‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 54 sur 78 · A HOMÈRE · texte numérisé non relu

A HOMÈRE

HÉROS du Parnasse antique, Pour qui Phébus. autrefois Vint, aux rives de TAttique, Chanter les dieux et les rois !

Si ton ombre triomphante Brave Tattaque impuissante De tes vains persécuteurs, De quel œil, divin Homère, Vois-tu la foule vulgaire De tes froids imitateurs?

!• Cette pièce a remporté le second prix de poésie aux jeax floraax. de Toulouse, en 17^1. — Cette ode et la sni-

268 Poésies de Gentil-Bernard.

En vain nos muses stériles, Sur tes traces, sous ta loi.

Cherchent ces sources fertiles Qui coulèrent devant toi ; Des dieux la main irritée, Désavouant Prométhée Et son vol audacieux, Ne lance plus dans nos âmes Ces traits, ces rayons, ces flammes, Qu'il déroba dans les cieux.

Mais quelle mystique ivresse Frappe mes sens enchantés?

Aux bords fleuris du Permesse Quel dieu nous a transportés?

Nymphe, fille du Génie, Déesse de l'harmonie.

Quels sont ces airs languissants ?

D'une voix jadis si tendre Alcée, au bord du Méandre, Méconnoîtroit les accents.

Un sage et pompeux délire N'enfante plus ses transports; Sa voix hésite; sa lyre Rend de lugubres accords; Le céleste caducée N'est plus dans sa main glacée

vante ont été pabliées, pour la première fois, dans le Nouvel Aimamaeh des Muses, année 1811, p. ]6 et 141.

Odes, 26^

Qu'un inutile ornement; Et je vois, sur cette rive, Les lauriers qu'elle cultive Se sécher au même instant.

Quel autre objet, quelle image S'oflBre à mes yeux étonnés?

Verrai-je ici l'assemblage De tous les arts enchaînés ?

C'est toi, superbe éloquence.

En vain, dans l'indépendance.

Tu veux marcher au hasard ; Tous tes pas ont leur mesure :

La fille de la Nature Devient l'esclave de l'art.

Mais quelle douce rosée, Parmi ces feux, ces éclairs.

De cette nue embrasée Fond tout à coup dans les airs?

Déesse, c'est le Génie.

Il vient de la tyrannie Briser le joug odieux.

Quelle foule l'environne I Quel est au pied de son trône Ce peuple de demi-dieux?

Là, sous de mêmes trophées Et sur des tertres égaux Sont les antiques Orphées Et leurs modernes rivaux.

Deux censeurs *, près d'Aristarque, De l'Envie et de la Parque Bravent les traits impuissants; Deux émules* d'Euripide Partagent avec leur guide Ses autels et notre encens.

Dans sa nouvelle carrière Plante a trouvé son égal ' ; Il n'est qu'un nouvel Homère*; Ésope n'a qu'un rival ^.

Près du dieu qui les inspire, Deux François* touchent la lyre Que fit retentir Linus.

Belle Sapho, sur vos traces, Je vois marcher les trois Grâces ^, Qui vous prennent pour Vénus.

Cest à ce peuple sublime Que le dieu dicte ses lois.

Un divin courroux l'anime ; Il parle, écoutons sa voix :

€ Suivez-moi, belles captives; Quittez ces terrestres rives ;

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