A SA LYRE
Lyre dorée * où Phebus seulement Et les neuf Sœurs ont part également, Le seul confort qui mes tristesses tue, Que la danse oit 2, et toute s'évertue De t'obéyr et mesurer ses pas Sous tes fredons mignardés par compas 3, Lors qu'en bruyant tu marques la cadance D'un avant-jeu * le guide de la danse.
Le feu armé de Jupiter s'esteint Sous ta chanson, si ta chanson l'atteint.
Et au caquet de tes cordes bien jointes Son aigle dort sur la foudre à trois pointes, Abaissant l'aile : adonc^ tu vas charmant Ses yeux aigus 6, et luy, en les fermant, Son dos hérisse et ses plumes repousse.
Flatté du son de ta corde si douce.
Celuy ne vft le bien-aimé des dieux, A qui desplait ton chant mélodieux.
Heureuse lyre ! honneur de mon enfance !
Je te sonnay devant tous en la France De peu à peu : car, quand premièrement Je te trouvay, tu sonnois durement ; Tu n'avois point de cordes qui valussent, Ne 7 qui respondre auxloix de mon doigt peussent.
Moisi du temps, ton fust ne sonnoit point ; Mais j'eu pitié de te voir mal en-point ^ ; Toy qui jadis des grands roys les viandes ^