‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 65 sur 78 · L'ARBRE MOURANT · texte numérisé non relu

L'ARBRE MOURANT

ITOYENS, qui voyez étendus sur la terre Ces rameaux, ces tristes débris, Ma chute, qui vous a surpris.

Ne vient point des feux du tonnerre.

Hélas ! apprenez mon destin :

J'ombrageois ce tertre voisin

Du lieu qu'habitoit Galatée;

L'ingrate s'en est écartée :

J'ai langui, j'ai perdu ma sève et mes couleurs.

Je n'ai plus goûté l'avantage De parer son jardin, de garantir ses fleurs.

Et de la voir sous mon ombrage.

Tout m'a quitté. L'oiseau qu'attiroit mon feuillage Portoit ailleurs ses chants, me laissant mes douleurs,

Et me privoit de son ramage.

La douleur de ne plus vous voir, Galatée, a causé mon dernier désespoir.

Poésies diverses.

Les vents^ les aquilons partent de ces collines

Qui touchent aux plaines voisines ; Je les ai conjurés de terminer mon sort :

Les vents m'ont écouté, j'ai senti leur effort,

Et vous contemplez mes ruines.

Si quelque voisin, plus heureux, Peut s'attacher à vous d'une ardeur aussi vive ; Sur mon exemple, hélas ! favorisez ses vœux,

Et n'ordonnez pas qu'il me suive.

Page 1