POÉSIES INÉDITES
Poésies inédites de Gresset, précédées de recherches sur ses manuscrits, par Victor de Beauvillé. Paris, Claye,
On a vu que de son vivant Gresset, par scrupule religieux, avait détruit les manuscrits de plusieurs de ses œuvres inédites. Il en avait gardé quelques-unes. Il en avait aussi communiqué Vautres, à diverses époques de sa vie, dont des copies manuscrites avaient circulé. M, de Beauvillé en a réuni ce qu'il a pu. Le butin est assez maigre. Les pièces insérées dans les Poésies inédites m modifient pas sensiblement V avoir littéraire du poète. Plusieurs de ces pièces ne manquent pourtant pas ctiU" térêt. Elles proviennent de trois sources différentes. Les unes étaient dans la maison de Gresset où elles furent découvertes quelques années après sa mort par de Longuerue, son neveu. Quelques autres viennent des jésuites et remontent à une époque oti Gresset était un des novices de f Institut, Les dernières, collectionnées par Renouard, ont passé de son cabinet dans celui de M» de Beauvillé,
L'odyssée des papiers de Gresset venant de Longuerue est fort étrange. On avait proposé à Beaumarchais d'en éditer ce qu'il y avait de bon. Beaumarchais répond, 18 juillet 1792 : « Que parlez-vous, monsieur, — il s'agit de Duméril à qui Longuerue les avait cédés, — de litté-
XLIV Notice sur la vie
rature dans un temps déplorable <m le royaume tombe en ruine? » Sur le rrfus de Beaumarchais, Dumèril s'adresse à Roland, alors ministre de l'intérieur, La démarche n* eut pas de suite. Enfin, en 1 795, l'Institut reconstitué nomme une commission chargée défaire un inventaire des manuscrits de Gresset Un rapport de Fontanes inséré au Magasin encyclopédique ^ conclut favorablement, Fontanes cite une lettre de 1750 dam laquelle Gresset demande au roi de Prusse son portrait : < Dans l'antre solitaire d'oit je vous écris, dit-il, f ai mes dieux, mes génies autour de moi ; ils m'enflamfnent, ils m'inspirent; leurs sacrées images m'animent. Peu y sont : les créateurs des esprits, les maîtres des âmes. J'ai, parmi ces images, Homère, Virgile, Philippe, pour moi plus grand qu£ son fils, les premiers Césars, Marc- Aurèle, Léon X, François P', le Czar, Il manque à mes regards une image qui m'enflammera davantage, » La commission nommée par V Institut ne prit aucune résolution pratique,
La plupart des morceaux édités par M, de Beauvillé sont des scories, sauf le Voyage à Rouen, 1733, Ç^i ^^ une des fantaisies les plus amusantes de l'auteur de Ver- Vert. En route, le voyageur s'arrête à Gournay et se moque en ces termes des Normands du lieu :
Les uns disoient que le roi Tanisras Jamais des Poronnois ne deviendroit le maître, Quoique la Cxarienne avec le chat Thamas Au trône voulût le remettre ;