‹ PoésiesChapitre 104 sur 142 · UNE SOIRÉE PERDUE · texte numérisé non relu

UNE SOIRÉE PERDUE

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J*ét«i8 ieul, l'autre mât, au Théâtre-Français,

Ou presque seul; l'auteur n'avait pas grand succès.

Ce n'était que Molière, et nous savons de reste

Que ce grand maladroit, qui fit un jour Jlceste^

Ignora le bel art de chatouiller l'esprit

Et de servir à point un dénomment bien cuit.

Grâce à Dieu, nos aotmirs ont changé de méthode,

Et nous aimons bien mieux qudque drame à la mode

Où rintrigue, enlacée et roulée en feston.

Tourne comme un rébus autour d'un mirliton.

J'écoutais cependant cette simple harmonie, Et connue le bon sens fiiit parler le génie. J'admirais quel amour pour l'âpre vérité Eut cet homme si fier en sa naïveté.

Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde, Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde Que, lorsqu'on vient d'en rire, on de\Tait en pleurer ! Et je me demandais : k Est-ce assez d'admirer? Est-ce assez de venir, uu soir, par aventure, D*entendre au fond de l'àmc un cri de la nalwTC, D'essuyer une larmo, et de partir au\s\.

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|uoi qu'on fasse d'ailleurs, sans en prendre souci ? »

j)nfoucé que j'étais dans cette rêverie,

^à et là, toutefois, lorgnant la galerie,

Te vis que, devant moi, se balançait gaiement

MUS une tresse noire un cou svelte' et charmant ;

St, voyant cet ébène enchâssé dans l'ivoire,

Un vers d'André Ghénier chanta dans ma mémoire,

Un vers presque inconnu, refrain inachevé,

jurais comme le hasard, moins écrit que rêvé.

l'osai m'en souvenir, même devant Molière ;

^a grande ombre, à coup sûr, ne s'en offensa pas ;

St, tout en écoutant, je murmurais tout bas,

Regardant cette enfant, qui ne s'en doutait guère :

« Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,

^ plie, et de la neige effacerait l'éclat. »

Puis je sonjgeais encore (ainsi va la pensée)

}ue l'antique franchise, à ce point délaissée,

\vec notre finesse et notre esprit moqueur,

Ferait croire, après tout, que nous manquons de cœur ;

}ue c'était une triste et honteuse misère

[}ue cette solitude à l'entour de Molière,

Et qu'il est pourtqnt temps , comme dit la chanson,

De sortir de ce siècle ou d'en avoir raison ;

Car à quoi comparer cette scène embourbée,

Kt l'effroyable honte où la muse est tombée?

La lâcheté nous bride, et les sots vont disant

Que, sous ce vieux soleil, tout est fait à ^ré.sç.vvVv

Comme si les travers de Ja famille humaÂwe

e rajeunissaient pas chaque an, chaque setxvïÀvie.

Noire siècle a ses mœurs, parlant, sa vérilé ; Celui qui l'ose dire est toujours écouté.

Ah ! j'oserais parler, si je croyais bien dire. J'oserais ramasser le fouet de la satire, Et l'habiller de noir, cet homme aux rubans verts, Qui se fâchait jadis pour quelques mauvais vers. S'il rentrait aujourd'hui dans Paris, la grand'ville, Il y trouverait mieux pour émouvoir sa bile Qu'une méchante femme et qu'un méchant sonnet; Nous avons autre chose à mettre au cabinet. 0 notre maître à tous ! si ta tombe est fermée, Laisse-moi dans ta cendre, un instant ranimée, Trouver une étincelle, et je vais t'imiter ! Apprends-moi de quel ton, dans ta bouche hardie, Parlait la vérité, ta seule passion, Kt, pour me faire entendre, à défaut du génie. J'en aurai le courage et l'indignation !

Ainsi je caressais une folle chimère.

Devant moi cependant, à côté de sa mère, L'enfant restait toujours, et le cou svelte et blanc Sous les longs cheveux noirs se berçait mollement. Le spectacle fini, la charmante inconnue Se leva. Le beau cou, l'épaule à demi nue. Se voilèrent ; la main glissa dans le manchon ; Et, lorsque je la vis au seuil de sa maison S'enfuir, je m'aperçus que je l'avais suivie. HéJas ! mon cher ami, c'est là toute ma vie. Pendant que mon esprit cheTcYia\V sa NoVowvè.,

UNE SOIUÉE PERDUE. 187

)ii corps avait la sienne et suivait la beauté ; , quand je m'éveillai de cette rêverie, ne m^en restait plus que l'image chérie : Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat, plie, et de la neige effacerait Téclat. »

Juillet 1840.

