SCENE II FRONTIN, LISETTE
F R O NT I N , sâfis voir Lisette.
Parbleu, je vais lui dire une bonne nouvelle I On est bien malheureux d'être né pour servir. Travailler, ce n'est rien ; mais toujours obéir I
LISETTE
Comment ! ce n'est que vous ? Moi, je cherchois Ariste.
FRONTIN
Tiens, Lisette, finis, ne me rends pas plus triste : J'ai déjà trop ici de sujet d'enrager, Sans que ton air fâché vienne encôr m'affliger. n m'envoie à Paris ; que dis-tu du message !
Rien.
FRONTIN
Comment, rien 1 un mot, pour le moins.
Le Méchant. 115
LISBTTS.
Bon voyage.
Partez ou demeurez, cela m'est fort égal.
FRONTIN
Comment as-tu le cœur de me traiter si mal I Je n'y puis plus tenir, ta gravité me tue; Il ne tiendra qu'à moi, si cela continue, Oui... de mourir.
LISETTE
Mourez.
FRONTIN
Pour t'avoir résisté Sur celui qui tantôt s est ici présenté...
Pour n'avoir pas voulu dire ce que j'ignore...
LISETTE
Vous le savez très bien, je le répète encore ; Vous aimez les secrets ; moi, chacun a son goût. Je ne veux point d'amant qui ne me dise tout.
FRONTIN
Ah ! comment accorder mon honneur et Lisette 1 Si je te le disois.
Oh I la paix seroit Êiite, Et pour nous marier tu n'aurois qu'à vouloir.
ii6 Poésies de Grès se t.
FRONTIN
Eh bien ! rhomme qu'ici vous ne deviez pas voir Étoit un inconnu... dont je nç sais pas l'âge... Qui, pour nous consulter sur certain mariage D'une fille... non, veuve... ou les deux... Au surplus. Tout va bien... M'entends-tu ?
LISETTE
Moi ? non.
FRONTIN
Ni moi non plus.
Si bien que pour cacher et l'homme et l'aventure...
LISETTE
As-tu dit ? A quoi bon te donner la torture ? Va, mon pauvre Frontin, tu ne sais pas mentir ; Et je t'en aime mieux ; moi, pour te secourir. Et ménager l'honneur que tu mets à te taire.
Je dirai, si tu veux, qui c'étoit.
FRONTIN
Qui?
LISETTE
Il ne faut pas rougir, ni tant me regarder.
FRONTIN
£h bien ! si tu le sais, pourquoi le demander ?
Le Méchant,
LISETTE
Comme je n'aime pas les demi-confidences.
Il faudra m'éclaircir de tout ce que tu penses De Tapparition de Valère en ces lieux, Et m'apprendré pourquoi cet air mystérieux ; ; Mais je n'ai pas le temps d'en dire davantage : Voici mon dernier mot : je défends ton voyage. Tu m'aimes, obéis. Si tu pars, dès demain Toute promesse est nulle, et j'épouse Pasquin.
FRONTIN
Mais...
LISETTE
Point de mais... On vient. Va, fais croire à ton maître Que tu pars ? nous saurons te faire disparaître*