Ovide, Am., III, xv. B. 4. Pétrarque. R
Pensant en ses yeux qui souloient * Faire de moy ce qu'ils vouloient.
De vivre je n'ay plus d'envie. . . [42]
Ciel, que tu es malicieux !
Qui eust pensé que ces beaux yeux Qui me faisoient si douce guerre.
Ces mains, ceste bouche et ce front, Qui prindrent 2 mon coeur, et qui l'ont.
Ne fussent maintenant que terre ?
Helas ! où est ce doux parler.
Ce voir, cet ouyr, cet aller, Ce ris qui me faisoit apprendre Que c'est qu'aimer? Ha ! doux refus !
Ha ! doux desdains, vous n'estes plus, V'ous n'estes plus qu'un peu de cendre!... [24J
Toutesfois en moy je la sens Encore l'objet de mes sens.
Comme à l'heure qu'elle estoit vive ^ ; Ny mort ne me peut retarder, Ny tombeau ne me peut garder, Que par penser je ne la suive.
Si je n'eusse eu l'esprit chargé De vaine erreur, prenant congé De sa belle et vive figure, Oyant sa voix, qui sonnoit mieux Que de coustume, et ses beaux yeux.
Qui reluisoient outre mesure,
Et son souspir, qui m'embrasoit.
J'eusse bien veu qu'elle disoit :
Or, soûle-toy * de mon visage.
Si jamais tu en eus souci :
Tu ne me verras plus ici.
Je m'en vay faire un long voyage.
J'eusse amassé de ses regars
1 . Avaient coutume de, du verbe Montaigne) . 8ouioir{N.; L.). 3. Vivante.
2. Prirent (PaUg., 94 ;'Bnrg., 4. Maintenant rassasie- toi, de II, 196; Bart. Chr., 515; Rabelais, saouler (N.; L.; Brach. Dict.).
Un magazin de toutes pars, Pour nourrir mon ame estonnée Et paistre long temps ma douleur.
Mais oncques ' mon cruel malheur Ne sceut prévoir ma destinée.
Depuis j'ay vescu de souci Et de regret qui m'a transi.
Comblé de passions estranges ', Je ne dcsgnise mes ennuis; Tu vois Testât auquel je suis, Du ciel, assise entre les anges... [12]
En ton âge le plus gaillard * Tu as seul laissé ton Ronsard, Dans le ciel trop tost retournée.
Perdant beauté, grâce et couleur, Tout ainsi qu'une belle fleur Qui ne vit qu'une matinée *.
En mourant tu m'as sceu fermer Si bien tout argument d'aimer Et toute nouvelle entreprise Que rien à mon gré je ne voy.
Et tout cela qui n'est pas toy Me desplaist et je le mesprise... [301
Soit que tu vives près de Dieu Ou aux Champs Elysez, adieu.
Adieu cent fois, adieu Marie ; Jamais Ronsard ne t'oublira Jamais la mort ne desli'ra Le nœud dont ta beauté me lie.
Comme on void sur la branche au mois de may la rose En sa belle Jeunesse, en sa première fleur, Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur.
Quand l'aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose,