LE BUVEUR ET L'AMANTE
LE BUVEUR
VERSE, Corinne, verse encore; Le nectar coule de ta main ; La soif qui brûle dans mon sein Naît de l'amour qui me dévore.
l'amante.
Non, je suis jalouse à mon tour D'un larcin fait à ma tendresse; Je sens que j'ôte à ton amour Ce que j'ajoute à ton ivresse.
LE BUVEUR
Non, ma Corinne; c'est pour toi Que Bacchus échauffe mon âme.
264 Poésies de Gentil'^Bernard,
Verse; chaque coup que je boi
Est un nouveau trait qui m'enflamme.
l'amante.
Je vois de moment en moment Que ta foible raison s'altère; Et l'amour est un sentiment Qu'il faut que la raison éclaire.
LE BUVEUR
Je bois, mais je n'en vois que mieux Ces traits, cette beauté divine.
Sais-tu qu'à chaque instant, Corinne S'embellit encore à mes yeux?
l'amante.
Pour toi ma foiblesse est extrême.
Ton bonheur n'est-il pas le mien ?
Bois, puisque ta flamme est la même; Bois toujours si tu m'aimes bien.