‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 48 sur 70 · Ce fragment porte sa date ; il a été écrit avant · texte numérisé non relu

Ce fragment porte sa date ; il a été écrit avant

Mer bruyante, la voix du poète sublime

Lutte contre les vents, et tes flots agités

Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés.

A l'aspect du volcan, aux astres élancée.

Luit, vole avec l'Etna, la bouillante pensée.

Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et gran 1 :

Seul, il rêve en silence à la voix du toncnt

Qui le long des rochers se précipite et tonne ;

Son esprit en torrent et s'élance et bouillonne.

Là, je vais dans mon sein méditant à loisir

Des chants à faire entendre aux siècles à venir ;

Là, dans la nuit des cœurs qu'osa sonder Homère,

Cet aveugle divin et me guide et m'éclaire.

Souvent mon vol, armé des ailes de BufTon,

Franchit avec Lucrèce \ au flambeau de Newton,

La ceinture d'azur sur le globe étendue.

Je vois l'être et la vie et leur source inconnue,

Dans les fleuves d'élher tous les mondes roulants.

Je poursuis la comète aux crins étincelants,

Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;

Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses.

Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux ;

Dans l'éternel concert je me place avec eux :

En moi leurs doubles lois agissent et respirent ;

Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent.

Sur moi qui les attire ils pèsent à leur tour.

Les éléments divers, leur haine, leur amour,

Les causes, l'infini s'ouvre à mon œil avide.

Bientôt redescendu sur notre fange humide,

J'y rapporte des vers de nature enflammés.

Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés.

1. Ea s'inspiraot de Lucrèce, célèbre par son magnifique poème de la iVc.'t.-e des Choses.

08 ANDRÉ CnÉMER.

Chassez de vos autels, juges vains et frivoles,

Ces héros conquérants, meurtrières idoles;

Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs,

De massacres fumants, teints de sang et de pleurs.

Venez tomber aux pieds de plus nobles images ;

Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages,

Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants,

Ont éclairé la terre et mérité l'encens;

Qai, dépouillés d'eux-même et vivant pour leurs frères

Les ont soumis au frein des règles salutaires,

Au joug de leur bonheur; les ont faits citoyens;

En leur donnant des lois leur ont donné des biens,

Des forces, des parents, la liberté, la vie;

Enfin qui d'un pays ont fait une patrie.

Et que de fois pourtant leurs frères envieux

Ont d'affronts insensés, de mépris odieux,

Accueilli les bienfaits de ces illustres guides,

Comme dans leurs maisons ces animaux stupides

Dont la dent méfiante ose outrager la main

Qui se tendaii vers eux pour apaiser leur faim !

Mais n'importe ; un grand homme au milieu des supplices

Goûte de la vertu les augustes délices ^

Il le sait : les humains sont injustes, ingrats.

Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas;

Qu'un jour entre eux et lui s'élève avec murmure

D'insectes ennemis une nuée obscure ;

N'importe, il les instruit, il les aime pour eux.

Même ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux.

Il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence,

1. La même pensée, expi-iméc avec une rare éloquence, se retrouve dans les écrits en prose d'André Chénier: « C'est surtout quand le sacrifice qu'il faut faire à la vérité, à la liberté, à la patrie, sont dangereux et difficiles qu'ils sont accompagnés aussi d'inelfables délices. C'est au milieu des délations, des outrages, des proscriptions ; c'est dans les cachots, c'est sur des écliafuuds que la \crtu, la pro- Ijité, la constance, savourent la volupté d'une conscience orgueilleuse et pure. » Cfest à cette hauteur qu'en IT'Ji A. Cliénier avait élevé le style du Journal dcl'uris.

Doit être son ouvrage et non sa récompense,

Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau,

De ses soins, de sa \ie, est un prix assez beau.

Au loin dans l'avenir sa grande âme contemple

Les sages opprimés que soutient son exemple;

Des méchants dans soi-même il brave la noirceur .

C'est là qu'il sait les fuir ; son asile est son cœur.

De ce faîte serein, son Olympe sublime,

Il voit, juge, connaît. Vn démon magnanime

Agite ses pensers, vit dans son cœur brûlant,

Travaille son sommeil actif et vigilant.

Arrache au long repos sa nuit laborieuse.

Allume avant le jour sa lampe studieuse.

Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienTaits,

Indompté dans la guerre, opulent dans la paix,

Son beau nom remplissant leur cœur et leur histoire,

Les siècles prosternés au pied de sa mémoire.

Par ses sueurs bientôt l'édifice s'accroît. En vain l'esprit du peuple est rampant, est étroit, En vain le seul présent les frappe et les entrain3. En vain leur raison faible et leur vue incertaine Ne peut de ses regards suivre les profondeurs, De sa raison céleste atteindre les hauteurs ; 11 appelle les dieux à son conseil suprême. Ses décrets, confiés à la voix des dieux même. Entraînent sans convaincre, et le monde ébloui Pense adorer les dieux en n'adorant que lui. Il fait honneur aux dieux de son divin ouvrage. C'est alors qu'il a vu tantôt à son passage Un buisson enflammé receler l'Éternel* ; C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel. Delà montagne ardente ot du sein du tonnerre. La voix de Dieu lui-môme écrite sur la pierre ^;

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