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Mail ne parlons point de ce\A, /o ut fais pâê une satire,

roÉstift.

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^ T(Mt <» Wm SMir • f ' té» fmwm em um i

FiHe 41bMiÉble cMiéiliM,

AircMwle «t toicie m ftatftiBt, Miiii d« f arfest m'ai 9f$m fmm.

Va àffMi elle ptpmk la irie He li hnm cfn'dle filaitt An jonr Ui jour, poar qui ▼oakût.

htm qu'elle ne p6t qu'à grancTpeine Tirer «^m ptin de cette laine, Etieor Mit^-elle avoir du cobot, Kt, dafi« «a tète florentine, l.iOger la joie et la douleur.

(Us ne fut pas un grand leigneur Qui voulut d'elle, on Timagine, Main un garçon de bonne mine Dont la beiogne était d'aller, /ioiiiiaiit (Je la ktnct k Çi\«v,

Pour un marchand de drap, «on maître .

Pascal, c'est le nom du garçon,

Avait, en mainte occasion,

Laiué son amitié paraître ;

Et, soit faute de s'y connaître,

Soit qu'elle n'y vit point de mal.

L'heure où devait venir Pascal

Mettait Simone à la fenêtre.

Là, lui répondant de son mieux.

Sans en souhaiter davantage,

En le voyant jeune et joyeux,

Elle montrait sur son visage

Le plaisir que prenaient ses yeux ;

Puis, travaillant en son absence,

De tout son cœur elle filait.

Songeant, pour prendre patience.

De qui sa laine lui venait.

Et baisant tout bas son rouet,

Non sans chanter quelque romance.

D'autre part, le garçon montrait

De jour en jour un nouveau zèle

Pour sa laine, et ne trouvait rien

(J*ai dit que Simone était belle)

Qui fût plus tôt fait ni si bien

Qu'un fuseau dévidé par elle.

L'un soupirant, l'autre filant,

La saison des fleurs s'en mêlant.

Enfin, comme il n'est en ce monde

Si petite herbe sous le pié

On'im jour de j)iiii temps ne îtrcowvVe,

192 PDÉ^IËîï.

Ni si fugitive amitié Dûnt il iiiî gi*riîi^ ime amoiit*liei L'ii joui' advînt que le fuiicau Toinliâ par len-e, et la fillette Entj'e les bras du jouvenceau.

Près dea tarritre» de la ville Ëtait nlars vm heau jardiu, LIëii di armant, solitaire a^tle, Ouvert pourtant soir et matiii.

L'ocolier, son Uvre à la inaiti, Le rêveur avec sa paresse, L'amoureux avec sa maîlreMe.

Ëutraient là commi? t^ti paradiït (Car la HljerUi fut jadis Un des iriaoï's de t' Italie, Comme! la musique et ramour).

Le bon Pascal voulut un jour En ce lieu mener son amie, Non pour lire ni pour rêver, Mais voir s'ils n'y jwuiTaient trouver Quelque banc au roui d'une allée Où se dire, sans trop dt* mots, De ces secrets que les oiseaux Se raconieut sous la feuillêe.

Sitôt formé, sitôt conclu, Ce projet n'avait point déplu A la bnineUe filandicre, Et, le dimanche étatil x^wx»

Après avoir dit à son père

Qu'elle aTut dessein d'aller ûûre Ses déTotions à Saint-Gad, Au lieu marqué, brave et légère.

Elle courut trouTer Pïiscal.

ÀTant de se mettre eu campagoe.

Il but savoir qu'elle avait pris, Sdon Tusage du pays.

Une voisine pour compagne; Ce n'est pas là ccmmie à Paris ; L'amour ne va pas sans amis. Bien est-il que cette voisine Causa plus de mal que de bien.

Belle ou laide, je n'en sais rien, Boccace la nomme Lagine.

Le jeune homme, de son coté.

