UEspion anglais, t. VI, p. 253, lettre XII
xxxvi Notice sur la vie
teut de l'Espion anglais, d^un caractère original, fera toujours honneur à la France, et l'afKabilitè répandue dans ses écrits qui portaient tous ceux qui le lisaient à s'intéresser à sa personne et à désirer d'être de ses amis, r a fait regretter infiniment. Or on se plaît à causer de sa douleur et à en perpétuer le souvenir par tous les détails qui rendent sa mémoire précieuse jamais il n'est pas toujours aisé de les recueillir et Gresset vivait depuis si longtemps dans la retraite et sans relations avec la capitale, que f ai eu toutes les peines du monde à recueillir sur lui quelque notice légère,.. Tout le monde sait que Gresset avait commencé par être jésuite, mais ce que peu de gens ont observé, c'est qu'il est le premier jésuite qui ait fait des vers français dignes dtun homme du monde. On ne croirait jamms que Yer-YeTt fit né dans un cloître y on sent dans la Chartreuse et dans les Ombres cette philosophie douce et aimable dont M, de Voltaire seul fournissait alors des modèles dans ses pièces fugitives ; aussi l'envie se déchaina-t-elle bientôt contre un mérite dune espèce nouvelle dans Tordre. »
Ceci est de trop. Ce n'est pas de l'institut des jésuites que lui vinrent les persécutions. U£spion avance que le héros du Méchant imrait été le marquis de VintimiUe, et « celui-ci ne s'en défendait pas beaucoup; il déclara qu'à quelques traits près, moins dans le genre du méchant que du scélérat, U n'aurait pas été fâché de ressembler à Cléon ». // est probable que Gresset n'a pas eu souci du marquis de VintimiUe, bien qu'il l'ait laissé dire. Il a pris un peu partout et accroché ses observations personnelles, comme font les dramaturges, au caractère qu'il avait en vue de portraire.
et les œuvres de Gresset. xxxni
Sa naminaHon à V Académie française, s'il foui en crwre l'Espion, murait domU Heu à cette éftigramme de Piron.'
£n France, on fait par un plaisant moyen Taire un auteur qui d'écrits nous assomme.
Dans tm fauteuil d'académicien, Lui quarantième, on £ut asseoir mon homme :
Puis il s'endort et ne fait plus qu'un somme ; Plus n'en avez phrase ni madrigal ; Au bel esprit, le fauteuil est en somme Ce qu'à l'amour est le lit conjugal.
L'Espion ajoute que, par une fatalité singulière, la pTi^hètie de Piron se réalisa dans le cas de Gresset, Sa langue trop aiguisée lui avait occasionné des déboires de plus d'une sorte : il devint circon^ect. Il renonça au théâtre, sinon à la culture des lettres. On a contesté la sincérité de sa conversion. Il briguait remploi de précepteur « du feu duc de Bourgogne ». On ne connaît aucun fait précis qui autorise cette conjecture et l'Espion avoue que la constance du poète dans son attitude de converti, n'est pas propre à justifier chez lui le soupçon d'hypocrisie, L'Espion raconte et commente Faventure arrivée à Gresset en 1774. H s'agit d'un discours relat^à l'Influence des mœurs sur le langage^ prononcé dans une séance de V Académie française durant un court séfour que Gresset fit à Paris. Peut-être voulait-il fiatter la dévotion connue de Louis XVI, par une sortie contre les encyclopédistes et la décadence du talent provoquée par l'effet de leurs doctrines. Gresset, courbé sous le poids des ans, n'avait plus la touche spirituelle et légère de sa xeunesse. Il ânonna, €fit une caricature, dit d'Aletnhert,
XXXVIII Notice sur la vie
que le public vit avec douleur, mais avec un silence respectueux ». UEspion insiste sur les suites de cet échec, Gresset lui aurait dû la perte de sa réputation. C'était un hasard; le sort Pavait désigné comme directeur de l'Académie : < Il profita de cette occasion pour épancher sa bile sur les ridicules et les vices qui l'avoient révolté à son arrivée dans cette capitale. Mais ce n*étoit plus le même peintre ; il fit des caricatures et non des portraits. Il avoit perdu le point de vue de VopHque et son exemple prouva qu* il faut vivre dans le grand monde pour le bien saisir et en rendre des tableaux avec ces traits propres, ces couleurs locales qui varient continuellement, » Est-ce que Gresset vivait dans le monde quand il écrivit Ver- Vert ? L*âge Va affaibli; il n'a plus le pinceau dé jadis, voilà tout,
UËspion dte quatre vers de Fun des deux chants perdus que Gresset voulait ajouter à Ver- Vert :
L'une découpe un agnus en losange, On met du rouge à quelque bienheureux, L'autre bichonne une Vierge aux yeux bleus Ou passe au fer le toupet d'un archange.
