LE RHIN ALLEMAND
AÉPONSE A LA CHANSON DE BECEER
Vous l'avous eu, votre Rhin allemand,
11 a tenu dans notre verre.
Un couplet qu'on s'en va chantant
Efiace*t-il la trace altière pied de nos chevaux marqué dans votre saug?
*(ous Pavons eu, votre Rhin allemand* Son sein porte une plaie ouverte, Du jour où Condé triomphant A déchiré sa robe verte.
le père a passé, passera bien reniant.
*(otis l'avons eu, votre Rhin allemand* Que faisaient vos vertus germaines, Quand notre César tout'puissftnt t)e ton ombre couvrait vos plaines?
donc eHAl tonibé, ce dernier ossementP
ions Pavons eu, votre Rhin allemand.
Si vous oubliez votre histoire, Vos jeUnes fillies, sikement^ Ont niieux pirdé notre mémoire ;
r nous ont fené votrfe petit v\u VA^\\<i.
S'il est à vous, votre Rhin allemand, Lavez-y donc votre livrée ; Mais parlez-en moins fièrement.
Combien, au jour de U curée, Étiez-vous de corbeaux contre Taigie expirant?
Qu'il coule en paix, votre Rhin allemand; Que vos cathédrales gothiques S'y reflètent modestement ; Mais craignez que vos airs bachiques Ne réveillent les morts de leur repos sang^t.
FéTricriMi.
A M. SULOX
u Oui, j'écris rarement et me plais de le faire : Non pas que la paresse en moi soit ordinaire ; Biais, sitôt que je prends la plume à ce dessein, Je crois prendre en galère une rame à la main. »
Qui croyez-vous, mon cher, qui parle de la sorte?
C'est Alfred, direz-vous, ou le diable m*emporte !
Non, ami. Plût à Dieu que j'eusse dit si bien
Et si net et si court pourquoi je ne dis rien !
L^esprit mâle et hautain dont la sobre pensée
Fut dans ces rudes vers librement cadencée
(Otez votre chapeau), c*est Mathurin Régnier,
De l'immortel Molière immortel devancier ;
Qui ploya notre langue, et dans sa cire molle
Sut pétrir et dresser la romaine hyperbole;
Premier maître jadis sous lequel j'écrivis.
Alors que du voisin je prenais les avis,
Et qui me fiit montré, dans l'âge où tout s'ignore,
Par de plus fiers que moi, qui l'imitent encore;
Mais Ja cause était bonne, et, q;ue\ cça civ wv^.\^«^^
Quiconque ma fait voir celle xowXe «l \3\«v\«aV.
')rje me demauânh hier dans \a soWvw^^ *•
214 POtSIES.
Ce oœur sant peur, sans {^ène et sans inquiétude,
Qui Técnt et monrat dans un si bra^ ennui.
S'il se taisait jadis qu'eùt-il fiut aujourd'hui ?
Alors à mon esprit se présentaient en hite
Nos irioes, nos traipers, et toute cette. p4te
Dont il aurait su fiùre un plat de scm métier
A nous désopiler pendant un siècle entier :
D'abord le grand fléau qui nous rend tous malades,
Le seigneur Journalisme et ses pantalonnades;
Ce droit quotidien qu'un sot a de berner
Trois ou quatre milliers de sots, à déjeuner;
Le règne du papier, l'abus de l'écriture,
Qui d'un plat feuilleton fidt une dictature.
Tonneau d*encre bourbeux par Fréron défoncé,
Dont, jusque sur le trône, on est éclaboussé ;
En second lieu, nos mœurs, qui se croient plus aétères,
Parce que nous cachons et nous rinçons nos Terres,
Quand nous avons commis dans quelque coin honteux
Ces éternels péchés dont pouffaient nos aïeux;
Puis nos discours pompeux, nos fleurs de bavardage,
L'esprit européen de nos coqs de village,
Ce bel art si choisi d'offenser poliment,
Et de se souffleter parlementairement ;
Puis, nos livres mort-nés, nos poussives chimères,
Pâture des portiers ; et ces pauvres commères,
Qui, par besoin d'amants ou faute de maris,
Font du moins leur besogne en pondant leurs écrits ;
Ensuite, un mal profond, la croyance envolée,
La. prière inquiète, errante el àfeao\fe».
