NAVARIN
J'ay dans ma gibbeciere un vaisseau fait au tour. De racine de buis, dont les anses d'autour Par artifice grand de mesme bois sont faites, Où maintes choses sont diversement portraictes ".
Presque tout au milieu du gobelet est peint Un satyre cornu, qui de ses bras estreint Tout au travers du c»)rps une jeune bergère.
Et la veut faire choir dessous une fougère.
Son couvrechef lui tombe, elle a de toutes pars, A l'abandon du vent, ses beaux cheveux espars ; La nymphe courroucée, ardante en son courage. Tourne loin du satyre arrière le visage, Essayant d'eschapper, et de la dextre main Luy arrache le poil du menton et du sein, Et luy froisse le nez de l'autre main senestre^. Mais en vain : car tousjours le satyre est le maistre.
Trois petits enfans nuds de jambes et de bras, Taillez au naturel, tous potelez et gras.
Sont gravez à l'entour ; l'un par vise entreprise, Veut faire abandonner au satyre sa prise.
Et d'une infante * main par deux et par trois fois Prend celle du bouquin tt lui ouvre les doits.
L'autre, plus courroucé, d'une dent bien aiguë Mort ce dieu ravisseur par la cuisse velue, Se tient contre sa grève'' et le pince si fort Que le sang espandu sous les ongles en sort,
1. Verrou (L.; Roquef.; J. GL; 4. D'enfant, latinisme. Infant Duméril, Gl.). au lieu de enfant (Bart. Çhr.;