‹ Poésies choisiesChapitre 39 sur 84 · A OLYMPE · texte numérisé non relu

A OLYMPE

L faudroit aimer pour m'entendre :

Loin, tout profane curieux Peu fait pour écouter, moins digne de comprendre Ce langage mystérieux.

Regretter, désirer, attendre; Brûler d'un feu qu'on cache à tous les yeux, Montrer dans tous les temps, porter dans tous les lieux Cet ennui renaissant que rien ne peut suspendre;

Voir les plaisii*s et s'en défendre; Tranquille ou vagabond, stupide ou furieux.

Fixer tout sans rien voir, ou voir tout odieux; Passer d'un songe affreux au rêve le plus tendre; Voilà mon cœur, Églé, c'est à toi d y descendre : C'est à toi de sentir qu'on ne peut aimer mieux.

Ep tires, 213

Conçois tous les tourments de mon âme éperdue, Quand le destin jaloux me sépare de toi ;

Tu sais bien, quand tu m*es rendue, Si r Amour a des traits qu'il n'ait pas faits pour moi.

Te contempler, t'adorer, te le dire ; Soupirer à tes pieds cet amoureux tourment Qui n'a plus ni langueur, ni crainte, ni martyre; Pressentir et vouloir ce que ton cœur désire ; De nos vœux mutuels suivre l'enchaînement ; <

Par les routes du sentiment.

Conduire ton âme au délire,

Du délire au ravissement; Oublier l'univers dans cet égarement ; Dans un de tes regards, dans ton moindre sourire.

Trouver partout l'heureux moment ;

Vois la force de ton empire

Et le bonheur de ton amant.

Dans un lieu de mystère, impénétrable et sombre, Jensevelis ma gloire et cache ton vainqueur : C'est là. qu'absent de toi, j'aime à compter le nombre

Des sacrifices de ton cœur.

Ici, chaque instant les rappelle ; Si je veille, mes sens ne sont pleins que de toi.

La nuit à mes désirs fidèle, Tapportant sur son aile, Pare de ta beauté les songes que je voi.

Ici sous ces mêmes ombrages.

Où Morphée et l'Amour, l'un par l'autre amenés.

Nous ont tant de fois couronnés.

J'ai vu sans voile et sans nuages

Zt4 Poésies de Gentil-Bernard,

Un de ces songes fortunés; Dans un cercle mouvant de rapides images, Mes esprits furent entraînés.

Sur un trône éclatant j'étois ce dieu du monde, *

Qu'on dit seul, et qu'on dit heureux.

Peu jaloux d'exercer ma sagesse profonde, Sans régir l'univers, sans allumer ses feux.

Sans calmer, ni soulever l'onde.

D'un dieu qui peut aimer, trop inutiles jeux. Je rendois au néant tout ce vaste assemblage,

Tout disparoissoit à ma loi.

Échappé du commun naufiage.

Ton seul être vivoît immortel comme moi.

Ta joie et tes plaisirs étoient mon seul ouvrage ; Ton étemel amant fadoroit sans partage.

Plus libre et plus digne de toi.

Des siècles s'écouloient, et leur suite innombrable

Ont vu ma constance immuable ;

D'autres objets se sont offerts.

Au souffle de ma voix puissante J'ai fait, pour t'adorer, naître un autre univers ;

De nouveaux cieux se sont ouverts

Pour y contempler mon amante; Pour y voir notre flamme à jamais renaissante

Peupler les éléments divers.

Au gré de nos ardeurs fécondes, Je voulois tout former, tout créer avec toi ;

Je voulois unir tout en moi

Le plaisir des causes secondes.

Tu ris du vain transport de mes sens agités;

Epîtres. 215

Tu tends les bras, tu me rappelles

A des jouissances réelles,

A de plus sûres voluptés.

Je t'entends, quelle erreur avoit pu me séduire ?

Loin ces fantômes de la nuit ; Sans détrôner les dieux, sans créer ni détruire, Le bonheur est plus près, TAmour nous y conduit. Goûtons bien les plaisirs. Qu'importe leur durée ? Nos jours sont au destin, le moment est à nous.

Rendons les dieux mêmes jaloux

Et de mes cieux et de mon empyrée;

Sois mon délire et mon amour.

Ce gazon qui t'attend, l'ombre de ce séjour

Vaut pour moi la voûte azurée.

Ivre de mes plaisirs, content de tes appas, Viens jouir, viens brûler de ce feu qui m'inspire ;

Je veux que ton sein et tes bras

Soient les bornes de mon empire.

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