Et, pour qui joint le» mains, çoux <YWk\cN^\«9.i«M.,
Une croix en poussière et le désert aux cieux ; Ensuite, un mal honteux, le bruit de la monnaie, La jouissance brute, et qui croit être vraie, La mangeaille, le vin, l'égoïsme hébété. Qui se berce en ronflant dans sa brutalité ; Puis un tyran moderne, une peste nouvelle, La médiocrité qui ne comprend rien qu'elle. Qui, pour chauffer la cuve où son fer fume et bout , Y jetterait le bronze où César est debout, Instinct de la basoche, odeur d'épicerie, Qui fait lever le cœur à la mère patrie, Capable, avec le temps, de la déshonorer, Si sa fierté native en pouvait s'altérer ; Ensuite, un tort léger, tant il est ridicule. Et qui ne vaut pas même un revers de férule. Les lamentations des chercheurs d'avenir. Ceux qui disent : Ma sœur, ne vois-tu rien venir ? Puis, un mal dangereux qui touche à tous les crimes, La sourde ambition de ces tristes maximes Qui ne sont même pas de vieilles vérités. Et qu'on vient nous donner comme des nouveautés; Vieux galons de Rousseau, défroque de Voltaire, Carmagnole en haillons volée à Robespierre, Charmante garde-robe où sont enunaillottés Du peuple souverain les courtisans crottés : Puis enfin, tout au bas, la dernière de toutes, La fièvre de ces fous qui s'en vont par les routes Arracher la charrue aux mains du laboureur^ Dans râtelier désert corrompre \e TS«XVic«t, Au nom d'un Dieu de paix qu\ \\o\\% ^T«»ict\VX«v^"^^'^'^
Tramer au carrefour le pauvre qui frissonne, D'un fer rouillé de sang armer sa maigre main, Et se sauver dans Tombre en poussant l'assassin.
Qu'aurait dit à cela ce grand traineur d'épée, Ce flâneur a qui prenait les vers à la pipée ? » Si dans ce gouffire obscur son regard eût plongé. Sous quel étrange aspect l'eùt-il envisagé ? Quelle afiEreuse tristesse ou quel rire homérique Eût ouvert ou serré ce cœur mélancolique? Se fût- il contenté de nous prendre en pitié, De consoler sa vie avec quelque amitié, Et de laisser la foule étourdir ses oreilles, Comme un berger qui dort au milieu des abeilles? Ou bien, le cœur ému d'un mépris généreux» Aurait-il là-dessus versé, comme un vin vieux. Ses hardis hiatus, flot jailli du Parnasse, Où Despréaux mêla sa tisane à la glace? Certes, s'il eût parlé, ses robustes gros mots Auraient de pied en cap ébouriffé les sots : Qu'il se fût abattu sur une telle proie. L'ombre de Juvénal en eût frémi de joie, Et sur ce noir torrent qui mène tout à rien Quelques mots flotteraient, dits pour les gens de bien. Franchise du vieux temps, muse de la patrie. Où sont ta verte allure et ta sauvagerie? Comme ils tressailleraient, les paternels tombeaux. Si ta voix douce et rude en frappait les échos ! Comme elles tomberaieul, i\os %\o\Yfes m^wô^i^^^, 1)0 pajois riraugcrs nos irxuses WvWxXWves,
SDR LA PARESSE. 217
Devant toi qui puisas ton immortalité
Dans ta beauté féconde et dans ta liberté !
Avec quelle rougeur et quel piteux visage
Notre bégueiderie entendrait ton langage,
Toi qu'un juron gaulois n'a jamais £ait bouder,
Et qui, ne craignant rien, ne sais rien marchander !
Quel régiment de fous, que de marionnettes,
Quel troupeau de mulets dandinant leurs sonnettes.
Quelle procession de pantins désolés,
Passeraient devant nous, par ta voix appelés !
Et quel plaisir de voir, sans masque ni lisières,
À travers le chaos de nos folles misères,
Courir en souriant tes beaux vers ingénus.
Tantôt légers, tantôt boiteux, toujours pieds nus 1
Gaieté, génie heureux, qui fut jadis le nôtre,
Rire dont on riait d'un bout du monde à l'autre.
Esprit de nos aïeux, qui te réjouissais
Dans l'étemel bon sens, lequel est né français,
Fleurs de notre pays, qu'êtes-vous devenues?
L'aigle s'est-il lassé de planer daus les nues.
Et de tenir toujours son regard arrêté
Sur l'astre tout-puissant d'où jaillit la clarté?
