A M. CAMILLE PERRICHON
PRÉSIDE au transport qui m'inspire, Mêle ta voix à mes accents, Calliope, apprête ta lyre, Tes guirlandes et ton encens !
Compagne d'Alcée et d'Horace, En guidant mes pas sur leur trace, Ressuscite en moi leurs transports; Si j'en crois mon ardeur nouvelle, Camille approuvera mon zèle.
Et la critique, tes accords.
Dissipons d'une erreur commune Les préjugés contagieux;
Odes, zji
C'est trop accuser la fortune Du partage qu'ont fait les dieux.
Stoîque estimateur du monde, Des grandeurs où Thomme se fonde Je fuis les appas séducteurs.
Par quel aveuglement extrême, Cherchons-nous le bonheur suprême Dans la source de nos malheurs ?
Mortels qui vous laissez séduire Par la grandeur et ses attraits, Jupiter se plaît à détruire Ce qui l'approche de plus près ; Toujours l'effort de la tempête Tombe sur la superbe tête Du cèdre élevé dans les airs ; Sa grandeur présage sa chute £t ne le met que plus en butte Aux fougueux tyrans des hivers.
Ébloui d'un éclat fragile.
L'homme, sous un nom respecté.
Croit voir le triomphe et l'asile
De l'humaine félicité ;
Il n'en goûte que les prémices.
Le ciel aux plus pures délices
Mêle des ennuis corrupteurs.
Sujet à ceux dont il est maître,
Le prince à ses côtés voit naître
Des envieux et des flatteurs.
274 Poésies de Gentil-Beruard.
De la poussière jusqu'au trône Montant par d'obliques sentiers.
De ceux que la faveur couronne L'Envie arrache les lauriers; Contre la grandeur souveraine Elle arme la Fraude et la Hûne, Monstres sous ses pas animés :
Ce qui brille à ses yeux la blesse.
Et par ses mains le sort rabaisse Les colosses qu'il a formés.
Sous une forme plus aimable,
On vit naître, au milieu des fleurs,
La Flatterie, inséparable
Des richesses et des grandeurs.
L'art des Séjans et des Narcisses
Osa, par d'impurs sacrifices.
Louer l'homme aux dépens des dieux.
Et, flattant son orgueil frivole.
Aux pieds d'une mortelle idole
Brûla des parfums odieux.
Toujours le funeste artifice De nos adulateurs soumis Cache à nos yeux le précipice Que préparent nos ennemis ; Oui, qu'un orgueilleux se confie Au flatteur qui le déifie Par un hommage criminel; L'Envie aussitôt le traverse.
Odes, 2y^
Prépare Tembûche et renverse Le trône, l'idole et l'autel.
Cessez de nous vanter les charmes De vos honneurs tumultueux :
Que sert au milieu des alarmes L'appareil d'un rang fastueux ?
Avides d'un bonheur tranquille, Chercherons-nous chez vous l'asile Du calme et de la sûreté ?
Mais peut -on être dans la vie Heureux sans alarmer l'Envie, Et puissant sans être flatté ?
Dépositaires du tonnerre Que les dieux ont mis dans vos mains., En vain comptez-vous sur la terre Autant d'esclaves que d'humains.
Le roi porte les fers qu'il donne :
Assis avec lui sur le trône, Président le trouble et l'ennui ; Sa grandeur ne peut l'en défendre; Porus, dans les fers d'Alexandre, Est encor plus libre que lui.
Si les dieux punissent le sage '
Jusqu'à lui donner des grandeurs.
Apprenez comme il fait usage De ces périlleuses faveurs :
Contre les traits de l'imposture Sa constante équité rassure
2y6 Poésies de Gentil-Bernard.
Son cœur vainement combattu ; Et son oreille incorruptible.
Sourde à tout flatteur, n'est sensible Qu'au suffrage de la vertu.
Par là des héros de la Grèce Le plus sage et le moins heureux Sous une puissante déesse Franchit ces écueils dangereux; Mais, s'il br^va dans les naufrages La fureur du dieu des orages Et du Cyclope courroucé, Il frémit à la double attaque D'Antinous et d^Eurimaque, Des Sirènes et de Circé.
Esprit formé dans ses maximes, Camille, orné de ses vertus, Des hommages illégitimes Distingue mes justes tributs ; La même déité propice.
Qui frappoit autrefois Ulysse De ses rayons étincelants, Unit, dans ton âme éclairée, Aux solides vertus d'Astrée L'éclat des sublimes talents.
Surprises de se voir ensemble,
La Prudence et l'Activité,
Dans ton cœur qui seul les rassemble
Admirent leur société.
Odes.
En toi l'ulile Prévoyance, La solide Magnificence, L'Honneur, l'Intégrité, la Foi, Forment un parfait assemblage, Digne d'emporter le suffrage Du peuple, des grands et du roi.
MADRIGAL