‹ Poésies choisiesChapitre 204 sur 300 · A ^ŒSSIEURS J>ES PREVOST ET ECHEVINS DE PARIS · texte numérisé non relu

A ^ŒSSIEURS J>ES PREVOST ET ECHEVINS DE PARIS

Messieurs, Baïf qui n'a ny rente ny office En vostre prevosté, ne pas un bénéfice En vostre diocèse, et qui n'est point lié. Mais s'il veut vagabond, ny mort ny marié, ?Sy prestre, seulement clerc à simple tonsure. Qu'il a pris à Paris avec sa nourriture, Pour laquelle il s'y aime et y tient sa maison.

En faisant son pais, non pour autre raison Que pour libre jouir d'un honneste repos; Ce Baïf fait sa plainte et dit que sans propos, Et sans avoir égard à son peu de clievance *, A sa profession et à sa remontrance, Son voisinage veut le contreindre d'aller A la garde et au guet, le voulant égaller De tous points par cela au simple populaire, Et contre son dessein l'atlacher au vulgaire, Duquel, tant qu'il a pu, il n'a u plus grand soin En toutes actions que s'en tirer bien loin : Et pource il a choisi aux fauxbouigs- sa retraite, Loin du bruit de la ville en demeure segrette. Ainsi dans vos maisons loge paix et planté ^, Baïf, comme d'emprunt, soit du guet exemté.

Desja le doux printems nourrit et nous redoiuie Apres le rude yver une gave saison ; Le soleil chaleureux émeut la fleurison Des fruitiers promettans un plantureux autonne.

Naiade fait de fleurs mainte belle couronne, Procne estant de retour maçonne sa maison : Laisson, Grifin, laisson le concile ''et faison Un vovage à Manloue, à Vincence et Veronne.

Je frétille d'aller, je désire de voir Les. villes d'Italie et veu ramentevoir^ •Les marques des Romains, jadis rois de la terre.

A Dieu, Trente pierreuse, à Dieu les monts chenus, (Jui environ cinq mois nous avez retenus. Quand la France bouilloit d'une feloime guerre.

1. Bien, ridiesse (P;ils.firave,p. Ce mot est sorti de l'usage au 263; Joinville). xvii° siècle. « 11 y a desja long-

2. Voy. riutroductian. temps, dit Roguier-De^marais 5. Abondance*. (1100), au sujet dos verbes sou- 4. Le concile do Trente. Cette loir, ramentevoir et chaloir,

pièce est ainsi antérieure H.o63. qu'ils ne sont plus d'aucun "). Rappeler à mon souvenir*, usage. »

LES l'ASSE-TEMl'S. — II. ^ol

AMOUR UYSEAL'i

Uu eufaul oyseleur jadis eu un bocage Giboyant aux oyseaux veit dessur le branchajiL' D'un houx Amour assis ; et l'ayant apperçu Il a dedaus son cœur un grand plaisir conçu : Car l'oyseau senibloit grand. Ses gluaux il apreste, L'attend et le chevale -, et guetant à la queste Tasche de l'asseurer^ ainsi qu'il sauteloit. Enfin il s'ennuya de quoy si mal alloil Toute sa chasse vaine ; et ses gluaux il rue. Et va vers un vieillard estant à la charrue, Qui luy avoit appris le nicstier d'oyseleur. Se plaint et parle à luy, luy comte sou malheui, Luy monstre Amour branché. Le vieillard luy va dire, Uochaut son chef grisou et se ridant de dire :

« Laisse, laisse, garçon, cesse de pom'chasser La chasse que tu fais, garde toy de chasser Apres uu tel oyseau, telle proye est mauvaise ; Tant que tu la lairras*, tu seras à ton aise. Mais si, à l'âge d'homme, une fois tu atteins Cet oyseau qui te fuit et de qui tu te plains Comme trop sautelant, de son motif' s'apreste, Veuantà l'impourveu'^ se planter sur ta teste.

Que nous vaut, llouuequin, par des rymes ploinlives De nostre cher pais les malheurs lamenter, Sinon pour de plus fort nos douleurs augmenter, Et les faire après nous misérablement vives?

Le triste souvenir des fortunes chelives Par condolcnce ira nos cnfans tourmenter.

Page 1