Voilà donc, l'autre soir, quelle était ma pensée, Et plus je- m'y tenais la cervelle enfoncée, Moins je m'imaginais que le vieux Mathurin Eût montré, de ce temps, ni gaieté ni chagrin. « Eh quoi ! me direz-vous, il nous eût laissés faire^ Lui qu'un mauvais dîner pouva\l meXVcfc «cv w^wO. Lui qui «effarouchait, grand ev\^awV smvs w&wv^
roASlKSb
D'une faM
e iafittle et drvne InkifMil
Lnifliiiiaei
«dieMh, eone n «niHit dHM rheriie,
Pour une lu
ikNodiie édufpée à MdlMAe,
Etqaipom
n rodili de tomraqpeel lunûi
Ji»|o-àdd|
perraHsr BeràielQldB n MBi 1 »
Ooi, WNI dior, ce Même Imbmb, a par la raiMA Mai
QnemieoB
nr débeidaiit poimil tout à PcttlM^
Etqa'aumi
lÎMftre njel qm ^reoût ranimer.
Sadiant à faîoi haïr, il mnit tant aÎBMr. n eAt trouvé ce liède indigiie de «tire. Trop Tain poor en pleoicr, trop trille pmnr en rira» Et, qnd ^*ai fttt ton rèrCf il l'eât icnio |pnNkr« n n'est que trop fMile, i qni sait lepadar, De comprendre ponrqaoi tout est malade en Fmwe; Le mal des gens d'esprit, c'est leur indiiihreaea, Gdni des gens de cœor, leur inutilité.
Mais à quoi bon Tenir prêcher la TérHé, . Et devant les badauds étaler sa laconde. Pour répéter en vers ce que dit tout le monde ? Sur notre état présent qui s'abuse aujourd'hui? Gommfe dit Figaro : « Qui trompM-on ici? » D'ailleurs, est-ce un plaisir d'exprimer sa pensée? L'hirondelle s'envole, un goujat l'a blessée ; Elle tombe, palpite et meurt, et le passant Aper^it par hasard son pied taché de sang. Hélas! pensée écrite, hirondelle envolée ! Dieu sait par quel chemin elle s'en est allée ! Et quelle main la tue au sortir de son nid ! Non, j'en iwiîs convaincu, MatW™ xC««iV t\«^ «w.
Ce n*est pas, en pArlant, qu'il en eût craint la suite ; Sa tête allait bon train, son cœur encor plus vite. Et de lui dire non à ce qu'il avait vu Un journaliste même eût été mal venu.
n n'eût pas craint non plus que sa faveur trahie Eût fiiit au cardinal rayer son abbaye; Des compliments de cour et des canonicats, Si ce n'est pour l'argent, il n'en fit pas grand cas. Encor moins eût-il craint qu'on fût venu lui dire : Et vous, d*où venez-vous pour faire une satire? Be qud droit parlez-vous, n'ayant jamais rien &it Que d'aller chez Margot, sortant du cabaret ? Car il eût répondu : « N'en soyez point en peine ; Plus que votre bon sens ma déraison est saine; Chancelant que je suis de ce jus du caveau, Plus honnête est mon cœur, et plus franc mon cerveau Que vos grands airs chantés d'un ton de Jérémie. » A la barbe du siècle il eût aimé sa mie. Et qui l'eût abordé n'aurait eu pour tout prix Que beaucoup de silence, et qu'un peu de mépris. Ami, vous qui voyez vivre, et qui savez comme, Vous dont l'habileté fut d'être un honnête homme, A vous s'en vont ces vers, au hasard ébauchés. Qui vaudraient encor moins s'ils étaient plus cherchés. Mais vous me reprochez sans cesse mon silence ; C'est vrai : l'ennui m'a pris de penser en cadence, Et c'est pourquoi, lisant ces vers d'un fainéant, Qui n'a fait que trois pas, mais trois pas de ^és^wt^ De vous les envoyer il m'a pris îaiv\a\«\ft^ Aân que vous sachiez comment \a ^oê^xfe
A vécu de tout temps, et que les paresseux Ont été quelquefois des gens aimés des dieux. Après cela, mon cher, je désire et j'espère (Pour finir à peu près par un vers de Molière) Que vous TOUS guérirez du soin que vous prenez Be me venir toujours jeter ma lyre au nez.
Décembre i84i-