‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 291 sur 361 · A JEAN DORAT, SON PRECEPTEUR . . • • . [266J · texte numérisé non relu

A JEAN DORAT, SON PRECEPTEUR . . • • . [266J

On dit que Jupiter, pour vanter sa puissance 2, Monstroit un jour sa foudre, et Mars monstroit sa lance, Saturne sa grand'faux, Neptune son trident, Appollon son bel arc. Amour son traict ardent, Bacchus son beau vignoble, et Cerès ses compaignes, Flore ses belles fleurs, le dieu Pan ses montaignes. Hercule sa massue, et bref les autres dieux L'un sur l'autre vantoient leurs biens à qui mieux mieux ; Toutefois ils donnoicnt par une voix commune I/honneur de ce débat au grand prince Neptune, Quand la Terre leur mère, cspointe^ de douleur Qu'un autre par-sur * elle emportoit cet honneur, Ouvrit son large sein, et au travers des fentes De sa peau, leur monstra les mines d'or luisantes,

1. Enfermées (L.; R. delaR.). étoflfe que cefcte-cy. » Et. Pas-

2. « Je défie toute l'ancienneté quier, Rech. de la France, de nous faire part d'une pièce 3. Transpercée'.

mieux rebvée et de plus belles 4. Par-dessus.

Qui rayonnent ainsi que Tesclair du soleil Reluisant au matin, lors que son beau réveil N'est point environné de l'espais d*un nuage, Ou comme Ton voit luire au soir le beau visage De Vesper la Cyprine, allumant les beaux crins * De son chef bien lavé dedans les flots marins.

Incontinent les dieux estonnez confessèrent Qu'elle estoit la plus riche, et flattans la pressèrent De leur donner un peu de cela radieux Que son ventre cachoit, pour en orner les cieux. Ils ne le nommoient point; car ainsi qu'il est ores ', L'or, pour n'estre cogneu, ne se nommoit encores. Ce que la terre fît, et prodigue honora De son or ses enfans et leurs cieux en dora.

Adonques3 Jupiter en fit jaunir son ihrone. Son sceptre, sa couronne, et Junon la matrone Ainsi que son espoux son beau throne en forma, Et dedans ses patins * par rayons l'enferma.

Le Soleil en crespa & sa chevelure blonde, Et en dora son char qui donne jour au monde.

Mercure en fit orner sa verge, qui n'estoit Auparavant que d'if; et Phebus, qui portoit L'arc de bois et la harpe, en fit soudain reluire Les deux bouts de son arc et les flancs de sa lyre. Amour en fit son trait, et Pallas, qui n'a point La richesse en grand soin, en eut le cœur espoint. Si bien qu'elle dora le groin ^' de sa Gorgone, Et tout le corselet qui son corps environne.

Mars en fit engraver sa hache et son boucler 7, Les Grâces en ont fait leur demi-ceint * boucler, Et pour l'honneur de lui Venus la Cytherée Tousjours depuis s'est fait appeller la dorée ; Et mesme la Justice à l'œil si renfrongné

L V. A. Chénier, CIV. gante (J. Gl.; Lab. Gl.).

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