‹ PoésiesChapitre 73 sur 142 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le Jardin.

LAËRT£, seul.

Mou Dieu ! tu m*as béui. — Tu m'as douné deux filles.

Autour de mou trésor je u*ai jamais veillé.

Tu me l'avais donué, — je te l'ai couûé.

Je ue suis poiut venu sur les bari'eaux. des grilles

Briser les ailes d'or de leur virgiuité.

J'ai laissé daus leur sein fleurir ta volouté.

La vigilance humaine est une triste af&ire.

C'est la tienne, ô mon Dieu! qui n'a jamais dormi.

Mes enfants sont à toi ; je leur savais un père ,

J'ai voulu seulement leur donner un ami; —

Tu les as vu grandir, — tu les as faites belles.

De leurs bras enfantins, comme deux sœui*s fidèles,

Elles ont entouré leur frère à cheveux blancs.

Aux forces du vieillard leur sève s'est uuie;

Ces deux fardeaux si doux suspendus à sa vie

Le fout vers son tombeau marcher à pas plus lents.

La nature aujourd'hui leur ouvre sou mystère. Ces beaux fruits eu tombant vont perdre la poussière Qui dorait au soleil leur contour velouté. L'amour va déflorer leurs tiges chaucelautes. Je te livre, ô mou Dieu! ces deux herbes tremblantes. Donne-leur le bonheur, si je l'ai mérité.

Oti entend dcuK coups de pistolet*

Qui se bat par ici? Quel est donc ce tapage?

Inis entre la tëie enveloppée de son moachoir, Spadille portant son chapeaa, et Qainob sa perruque.

Que diantre fieiites-YOUs dans ce sot équ^age, Mon neveu?

mus.

Je suis mort. U Tient de me viser.

LAERTE

11 était bien matin, Irus, pour vous griser .

mus.

Regardez mon chapeau, vous y yemt. sa balle.

LAERTE

Alors, votre chapeau se meuit, mais non pas vous.

Entrent Ninon et Ninette, toutes deux vêtues en religieuses* Que nous veut à présent cet habit de vestale? Sommes*nous par hasard à Thôpitai des fous ?

NINON

Mon père, permettez à deux infortunées D'aller finir leurs jours dans le fond d'un couvent. LAERTE»

Ah ! voilà ce matin par oii soufQe le vent ?

NINETTE

Mou père et mon seigneur, vos filles sont damnées. Elles n'auront jamais que leur Dieu pour époux.

LAERTE i

Voyez, mon cher IrUs, jusqu'où va votre empire. On prend toujours le mal pour éviter le pire. Mes filles aiment mieux épouser Dieu que vous. Levez-vous, mes enfants; — je suis ravi, du rester De voir que vous aimez Silvio toutes les deux.

Rentrez chez moi. — Ce jour doit être uu jour heureux, Et vous, mou cher garçou, allez changer de veste.

IRUS

Âi-je du sang sur moi P Mon oreille me cuit.

SPÂDILLE.

Oui, monsieur.

QUINOLA

Non, monsieur.

IRUS

Je me suis bien conduit.

Exeunt.

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