LE PORTRAIT DE DORIS
Qu'un autre amant soit épris Dès charmes d'une déesse :
A ma bergère, à Doris, Je dois le trait qui me blesse.
J'ai chanté cent fois Famour, Lui seul eut tous mes hommages :
Ce dieu me donne à son tour Le plus beau de ses ouvrages.
Quand ses traits frappent mes yeux, Les rangs ne me touchent guères, Doris connoît peu d'aïeux; Mais mille amours sont ses frères.
Baiser, regards et soupir, Voilà tout notre langage :
232 Poésies de Geutil^Beruard,
Mon étude est son plaisir; Mon plaisir est son onmige.
Muses, talents, beaux écrits»
Ne sont pas ce qu'elle adore; Mais le peu que sait Dons Vaut bien tout ce qu'elle ignore.
Elle a cet aimant vainqueur.
Qui retient ce qu'il attire.
Sa voix est le son du cœur.
Qui d'un seul mot sait tout dire.
C'est la rose ou le jasmin Qui fait toute sa parure, Et l'art qui pare son sein Outrage encor la nature.
Deux âmes semblent presser Son sein qui croît et s'élève :
La pudeur le fait baisser, Et le désir le soulève.
Dans ses beaux yeux, tour à tour.
Se peint avec la décence, La langueur qui suit l'amour. Ou Fardeur qui le devance.
Doris joint à tant d'appas Cette taille d'immortelle,
Qui semble inriter raes bnu A s'arrondir autour d'elle.
Enfin, pour mettre en son jour Le portrait de ma bergère.
Elle a l'âge de l'Amour £t la beauté de sa mère.