AU SIEUR ROBERTET
Du malheur de recevoir Un estranger sans avoir De luy quelque cognoissance, Tu as fait experiance, Menelas, ayant receu Paris, dont tu fus deceu ; Et moy je la viens de faire.
Las ! qui ay voulu retraire * Tout soudain un estranger Dans ma chambre et le loger.
Il estoit minuict, et l'ourse De son char tournoit la course Entre les mains du bouvier.
Quand le somme vint lier
1. Ou à l'improuveu, à l'impro* se réjouir (Lac; Roquef.; 3i*. viste (N.; L.; Pougens). Dict., L., et. de Galant et Oala).
2. Joyeux compagnon, gaillard 3. Anacréon, III, R. (Villon ; Chev., I, 229), de gcUerj 4. Recevoir (L.; Roquef.).
D'une chaîne sommeillere
Mes yeux clos sous la paupière.
Ja, je dormois en mon lit, Lorsque j'entr'ouy le bruit D'un qui frapoit à ma porte, Et heurtoit de telle sorte Que mon dormir s'en alla.
Je demanday : « Qu'est-ce là Qui fait à mon huis sa plainte ?
— Je suis enfant, n'aye crainte, »
Ce me dit-il. Et adonc ^ Je lui desserre le gond De ma porte verrouillée.
« J'ay la chemise mouillée.
Qui me trempe jusqu'aux oz, Ce disoit, car sur le doz Toute nuict j'ay eu la pluie ; Et pour ce je te supplie De me conduire à ton feu Pour m'aller seicher 2 un peu. »
Lors je prins sa main humide, Et par pitié je le guide En ma chambre, et le fis seoir Au feu qui restoit du soir ; Puis, allumant des chandelles.
Je vy qu'il portoit des ailes.
Dans la main un arc turquois ^ Et sous l'aisselle un carquois.
Adonc en mon cœur je pense Qu'il avoit grande puissance, Et qu'il falloit m'apprester Pour le faire banqueter.
Ce-pendant il me regarde D'un œil, de l'autre il prend garde Si son arc estoit séché ;