‹ Poésies choisiesChapitre 29 sur 70 · CLÉ0X · texte numérisé non relu

CLÉ0X

Xon pas dans le moment : dans une heure.

VALÈRE

A votre aise.

CLÉON

Il faut que vous alliez retrouver votre chaise :

Dans l'instant que Géronte ici sera rentré

(Car c'est lui qu'il nous faut), je vous le manderai ;

Et vous arriverez par la route ordinaire,

Comme ayant prétendu nous surprendre et nous plaire.

VALÈRE

Comment concilier cet air impatient,

Cette galanterie avec mon compliment?

C'est se moquer de l'oncle, et c'est me contredire :

Toute mon ambassade est réduite à lui dire

Que je serai (soit dit dans le plus simple aveu)

Toujours son serviteur, et jamais son neveu.

CLÉON

Et voilà justement ce qu'il ne faut pas faire :

Ce ton d'autorité choquerait votre mère :

Il faut dans vos propos paraître consentir,

Et tâcher, d'autre part, de ne point réussir.

Écoutez : conservons toutes les vraisemblances;

On ne doit se lâcher sur les impertinences

Que selon le besoin, selon l'esprit des gens;

Il faut, pour les mener, les prendre dans leur sens:

L'important est d'abord que l'oncle vous déteste;

Si vous y parvenez, je vous réponds du reste.

108 Poésies de Gresset.

Or, notre oncle est un sot, qui croit avoir reçu

Toute sa part d'esprit en bon sens prétendu ;

De tout usage antique amateur idolâtre,

De toutes nouveautés frondeur opiniâtre,

Homme d'un autre siècle, et ne suivant en tout

Pour ton qu'un vieux honneur, pour loi que le vieux goût

Cerveau des plus bornés, qui, tenant pour maxime

Qu'un seigneur de paroisse est un être sublime,

Vous entretient sans cesse avec stupidité

De son banc, de ses soins et de sa dignité :

On n'imagine pas combien il se respecte;

Ivre de son château, dont il est l'architecte,

De tout ce qu'il a fait sottement entêté,

Possédé du démon de la propriété,

Il réglera pour vous son penchant ou sa haine

Sur l'air dont vous prendrez tout son petit domaine.

D'abord, en arrivant, il faut vous préparer

A le suivre partout, tout voir, tout admirer,

Son parc, son potager, ses bois, son avenue ;

Il ne vous fera pas grâce d'une laitue.

Vous, au lieu d'approuver, trouvant tout fort commun,

Vous ne lui paraîtrez qu'un fat très-importun,

In petit raisonneur, ignorant, indocile.

Peut-être ira-t-il même à vous croire imbécile.

VAL ÈRE

Oh ! vous êtes charmant... Mais n'aurois-je point tort ? J'ai de la répugnance à le choquer si fort.

CLÉOX.

Eh bien !... mariez-vous... Ce que je viens de dire N'étoit que pour forcer Gérante à se dédire,

Le Méchant. ioo

Comme vous désiriez; moi, je n'exige rien; Tout ce que vous ferez sera toujours très bien; Ne consultez que vous.

VALÈRE

Ecoutez-moi, de grâce; Je cherche à m'éclairer.

CLÉ ON

Mais tout vous embarrasse, Et vous ne savez point prendre votre parti. Je n'approuverois pas ce début étourdi Si vous aviez affaire à quelqu'un d'estimable Dont la vue exigeât un maintien raisonnable; Mais avec un vieux fou dont on peut se moquer, J'avois imaginé qu'on pouvoit tout risquer, Et que, pour vos projets, il falloit sans scrupule Traiter légèrement un vieillard ridicule.

Soit. Il a la fureur de me croire à son gré : Mais fiez.-vous à moi, je l'en détacherai.

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