A ELLE-MESME
Le jour que vostre voile aux vagues se courba, Et de nos yeux pleurans les vostres desroba.
Ce jour la mesme voile emporta loin de France Les Muses qui souloient ^ y faire demeurance, Quand l'heureuse fortune icy vous arrestoit, Et le sceptre françois entre vos mains estoit.
Depuis, nostre Parnasse est devenu stérile, • Sa source maintenant d'une bourbe distile, Son laurier est séché, son lierre est destruit. Et sa croupe jumelle est ceinte d'une nuict.
Les Muses en pleurant ont laissé nos montaignes. Que pourroient pluschantercesneufbellescompaignes s, Quand vous, leur beau sujet, qui les faisoit parler, Sans espoir de retour s'en est voulu aller ?
Quand vostre Majesté, qui leur donnoit puissance A trenché leur parole avecque son absence ?. .. [12] Quand cet yvoire blanc qui enfle vostre sein. Quand vostre belle, longue et. délicate main. Quand vostre belle taille et vostre beau corsage Qui ressemble au pourtrait d'une céleste image ; Quand vos sages propos, quand vostre douce vois Qui pourroit esmouvoir les rochers et les bois. Las ! ne sont plu? icy ; quand tant de beautez rares Dont los grâces des cieux ne vous furent avares, Abandonnant la France ont d'un autre costé L'agréable sujet des Muses emporté !
Comment pourroient chanter les bouches des poëtes. Quand par vostre départ les Muses sont muettes ?