‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 170 sur 361 · ODES RETRANCHÉES · texte numérisé non relu

ODES RETRANCHÉES

Du soc qui l'estomac lui fend !

Si-tost que tu es arrosée Au poinct du jour de la rosée ', Tu fais en l'air mil;le discours; En l'air des aisles tu frétilles, Et pendue au ciel tu babilles Et contes au vent tes amours.

Puis du ciel tu te laisses fondre Dans un sillon vert, soit pour pondre, Soit pour esclorcou pour couver.

Soit pour apporter la bêchée ^ A tes petits, ou d'une achée 3, Ou d'une chenille, ou d'un ver.

Lors moy, couché dessus Therbette, D'une part j'oy * ta chansonnette ; De l'autre, sus * du poliot, A l'abry de quelque fougère, J'escoute la jeune bergère Que dégoise son lerelot ^

Lors je dy : « Tu es bien-heureuse, Gentille alouette amoureuse, Qui n'as peur ni soucy de rien.

Qui jamais au cœur n'as sentie Les desdains d'une fîere amie, Ny le soin d'amasser du bien ;

Ou si quelque soucy te touche, C'est, lorsque le soleil se couche.

De dormir et de réveiller De tes chansons, avec l'aurore.

Et bergers et passans encore Pour les envoyer travailler. »

Mais je vy tousjours en tristesse Pour les fiertez d'une maistresse Qui paye ma foy de travaux

1. Anacréon. XLillI, mais en garten, Gl. des patois), parlant de la cigale. 4. Ind. prés, de ouïr.

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