‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 308 sur 361 · A tenu compte*. i. Liberté · texte numérisé non relu

A tenu compte*. i. Liberté

Et que vostre bonté, qui n'a point de pareille, Promit de m'endormir sur l'une et l'autre aureille ; Adonc i l'ambition s'alluma dans mon cœur, Crédule, je conceu la royale grandeur, Je coucous eveschez, prreurez, abbayes ; Soudain abandonnant les Muses, esbahyes De me voir tran<»former d'un escolier contant En courtizan nouveau, demandeur inconstant.

O que mal-aisément l'ambition se couvre !

Lors j'appris le chemin d'aller souvent au Louvre ; Contre mon naturel j'appris de me trouver Et à vostre coucher et à vostre lever, A me tenir debout dessus la terre dure, A suivre vos talons, à forcer ma nature... [i]

Apollon, qui souloits m'agréer, me despleut ; Et depuis mon esprit, comme il souloit, ne peut Se ranger à l'estude et ma plume fertile, Faute del'exeicer, se moisit inutile; Si ' qu'en lieu d'estre seul, d'apprendre et de sçavoir, Je bruslay du désir d'amasser et d'avoir... |4]

Et alors, à bon droit, les Muses courroussées De quoy je les avois si Jaschement laissées, Vindrent à la Fortune, et luy dirent ainsi : ... [I5J

« Nous avions par long-temps entre nos bras chery. Et comme nostre enfant très chèrement nourry Un Ronsard vendomois, luy permettant l'entrée, Qu'à bien peu nous faisons, de nostre onde sacrée, Luy permettant de boire en nos divins ruisseaux. De toucher nostre luth, de monter aux coupeaux * De nostre sainct Parnasse, et, comme par conqueste. Porter de nos lauriers un chapeau * sur la teste. Et aux rais ^ de la June entre cent mille fleurs De son pied fouler l'herbe au milieu de nos sœurs.

« Or ce Ronsard, ingrat à tant de bénéfices.

Qu'il a receus de nous comme de ses nourrices,

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