‹ Poésies choisies de Gresset;Chapitre 58 sur 61 · A MADAME DE · texte numérisé non relu

A MADAME DE

SUR le sage emploi de la vie Une aimable philosophie A trop éclairé votre cœur Pour qu'il puisse me faire un crime De n'accorder point à la rime Des jours que je dois au bonheur.

Je ne m'en défends point, Thémire, La paresse est ma déité ; Aux sons négligés de ma lyre, Vous sentirez qu'elle m'inspire.

Et que, d'un chant trop concerté Fuyant l'ennuyeuse beauté, Loin de faire un travail d'écrire, Je m'en fais une volupté; Moins délicatement flatté De l'honneur de me faire lire.

Que de l'agrément de m'instruira

^34 Poésies de Gresset.

Dans une oisive liberté.

On ne doit écrire qu'en maître; Il en coûte trop au bonheur; Le titre trop chéri d'auteur Ne vaut pas la peine de l'être; Aussi n'est-ce point sous ce nom.

Si peu fait pour mon caractère, Que je rentre au sacré vallon, Moi qui ne suis qu'en volontaire Les drapeaux brillants d'Apollon.

La Muse qui dicta les rimes Que je vais offrir à vos yeux N'est point de ces Muses sublimes Qui pour amants veulent des dieux r Elle n'a point les grâces fières Dont brillent ces nymphes altières Qui divinisent les guerriers ; La négligence suit ses traces.

Ses tendres erreurs font ses grâces,.

£t les roses sont ses lauriers.

Ici sur le ton des préfaces . Et des pesantes dédicaces, Thémire, je ne prétends pas Vous implorer pour mes ouvrages»

Par vous le goût et les appas Me gagneroient mille sufirages; Mais en faut-il tant à mes vers ?

Mes amis me sont l'univers.

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