Vint pareillement escorté D'un voisin surnommé le Strambe, Ce qui veut dire proprement Que» sans boiter précisément, n louchait un peu d'une jambe.

Mais n'importe. Entrés au jardin»

Nos couples se prirent la main, Le voisin avec la voisine, Et chacun suivit son chemin.

Pendant que le Strambe et Lagine Au soleil allaient faire un tour, Cherchant à coudre un brin d^aitioui^ Au fond des bois sous la ramée^' Pascal, bienant sa bien-aiméft, Trouva bientôt ce qu'il cheràiii\.>

Uue touffe d'herbe entassée.

Et le bonheur qui Tattendait.

Comme cette heure fut passée, Le dira qui sait ce que c*est ; Deux bras amis, Mancs comme lait, Un rideau ^ert, un lit de mousse, La vie, héUs ! c'est ce qui lait Qu'dle est si crudle et si douce.

Le hasard voulut que ce lieu Fût an penchant d'une prairie.

Çà et là, comme il plaît à Dieu, L*herbe courait fraîche et fleurie, Et, comme un peu de causerie Vient toujours après le plaisir.

Toujours du moins lorsque l'on aime, Car autrenpnt le bonheur même Est sans espoir ni souvenir.

Nos amoureux, assis par terre.

Commencèrent à deyiser, Entre le rire et le baiser, D'uu bon diner qu'ils voulaient faire Eu ce lieu même, à leur loisir ; La place leur devenait chère, 11 leur fallait y revenir.

Tout en jasant sous la verdure, Le jouvenceau, par aventure.

Prit uue fleur dans un buisson.

Quelle fleur? Le pauvre garçon A'en savait rien, el \e V*\ç\ot^\ N*y pouvant croire wicuuâi«tt%cK>

11 la porta, sans y songer, A sa lèvre brûlante encore De ces baisers si désirés.

Et si lentement savourés.

Puis, revenant à la pensée Qu'ils avaient tous deux caressée.

Il parla d'abord quelque temps.

Tenant cette herbe entre ses dents; Mais il ne continua guère Que le visage lui changea.

Pâle et mourant sur la bruyère Tout à coup il se souleva.

Appelant Simone, et déjà Entouré de l'ombre étemelle; Il étendit les bras vers elle, Perdit la parole et tomba.

Bien que ce fût chose trop claire Qu'il eût ainsi trouvé la mort, La pauvre Simone d'abord Ne put croire à tant de misère Que d'avoir perdu son ami, Et le voir s'en aller ainsi Sans adieu, plainte, ni prière.

Tremblante elle courut à lui.

Croyant qu'il s'était endormi Dans quelque douleur passagère, Et le serra tout défailli , Non plus en amant, mais en frère.

Qu'eût-elîe fait? Les pauvres %«ivi^) Habitués à là souffrance.

Guémi juaqu'aïuL demie» inrtaiiU Lour iittM|iie Kmcu, rcupcraBaf; Maïs k aoft vieut, ^ le lfl«r {trand.

I^à k fpedn ans mum «vidai Ëlakit ae» ir&om liviAet ter riMMune praque cacor niaat; Lei baaiu yeux^ U» lètvat chéries, 8e eounaient d'un MaaqHe de aaag Marqué du fouet det Furici.

BieitféC ce corpa inaniwé, SI beau lufuêre el tant aûné, Fut UA td objet d'épouvaute, Que k ra|ird de loa aaante Avec horreur l'en détooma.

Aux crii que Shnooe jeta, Strimbe accourut avec Lag 'me.

Et par malheur vinrent auui Lei genf d'une nialion voisine.

Quand le peuple s'assemble ainsi, G'est toujours sur quelque ruiue ici surtout ce fut le cas.

Celu qui firent les premiers pas Trouvèrent Simone étendue Auprès dti corps de son amant, En sorte qu'on crut un moment Que, par Une càtise inconnue, Jli avaient expiré loua dexui.

Hùt AU ciel I Telle mon Y^VLT«sxx

Eût été douce et bienyenue.

Mais Simone rouvrit les yeux :

a Malheureuse, dit le boiteux, Voyant son compagnon sans y\e, C'est toi qui Tas assassiné! »

A ce mot, le peuple étonné S'approche en foule ; on se récrie ; Un médecin est amené.

Il Toit un mort, il s'en empare, Observe, consulte et déclare Que Pascal est empoisonné.