Ils auraient avantageusement Jiguré dans Ver- Vert.
L'Espion regrette la destruction du poème de T Abbaye ; heureusement, il laisse un autre poème intitulé le Gazetin. Enfin il termine par un distique latin en guise d*épitaphe de V auteur de Ver- Vert :
Hune lepidique sales lugent, veneresque pudicœ, Sed prohibent mores ingeniumque mori,
A cent ans de distance^ on ne saurait avoir qu'ufie
In
et les œuvres de Gresset, xxxix
idée très imparfaite de la réputation dont Gresset a joui de son vivant et qtCil a gardée intacte jusqu'à r avènement de i* école romantique vers 1820. L'école romantique a enterré la plupart des écrivains du xviii* siècle, au milieu des huées et des imprécations, Gresset est une de ses victimes» On a fait depuis quelques éditions de ses œuvres choisies; sa personne fia été V objet et aucune étude. Lorsqu'il mourut, une légion d'historiens se mit à dépecer sa mémoire. Il en a eu autant que Machiavel ou Frédéric IL II suffira d'en citer quelques-uns. Ce sont, par ordre chronologique : i® Vie de Gresset /<ïr le père Daire, i vol, in-ii, Paris, Berton, 1779; 2® Éloge de Gresset par Diannyère, i vol, in-S°, Paris, 1784 ; 3® Éloge de Gresset par Noël, 1785 : cet éloge a obtenu le prix proposé par V académie d^ Amiens en 1785; un deuxième mémoire non couronné, et signé d'un avocat au parlement, est dû, à ce que l'on croit, à Maximilien Robespierre, qui n'était pas alors aussi célèbre qu'il Pest devenu ; 4* Éloge de Gresset par Mèrard de Saint-Just^ i vol, in-12, Paris et Londres, 1785; 5® Éloge de Gresset par Bailly, 1 vol, in-S^, Genève 1785; 6® Essai historique sur la vie et les ouvrages de Gresset par Louis de Cayrol, 2 vol, in-^^, Paris et Amiens, 1845, avec portrait.
Chi j>eut consulter de plus, outre plusieurs notices placées en tête de diverses éditions des œuvres, un article intéressant de Sainte-Beuve dans la Revue des Deux Mondes, «• du 15 septembre 1845, la biographie de Gresset par Laporte dans la Biographie universelle de Michaux, et surtout celui que M, de Pongerville lui a consacré dans la Biographie générale Didot.
XL Notice sur la vie
n y a peu et écrivains de notre langue qtton ait autant lu et réédité que Gresset. Dans rimpossiHlité matérielle de fournir ici une hihliographie complète de ses oeuvres, nous nous contenterons d'indiquer les éditions originales de ses principaux écrits, et les meilleures éditions de ses œuvres collectives, dans V ordre chronologique où elles ont paru.
VER-VERT
Ver-Vert, ppème en quatre chants, l vol. in-i2. La Haye, Guillaume Niégeard, 1734. Cette édition, qui est la première, ne contient que 655 vers.
Ver 'Vert, poème en quatre chants, i vol. Sn-is. La Haye, Guillaume Niégeard, 1735. Ceci est la seconde édition. Elle renferme 703 vers. Les éditions postérieures, à partir de 1735, en ont 715. Quelques-unes méritent une mention :
Ver'Vert, ou les Voyages du perroquet de Neffer,^^ohme héroïque. Amsterdam, 1735, z vol. in-i3.
Ver- Vert avec la traduction en vers latins, i vol. in-S^. Paris, d'Houiy, 1752.
Ver- Vert, traduit en vers latins (par Thévenot) avec le texte en regard, suivi de la traduction en vers français de a paraphrase huitième {sic) par Théod. de Bèse, x vol. in-8» de 40 pages. Troyes. i8ii.
Ver' Vert, poème, suivi de sa critique, comédie en un acte, du Lutrin vivant et du Carême impromptu, i vol. in-i8 avec deux planches lithographiées. Paris, A. Leroux,
et les œuvres de Gresset. XLI