‹ Poésies choisiesChapitre 32 sur 70 · SCENE II FRONTIN, LISETTE · texte numérisé non relu

SCENE II FRONTIN, LISETTE

FRONTIN, sans voir Lisette.

Parbleu, je vais lui dire une bonne nouvelle ! On est bien malheureux d'être né pour servir. Travailler, ce n'est rien; mais toujours obéir !

LISETTE

Comment ! ce n'est que vous? Moi, je cherchois Ariste.

FRONTIN

Tiens, Lisette, finis, ne me rends pas plus triste : J'ai déjà trop ici de sujet d'enrager, Sans que ton air lâche vienne encor m'alniger. Il m'envoie à Paris ; que dis-tu du message !

LISETTE

Rien.

FRONTIN

Comment, rien ! un mot, pour le moins.

Le Méchant. 115

LISETTE

Bon voyage.

Partez ou demeurez, cela m'est fort égal.

FRONTIN

Comment as-tu le cœur de me traiter si mal ! Je n'y puis plus tenir, ta gravité me tue; Il ne tiendra qu'à moi, si cela continue, Oui... de mourir.

LISETTE

Mourez.

FRONTIN

Pour t'avoir résisté Sur celui qui tantôt s est ici présenté... Pour n'avoir pas voulu dire ce que j'ignore...

Vous le savez très bien, je le répète encore : Vous aimez les secrets ; moi, chacun a son goût, Je ne veux point d'amant qui ne me dise tout.

FROXTIX.

Ah ! comment accorder mon honneur et Lisette ! Si je te le disois.

LISETTE

Oh ! la paix seroit faite, Et pour nous marier tu n'aurois qu'à vouloir.

n6 Poésies de Gresset.

FRONTIN

Eh bien ! l'homme qu'ici vous ne deviez pas voir Etoit un inconnu... dont je ne sais pas l'âge... Qui, pour nous consulter sur certain mariage D'une fille... non, veuve... ou les deux... Au surplus, Tout va bien... M'entends-tu ?

LISETTE

Moi ? non.

FRONTIN

Ni moi non plus.

Si bien que pour cacher et l'homme et l'aventure...

LISETTE

As-tu dit ? A quoi bon te donner la torture ? Va, mon pauvre Frontin, tu ne sais pas mentir ; Et je l'en aime mieux; moi, pour te secourir, Et ménager l'honneur que tu mets à te taire, Je dirai, si tu veux, qui c'était

FKO N T I N.

Qui?

LISETTE

Yalère.

Il ne faut pas rougir, ni tant me regarder.

Eh bien ! si tu le sais, pourquoi le demander ?

Le Méchant. \\n

LISETTE

Comme je n'aime pas les demi-confidences, II faudra m'éclaircir de tout ce que tu penses De l'apparition de Valère en ces lieux, Et m'apprendre pourquoi cet air mystérieux ;' Mais je n'ai pas le temps d'en dire davantage : Voici mon dernier mot : je défends ton voyage. Tu m'aimes, obéis. Si tu pars, dès demain Toute promesse est nulle, et j'épouse Pasquin.

FRONTIN

Mais...

LISETTE

Point de mais... On vient. Va, fais croire à ton maître Que tu pars ? nous saurons te faire disparaître.

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