A tous ces discours, Simonette Ne comprenant que son chagrin.

Restait, la tète dans sa main, Plus immobile et plus muette Qu'une pierre sur un tombeau.

Qui devait parler ? C'est Lagine.

Venant d'une âme féminine.

Un tel courage eût été beau.

Ce qu'elle fît, on le devine; Elle se tut, faute de cœur.

Et, voyant tomber l'infamie Sur sa compagne et son amie, Au lieu d'avoir de son malheur Compassion, elle en eut peur.

Moyennant quoi l'infortunée.

Seule et sans aide contre tous, Devant le juge fut traînée, Et là tomba sur ses genoux.

De se.^ larmes tonte Imîgnée ;

Et plus qu'à demi <

Le juge, ayant tout entendu.

Ne te trouva pas coniraineu.

Et, soupçonnant quekjiie mystère.

Voulut, sans remettre l'aflaire,

Incontinent l'eiaminer.

Ne te pouvant imaginer.

Ni que la fille fiH coupable.

Voyant qu'elle pleurait si fort.

Ni que le jeune homme fût mort

Sans une cause vraisemblable,

11 prit Simone par la main.

Et, s'achemiuant sans mot dire.

Avec ces gens, vers le jardin,

Lui-même il voulut la conduire

Devant le corps du trépassé,

Afin qu'elle pût se défendre

En sa présence, et faire entendre

Comment le fait s'était passé.

Alors, dans sa triste mémoire

Rappelant son fidèle amour.

Du premier jusqu'au dernier jour,

Simone conta son histoire

Comme je l'ai dite à peu près, —

Bien mieux, car les pleurs seuls sont vrais.

Mais personne n'y voulut croire.

Quand elle en fut à raconter

l*ar quelle disgrâce inouïe

Pascal avait perdu \a vie,

Voyant tout le monde en dowiei.

Et le juge même sourire,

Pour mieux prouver son simple dire,

Elle s'en vint vers l'arbrisseau

Sous lequel le froid jouvenceau

Dormait, pâle et méconnaissable ;

Puis, cueillant une fleur semblable

A cette fleur que son ami

Sur ses lèvres avait placée.

Sa pauvre âme eut une pensée.

Qui fut de faire comme lui.

Fut-ce douleur, crainte, if;norance?

Qu'importe? Pascal l'attendait,

Ouvrant ses bras qu'il lui tendait,

Dans un asile où l'espérance

N'a plus à craindre le malbeur.

Sitôt qu'elle eut touché la fleur.

Elle mourut. Ames heureuses,

A qui Dieu fit cette faveur

De partir encore amoureuses,

De vous rejoindre sur le seuil.

L'un joyeux, l'autre à peine en deuil.

Et de finir votre misère

En vous embrassant sur la terre, '

Pour aller aussitôt après

Là-haut vous aimer à jamais 1

Or maintenant quelle est la plante Qui sut tirer si promptemenl De tant âe délices Tamant,

m POÉSIES.

De tant de déiespoir Tamante ?

Boccace dh eo pea de mots, Dans sa sîmplesse aceoutamée, Que la cause de tant de maux Fut une muge enTenimée Par un crapaud ; mais. Dieu merci l Nous en m^ons trop aujourd'hui Pour croire aux erreurs de nos pères.

Ce serait un cent de vipères.

Qu'un enfuit leur rirait an nés.

Quand les gens sont empoisonnés, Dans notre siècle de lumière, On n'y croit pas si promptement.' N'en restât«il qu'un ossement.

Il &ut qu'il sorte de la terre, Pour prouver par-devant notaire Qu'il est mort de telle manière, A telle heure, et non autrement.

Pauvre bonhomme de Florence, A qui, selon toute apparence.

Dans les faubourgs de la cité Ce conte avait été conté.

Qui l'aurait voulu croire en France?

Braves gens qui riez déjà, L'histoire n'en est pas moins vraie.

Cherchez la plante, et trouvez-la.

Demain peut-être on la verra Dans le sentier ou dans la haie ; La Faculté l'appeWera Pavot, ciguë ou bettadowe.

Ici-bas tout peut se prouver.

Le plus difficile à trouver

N'est pas la plante, c'est Simone.

Octobre it40.

