plus hérétique En craindrait encor les canons.
Air : Aussitôt que la lumière.
C'est décidé : coût' qui coûte , J' loue un âne , et j' mont' dessus ; J'mets à fair' cet' petit' route Cinq mois et queuq' jours en sus.
Autour de nous chacun s' presse, Et s' dit , en nous r'gardant d' près : C'est queuq's envoyés d' Gonesse, Qui vienn' prendr' place au congrès.
Air ; Une fille est un oiseau.
Corom'j'cntrons, la douane ouvrait La mair du grand diplomate
D'Mctternich l'aristocrate; Or , voici c' qu'ell' contenait ; Du jujub' contre les rhumes, Cinq à six bottes de plumes, D' Machiavel dix volumes , Un' pair' de fort bons rasoirs , Un paquet de vieilles chartes , Un'douzain' de jeux de cartes, Deux canifs et huit grattoirs.
AxR : Du major Palmer.
Drès lo lend'main je m'installe Sous un' table en tapinois , Au beau milieu de la salle Où s' tenait 1' sabbat des rois.
D'abord chacun s' considère , D'un air malin et subtil , Et s' demande avec mystère :
« Eh bien! comment ca va-t-il?
On dit : u Vous et' trop honnête , Je m' porte cahin-caha ; »
Ou bien : « J'ai mal à la tête ; Mais j'espèr' que ça s' passera. »
Puis v'ià qu'un grand silène' règne ; Et Metternich , en secret , De sa poch' tire un p'tit peigne , Et s' démêle le toupet.
Dans un' longue rêverie Chateaubriant absorbé S' croit encore , je l' parie , Au bord du Meschacêbé.
J' vis aussi dans la séance Mathieu, c' chevalier féal, Qui de la tribun' de France A fait un confessionnal.
Caraman , devant un' glace , Se caressait le jabot ,
Et , souriant avec grâce ,
Paraissait dir' : » Que j' suis beau! »
Au roi de N*** en cachette ;
A*** dit : « Bonjour,
Papa , votr' barb' n'est pas faite. »
L'aut' répond : « C n'est pas mon jour >>.
A Wellington qui sommeille , L'roi de Prusse dit : « Breton, Prends un' prise, ça réveille; Prends, te dis-je, c'est du bon. «
J'rae dis : « m' prendrait-on pour dupe? > Mais enfin , v'ià qu'est fini ; Et r congrès tout d' bon s'occupe....
D' la musiqu' de Rossini.
Air : Des Visitandines.
Tout empesté d'une odeur d'ambre ,
Qui dans l' salon se répandait ,
J' m'en retourne dans l'antichambre ;
C'est là que 1' vrai congrès s' tenait. Là chaqu' opinion s' développe; Chaq' faquin ëmet son avis, Comme autant cV docteurs réunis Pour tâter le poulx à l'Europe.
Air : de Marcellin.
L'un dit qu'elle a trop d'embonpoint, Ainsi q' Monsieur Bellard l'enseigne; Un autre à son avis se joint , Et prétend qu'il faut qu'on la saigne ; Sti-là dit que d' parler , d'agir Air a des d' maiigeaisons étranges , Et que pour mieux la contenir Il faut des bâillons et des langes.
Air : A Paris , à Londre , i Rome.
Maugrebleu , mon sang bouillonne ; K Messieurs, leur dis-je, halte-là; Je n' veux pas qu'on me bâillonne , J'aim' trop à chanter peur ça.
Qu'on m' fustige ou qu'on m' dénonce, J'ai les princip' roturiers ; Et quant au maillot, j'y r'nonce Tout comme à mes p'tits souliers, a
Air : Te souvient-il, disait un capitaine.
Goddera, Milord, 1' grand seigneur me fait peine
Reprend un autr', et c'est trop discuter;
Des Grecs il faut bien reserrer la chaîne :
Un peuple mort n' doit pas ressusciter.
Que de Candie on chante la conquête ,
Et des exploits sans cesse renaissant :
L' roi d'A**# a juré sur sa tête
De soutenir la gloire du croissant «
Air : Des visitandines.
— i» J' crois que 1' turban est légitime, Répart alors monsieur Jeouffroi ; Mais F*** q' son peuple opprime , Ne l'est pas moins q' lui , selon moi. a 2
Les Turcs, sont de bons royalistes , Qu'il faut venger : c'est mon avis ; Mais en secourant les Dei-vis , N'faut pas oublier les Trappistes.
Air : Muse des bois.
« L'Espagn' ? réponds-je , elle est par trop coriace , On n' la mang' pas conim' cela d'un coup-d'œil : Dans c' beau pays q' d'un peu loin on menace , D'plus brav' que vous n'ont trouvé qu'un cercueil. Pour recevoir les troup' mal avisées , Qui dans ces lieux sans gloir' viendraient mourir , N'y a pas besoin qu' des tombes soient creusées , Eir sont tout' prêt's ^ il n'y a qu'à les rouvrir. »
Air : La bonne Aventure.
J' n'avais pas fini qu' l'un d'eux
D'un soufflet m' régale ; Et , pour rendre entre nous deux
La partie égale ,
Vandales , Germains et Goths
S' raett'nt à m' tomber sur le dos :
La bonne habitude , 0 Gué !
La bonne habitude !
Air: De Marianne.
J' m'échappe en criant : « Par Saint-George ! C'est toi , Cadet , qui l'as voulu ! « Et j' quitte à l'instant ce coup' gorge Ëtonné , honteux et moulu.
J ' mont' sur mon âne Qui , Dieu me damne , N' partageait pas mon dépit libérai ; Car c'te gross' bête, Secouant la tête , Se mit à brair' d'un ton sentimental ; Il m' portait avec répugnance , Si bien qu'aux soupirs qu'il poussait , On voyait bien qu'il délaissait Un pays d' connaissance.
Air : Du roi d'Yvetot.
J'sors de Veron' comm' j'y suis v'nu : Dieu ! qu'un congrès c'est drôle î
C'est un dram' où c' qu'il est conv'nu Qu' personn' n'saura son rôle.
Et que j'm'en veux d'm'êtr' mis en frais
Exprès !
Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
J'croyais un congrès plus beau qu'ca ,
Là là.
Ces messieurs (i) suiv'nt un mauvais ch'min
Et l'on dirait , ce m'semble , A les voir tous s' t'nir par la main ,
Qu'ils veul' tomber ensemble.
C n'est pas moi qui les ramass'rai ,
(l) Mon&ieur JeouiTroi cl autres jockeys diplumaLi«{ues.
Et par terr' quand je les verrai ,
J 'rirai :
Oh! oh ! oh! oh ! ah! ah ! ah ! ah ! J'croyais un congrès plus beau qu'ca
Là là.