‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 67 sur 78 · A MADAME LA DUCHESSE DE GONTAUT · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE DE GONTAUT

LA Mode et la Nature un jour Vinrent au tribunal d'Amour; La Mode vint enluminée, En long étalage, en grand train, D'amples &tras environnée, Le masque et la marotte en main ; Nature simplement ornée.

En robe ondoyante^ en patin^ Un bouquet de fleurs sur le sein, Et de ses cheveux couronnée.

« Amour, dit-elle, entends ma voix, Et qu'elle éveille ta justice ; Tu vois la fille du caprice.

Je suis le jouet de ses lois; Mon fils, prends part à mes outrages A ton empire, à mes attraits.

Ils portent de communs dommages.

Poésies diverses.

Corrompre, altérer mes ouvrages, N'est-ce pas émousser tes traits ?

— Sans tant discourir, dit la Mode, Montrons aux yeux notre pouvoir. »

Amour est un dieu qui veut voir Et qui goûta cette méthode. Nature appuya ce dessein Et choisit Gontaut pour modèle.

L'Amour essuya de sa main Cette couche artificielle, Enfant de l'art et du matin.

Et Gontaut n'en fut que plus belle.

C'étoit l'Aurore au front serein, Lorsqu'elle ne foit que d'éclore, Et que Phébus n'a pas encore.

Par les couleurs dont il la peint, Séché la fraîcheur de son teint ; La Mode, sur d'autres modèles,

Fait son chef-d'œuvre concerté.

Dresse ses tables solennelles,

Construit l'autel de la beauté.

Son art, ses ruses furent telles,

Si bien sa magie opéra,

Qu'enfin elle défigura

Une héroïne d'opéra.

On rit de cette œuvre postiche,

Au petit monstre enjolivé

L'Amour fait construire une niche ;

A l'autre un temple est élevé.

« Toi, dit l'Amour à la Nature,

Viens rendre une couleur plus pure

313 Poésies de Gentils-Bernard,

Aux beautés qui suivent mes pas ; Mes mains ont formé leurs appas Pour les yeux, non pour la parure :

Tout s'embellira sous ta loi.

Ta rivale n'a pour te nuire Que l'art passager de séduire. »

L'art constant de plaire est à toi, Belle Gontaut, c'est ton partage.

Si tu vois couvrir d'un nuage Tes beaux jours de sérénité, C'est l'art jaloux de la nature, Et contre elle encor révolté, Qui, sous le nom de faculté, Fait à tes attraits cette injure.

Et te punit de ta beauté.

Éloigne un secours redouté ; D'un souris rappelle et rassure Les ris, enfants de la santé; Et dans le sein de la gatté, Cherche une guérison plus sûre.

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