J'espénis bien pleurer, mais je croyais souffirir En osant te revoir, place à jamais sacrée, 0 la plus chère tombe et la ^us ignorée Où dorme un souvenir!

Que redoutie3(^vous donc de cette solitude, Et pourquoi, mes amis, me preniei-Tous laiMna? Alors qu'une si douce et si vieille habitude Me montrait ce chemin ?

Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries, Et ces pas argentins sur le sable muet, Ces sentiers amoureux, remplis de causeries, Où son bras m'enlaçait.

Les voilà, ces sapins à la sombre verdure, Cette gorge profonde aux nonchalants détours. Ces sauvages amis, dont l'antique murmure A bercé mes }>eaux jours.

Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse. Comme un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas. Lieux charmants, beau déserV. ou\v«k.s^xiv«iXûaÀVNBSfe, Ne in'attendîei-\ou% v*^*?

Ah I laissez-les couler, elles me sont bien chères, Ces larmes que soulève un cœur encor blessé ! Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières Ce voile du passé !

Je ne viens point jeter un regret inutile Dans l'écho de ces bois témoins de mon bonheur. Fière est cette forêt dans sa beauté tranquille, Et fier aussi mon cœur.

Que celui-là se livre à des plaintes amères, Qui s'agenouille et prie au tombeau d'un ami. Tout respire en ces lieux ; les fleurs des cimetières Ne poussent point ici.

Voyez ! la lune monte à travers ces ombrages. Ton regard tremble encor, belle reine des nuits ; Mais du sombre horizon déjà tu te dégages, Et tu t'épanouis.

Ainsi de cette terre, humide encor de pluie, Sortent, sous tes rayons, tous les parfums du jour ; Aussi calme, aussi pur, de mon âme attendrie Sort mon ancien amour.

Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie? Tout ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant; Et rien qu'en r^ardant celte vaWée amve) Je redeviens enfant.

0 puissanee du temps! ô légères innées! Vous emportet nos pleurs, nos cris et nos regrets ; Biais la pitié ifoas prend, et sor nos fleofs fanées Vous ne marchez jamais.

Tout mon cœur te bénit, bonté consolatrice I Je n^auraîs jamais cru que l'on pét tant souffrir D'une tdle blessure, et que sa cicatrice Fût si douce à sentir.

Loin de moi les Tains mots, les frivoles pensées. Des vulgaires douleurs linceul accoutumé, Que viennent étaler sur leurs amours passées Ceux qui n*ont point aimé !

Dante, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misère Qu'un souvenir heureux dans les jours de douleur ? Quel chagrin t'a dicté cette parole amère. Cette offense au malheur?

En est-il donc moins vrai que la lumière existe. Et faut-il l'oublier du moment qu'il fait nuit? Est-ce bien toi, grande âme immortellement triste, Est-ce toi qui Tas dit?

Non, par ce pur flambeau dont la splendeur m'éclaire, Ce blasphème vanté ne vient pas de ton cœur. Un souvenir heureux est pewv-^vte «w v«ct« Plus \Tai que le \>oi^V\\t.

Eh quoi ! rinfortmié qui trouve une étincelle Dans la cendre brûlante où dorment ses ennuis, Qui saisit cette flamme et qui &xe sur elle Ses regards éblouis ;

Dans ce passé perdu quand son âme se noie, Sur ce miroir brisé lorsqu'il rêve en pleurant, Tu lui dis qu'il se trompe, et que sa faible joie N'est qu*un affreux tourment I

Et c'est à ta Françoise, à ton ange de gloire. Que tu pouvais donner ces mots à prononcer, Elle qui s'interrompt, pour conter son histoire, D'un éternel baiser !

Qu'est-ce donc, juste Dieu, que la pensée humaine, Et qui pourra jamais aimer la vérité, S'il n'est joie ou douleur si juste et si certaine Dont quelqu'un n'ait douté ?

Gomment vivez«>vous donc, étranges créatures ? Vous riez, vous chantez, vous marchez à grands pas ; Le ciel et sa beauté, le monde et ses souillures Ne vous dérangent pas ;

Mais, lorsque par hasard le destin vous ramène Vers quelque monument d'un amour oublié, Ce caiUou vous arrête, et cela no^% W\\ \«v\!a. QiiV vous heurte le p\é.

2M POASJIS.

