‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 42 sur 361 · LE VOYAGE DE TOURS · texte numérisé non relu

LE VOYAGE DE TOURS

L'Huillier, à qui Phebus, comme au seul de nostre âge, A donné ses beaux vers et son luth en partage, En ta faveur icy je chante les amours Que Perrot et Thoinet souspirerent à Tours, L'un espris de Francine et l'autre de Marie.

Ce Thoinet est Baïf, qui doctement manie Les mestiers d'Apollon ; ce Perrot est Ronsard Que la Muse n'a fait le dernier en son art.

Si ce grand duc de Guyse, honneur de nostre France, N'amuse point ta plume en chose d'importance,

1. Fréqu. sous cette forme dans 2. V. le paradigme des v. de la Ronsard (N. : Souldart ; Th. fr. 4» conj.dans Burg. Gr.,II, p. 119. GL; Chev., Il, 359). 3. Sur (Chev., III, 385).

Preste moy ton oreille, et t'en viens lire icy L'amour de ces pasteurs et leur voyage aussy.

C'estoit en la saison que l'amoureuse Flore Faisoit pour son amy les fleurettes esclore, Par les prez bigarrez d'autant d'esmail de fleurs Que le grand arc du ciel s'esmaille de couleurs ; Lorsque les papillons et les blondes avettes *, Les uns chargez au bec, les autres aux cuissettes, Errent par les jardins, et les petits oiseaux Voletans par les bois de rameaux en rameaux, Amassent la bêchée *, et parmy la verdure Ont souci comme nous de leur race future.

Thoinet, en ce beau temps, passant par Vendomois, Me mena voir à Tours Marion que j ajmois, Qui aux iiopces estoit d'une sienne cousine; Et ce Thoinet aussi alloit voir sa Francine Que la grande Venus, d'un trait plein de rigueur, Luy avoit près le Clain escrite dans le cœur.

Nous partismes tous deux du hameau de Coustures' Nous passasmes Gastine et ses hautes verdures ; Nous passasmes Marré et vismes à mi-jour Du pasteur Phelippot s'eslever la grand'tour Qui de Beaumont-la-Ronse, honore le village.

Comme un pin fait honneur aux arbres d'un bocage.

Ce pasteur, qu'on nommoit Phelippot le Gaillard, Courtois, nous festoya jusques au soir bien tard. De là vinsmes coucher au gué de Lengenrie, Sous des saules plantez le long d'une prairie ; Puis, dès le poinct du jour redoublant le marcher, Nous vismes en un bois s'eslever le clocher De Sainct-Cosme, près Tours, où la nopce gentille

Dans un presse faisoit au beau milieu de l'isle.

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