TOUS LES CHASSEURS
Pourquoi refuses-tu ta place à notre table ?
FRANK ^ à Tun d'eux.
Hélas ! noble seigneur, soyez-moi charitable I Un dénier, s'il vous plaît, j'ai bien soif et bien faim. Rien qu'un pauvre denier pour m'acheter du pain.
LE CHŒUR
Te fais-tu le bouffon de ta propre détresse? FRANK.
Seigneur, si vous avez une belle maîtresse, Je puis la célébrer, et chanter tour à tour
That «uch a hldeous trumptt caUs to parley, etc.
Macbeth, acte II*
La médiocrité, rionocence et Tamour.
Z'e^i bien le moios qu'un pauvre égayé un peu son hôte.
)'il est pauvre, après tout, s'il a faim, c'est sa faute.
kfais croyez-vous qu'il soit prudent et généreux
)e jeter des pavés sur l'homme qui se noie ?
1 ne faut pas pousser à bout les malheureux.
LE CHŒUR
i quel sombre démon ton âme est-elle en proie ? Pu railles tristement et misérablement.
FRANK
]lar si ces malheureux ont quelque orgueil dans l'âme, >'ils ne sont pas pétris d'une argile de femme, >'ils ont un cœur, s'ils ont des bras, ou seulement >'ils portent par hasard une arme à la ceinture...
LE CHŒUR
Jue veut dire ceci ? veux-tu nous provoquer ?
FRANK
Jn poignard peut se tordre, et le coup peut manquer, lais si, las de lui-même et de sa vie obscure, je pauvre qu'on insulte allait prendre un tison, St le porter en feu dans sa propre maison !
Il prend nue bûche embrasée dans le feu allnmë sur la place, et la Jette dans 9a cl^aamière.
îa maison est à lui, — c'est le toit de son père, Vest son toit, — c'est son bien, le tombeau solitaire )es rêves de ses jours, des larmes de ses nuits; iC feu doit y rester, si c'est lui qui l'a mis.
LE CHŒUR
Lgis-tu dans la fièvre? Arrête, incendiaire ! ^eux-tu du même coup brûler la ville entière? Lrréte! — où nos enfants doTni\TOB.\.-V\.'& dftinacav')
FRANK
Me voici sur le seuil, mou é|iée à la main. Approchez mainteuaut, fussiez- vous une armée. Quand l'univers devrait s* en aller eu fumée. Tonnerre et sang ! je fais un spectre du premier Qui jette un verre d'eau sur un brin de fumier. Ah ! vous croyez, messieurs, si je vous importune, Qu'on peut impunément me chasser comme un chien ? Ne m'avez> vous pas dit d'aller chercher fortune ? J'y vais. — Vous l'avez dit, vous qui n'en feriez rien ; Moi, je le fais, — je pars. — J'illumine la ville. J'en aurai le plaisir, en m'en allant ce soir, De la voir de plus loin, s'il me plaît de la voir. Je ne fais pas ici de folie inutile : Ceux qui m'ont accusé de paresse et d'orgueil Ont dit la vérité. — Tant que cette chaumière Demeurera debout, ce sera mon cercueil.
Ce petit toit, messieurs, ces quatre murs de pierre, C'était mon patrimoine, et c'est assez longtemps Pour aimer son fumier, que d'y dormir vingt ans. Je le brûle, et je pars ; — c'est moi, c'est mon fantôme Que je disperse aux vents avec ce toit de chaume. Maintenant, vents du nord, vous n'avez qu'à souffler ; Depuis assez longtemps, dans les nuits de tempête. Vous venez ébranler ma porte et m'appeler. Frères, je viens à vous, — je vaus livre ma tête. Je pars, — et désormais que Dieu montre à mes pas Leur route, — ou le hasard, si Dieu n'existe pas I
Il sort en courant.