Et vous criei ikm que b m ctt vn fooge ; Vous TOUS tatàn kê bus eoume en tous réreUlant, Et Yous trouvei ftcheux qu'un si joyvux mensonge Ne dure qu'un insUnt

Malheureuxl œt instant où TOtie ànw A secoué les fen qu'elle tntne ici-lMi, Ce fugitif instant fat toute votre ne; Ne le regrettef pas 1

Regretta la torpeur qui vous cloue à la terre, Vos agitations dans la fimge et le sang. Vos nuits sans espérance et vos jours sans hnûèie : C'est là qu'est le néant !

Mais que vous revient-il de vos firoides doctrines f Que demandent au ciel ces regrets inconstanti Que vous allez semant sur vos propres ruines, A chaque pas du Temps?

Oui, saus doute, tout meurt; ce monde est un grand rêve, Et le peu de bonheur qui nous vient en chemin. Nous n'avons pas plutôt ce roseau dans la main. Que le vent nous l'enlève*

Oui, les premiers baisers, oui, les premiers serments Que deux êtres mortels échangèrent sur terre. Ce Alt au pied d'un arbre effeuÂWé ^t \«& nvd&s Sur un roc en pouswètc.

prireut à témoin de leur joie éphémère ciel toujours Toilé qui change à tout moment, les astres sans nom que leur propre lumière Dévore incessamment.

it mourait autour d'eux, l'oiseau dans le feuillage, fleur entre leurs mains, l'insecte sous leurs pies, source desséchée où vacillait l'image De leurs traits oubliés;

sur tous ces débris joignant leurs mains d'argile, urdis dés éclairs d'un instant de plaisir, croyaient échapper à cet Être immobile Qui regarde mourir !

Insensés ! dit le sage. — Heureux 1 dit le poète, luels tristes «mours as-tu donc dans le cœur, e bruit du torrent te trouble et t'inquiète, Si le vent le fait peur ?

vu sous le soleil tomber bien d'autres choses ! les feuilles des bois et l'écume des eaux, i d'autres s'en aller que le parfum des roses Et le chant des oiseaux.

yeux ont contemplé des objeU plus funèbres Juliette morte au fond de son tombeau, i affreux que Je toast à Vange àfe% \few^\^ Porté par Roméo.

ai8 POtiMES.

J'ai vu ma leak amie, à jamaii b fUm Mn, Devenue eUe-gième un t^pulcre Uimelii, Une tombe vivante où flottait b poumîère De notre mort chéri»

De notre paan« amour <iue, daqs b nuit profMide» Nous avionifur noa oœun û donoenient bëreél C'était plus qu'une vie, hébfl c^était on Monde Qui s'était efiaoé!

Oui, jeune et belle enoor, plus belle* oiait-oii dire. Je l'ai vue, et ses yeux briUaient eoume antreins. Ses lèvres s*entr*ouvndent, et c'était on aonriret Et c'était une voix;

Mais non plus cette voix, non plus ce doux Ces regards adorés dans les miens confondus ; Mon cœur, encor plein d'elle, errait sur son Et ne la trouvait plus.

Et pourtant j'aurais pu marcher alors vers elle ; Ehtourer de mes bras ce sein vide et glacé. Et j'aurais pil crier : « Qu'as-tu fait, infidèle» Qu'as-tu fait dii passé? »

liais non : il me semblait qu'une fenmife iucbnnUte Avait pris par hasard celte voix et ces yeux; Et je laissai passer cette froide slalue En regardant les c\e«x.

Eh bien! ce fut sans doute une horrible misère Que ce riant adieu d'un être inanimé.

Eh bien! qu'importe encore? 0 nature! ô ma mère! En ai-je moins aimé?

La foudre maintenant peut tomber sur ma tète ; Jamais ce souvenir ne peut m*être arraché ! Gomme le matelot brisé par la tempête, Je m'y tiens attaché.

Je ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent, Ni ce qu'il adviendra du simulacre humain. Ni si ces vastes cieux éclaireront demain Ce qu'ils ensevelissent.

Je me dis seulement : a A cette heure, en ce lieu. Un jour, je fus aimé, j'aimais, elle était belle. J'enfouis ce trésor dans mon âme immortelle. Et je l'emporte à Dieu 1 »

Février i«4i*

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