A JEAN BRINON
. ... , Comme jadis on ne voit plus d'Hectors,
D'Achilles, ni d'Ajax ; car les hommes plus forts *
Sont aujourd'huy tuez d'un poltron en cachette
A coups de harquebouze 2 ou à coups de mousquette 3.
Au temps qu'on batailloit sans fraude, main à main. On cognoissoit au fait celuy qui estoit plein De peur ou d'asseurance, et ne voulait- on croire Que Thersite au combat meritast tant de gloire Qu'Achille en meritoit ; mais Thersite aujourd'huy Tue Achille de loin et triomphe de luy.
Pourquoi, chetifs humains, avez-vous tant d'envie A grands coups de canon d'accourcir vostre vie ? Vous mourez assez tost ; si vous pensez là bas Avoir autant qu'icy de plaisir et d'esbas, Ah I vous estes trompez ; bien que Tunique fille De Cerès en soit royne, en nul temps la faucille N'y coupe la moisson, ny aux couteaux * voisins Jamais Bacchus n'y fait verdeler ^ ses raisins ; Mais bien tout à i'entour la Mort palle ^ y demeure, Tousjours un peuple gresle autour du lac y pleure. Ayant la peau bruslée et les cheveux cendreux. Le visage plombé, les yeux mornes et creux.
O fortuné celuy qui bien loin de la guerre' Cultive en longue paix l'usure cîe sa terre.
Et qui jamais au lict ne se veit estonner