‹ Poésies choisiesChapitre 246 sur 300 · Commune au frrand nombre · texte numérisé non relu

Commune au frrand nombre

;iO POÉSIES CHOISIES DE BAÏF,

La presse des plus forts m'emraeine, Les bons s'en vont descouragez...[û6]

Oui a peut eu avoir encore.

Oui n'en a point nul ne l'honore, Fust-il Orphée ou Avion.

Sçavoir ne vaut sans artifice.

L'cstat, l'office et bénéfice Viennent de là par fiction.

Qui ne sçait contrefaire et feindre N'y pent parvenir ny atteindre.

Rcva-t'en si tu es naïf.

Tu es ouvert, franc, débonnaire :

Et pource tu ne saurois plaire.

Que feras-tu, pauvre Baïf ?

Nul tout à fait tu ne courtises.

Tu hais de souffrir leurs vantises.

Tu n'as nul espoir qu'au bon roy.

Ton esprit en vain tu travailles.

Et penses tu bien que tu vailles Qu'un roy se souvienne de toy?

Resoiî toy la cour plus ne suivre ; D'ambition plus ne t'enyvre ; C'en est fait : tu n'y vaux plus rien. Retire toy ; passe t'en donques :

Et raccourci tes robes longues Et de la cour n'alten du ]iien...f24"'

Puisque les propos véritables Ne sont ouïs, contons des fables ; Possible on les escoutera.

Esopet les fit par l'oracle Pour en riant faire miracle En l'esprit qui les goustera.

Un loup, ayant faict une queste De toutes parts, en fin s'arreste

A l'huis d'une cabane aux champs, Au cry d'un enfant que sa nierc Menaçoit pour, le faire taire De jetter aux loups ravissans *.

Le loup qui l'ouït en euljoye 'ilsperant d'y trouver sa proyc :

Et tout le jour il attendit Que la mère son enfant jette.

Mîiis le soir venu, comme il guette, Un auti'c langage entendit.

Car la mère qui d'amour tendre Entre ses bras alla le prendre, Le baisant amoureusement Avecques luy la paix va faire :

Et le dorlotant pour l'altaire - Luy parle ainsi flateusement :

INenny, nennv, non, non, ne pleure :

Si le loup vient, il faut qu'il meure ; Nous tarons le loup s'il y vient.

Quand ce propos il ouït dire.

Le loup gronnnelant se retire :

Céans Ion dit l'un, l'autre on tient.

Une autre d'une autre manière.

Un serpent avoit sa tanière A l'huis d'un paisan bûcheron^; L'enfant du paisan ne s'avise Qu'il marche la beste surprise, (jui le mordit par le talon.

Le venin dans les veines glisse; Et soudain sa froide malice Montant jusqu'au cœur l'estouffa. L'enfant mourut : le pauvre père Et de douleur et de colère Contre le serpent s'eschaufa.

Pour vanger son fils, sa congnée

1. Imite d'Ésope. Cf. La Fou- 2. Le faire taire, laine, Fab. IV, xt(. 5. Iniilé d'Ésope.

512 l'OiiSIES CHOISIES DE BAÏF.

11 a sus le champ empongnée, Se plante au goulet' du serpent.

Et tant attendre délibère Que celle - niechaute vipère, S'elle"' sort, il tuc^ l'attrapant.

Elle de son meffait coupable, C.iuteleuse et non decevable, Guette autour devant que sortir.

Le père, hastif de vengeance.

Un coup de sa congnée élance Guidant ^ la beste mipartir.

Mais il la faillit ; cai- la teste De la beste à se plonger preste Dedans le trou se recacba.

La congnée à faute chassée D'une taillade on long tracée La roche du goulet trencha.

Geste vermine ainsin évite La vengeance et la mort subite.

A jamais du juste courroux La maripic sus le trou demeui'e Qui l'advertist qu'il ne s'asseure.

Aussi ne fait le serpent roux.

Gar par le conseil de sa femme Le paisan le se^i'pent reclame Et le recherche à faire paix, En mettant devant la tanière De celle vipère meurtrière .Du pain et du sel tout exprés.

Mais le serpent qui ne s'y fie.

Caché dedans son trou luy crie :

Jamais la paix je ne croiray Tant que la sépulture proche De ton enfant, et sus ma roche Ge grand coup marqué je verray.

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