‹ Poésies choisiesChapitre 48 sur 300 · Pris île Tli(;ocrile, Idijl. au xvr siècle, 2* éd., p · texte numérisé non relu

Pris île Tli(;ocrile, Idijl. au xvr siècle, 2* éd., p

xxni; cf. La Foiitaino, Dnphiiis 2. Funeslo, (jravis. Jadis nio-

et Alcimadui'e (Fal>.\ii,x\vi).\. nosyllaljique (Gcnin, Var., p.

Saintft-Benvc, Tnlil. de la poés. ibo). Cf. p. 6, iiolp 3.

POËMES. — m. 35

Aux cœurs luuuains il donne grand martyre; Mais de tous points dure en toute rigueur, j\e luy uionstroit nul sémillant de i'avour, jN'en ' doux parler, n'en douce contenance ; Me lui donnant d'amour nulle allégeance, Non un clin d'œil, non un mol seulement. Non de sa lèvre un petit branlemeut, Non le laissant tant approcher qu'il touche Tant soit petit à sa main de sa bouche, Non lui laissant prendre un petit baiser Qui peust d'amour le tourment apaiser.

Mais tout ainsi que la beste sauvage Fuit le chasseur, se cachant au boccage, Elle, farouche et pleiiie de soupçon, Fuioit cet honnne en la mesme façon.

Luy cependant, cuidant- venger l'injure Que lui faisoit cette cruelle et dure Pur un courroux, chagrin et despiteux.

Contre soi-mesme, lielas! fut impiteux : Car en un rien ses deux lèvres tant belles Se vont sécher ; il rouoit ^ ses prunelles Dedans deux yeux enfoncez, connue atteint Jusqu'à la mort. Il perdit son beau teint; Une jaunisse environna sa face.

Mais cependant pour tout cecy l'audace De sa cruelle en rien n'adoucissoil.

Tant qu'à la lin ayant son anie outrée De désespoir, il s'en vint où l'entrée On lui avait refusé tant de fois.

Ne lui faisant cpi'un visage de bois, El, devant riuiis maudit de sa mourdriere. Il sanglota sa conqiiainle dernière.

Et, larmoyant, donne un baiser dernier A l'huis ingrat ; puis se met à crier :

V Ingrate, ingrate, ô inhumaine, ù dure,

I. Llision ficqu , pour ne eu, 2 Peusaul '. ni LMi. 7i [| roulail"

36 l'UÉSlES CHOISIES DE UAIE.

iriinc lionne ô fière iiourriluro,

Toute de fer, indigne d'amitié,

Puis que tu as en horreur la pitié.

Je suis venu devers toy pour te faire

Le dernier don d'un cordeau dont j'cspjre

Plus d^ confort que de toy : car l'ennuy

Que j'ay par toy se guérira par luy.

Je ne veu [ilus doresenavant estre

Tant importun, parlant à ta feneslre;

Mais je m'en vas où lu m'as condamné,

Au lieu d'exil que tu m'as ordoimé,

Par le sentier qu'on dit cpii achemine,

Là où se prend la seule médecine

Qui reste plus * aux amans langoureux,

Dedans le lac de Touhli bienheureux.

Mais, las, j'ai peur (tant d'une amour extrême

Je brusle tout) que, bien qu'estant à mesme

J'eusse en boivant tout ce lac épuisé.

Mon chaud désir n'en soit point apaisé.

Je vus mourir ; par la mort désirée

Ma bouche ira bientost estre serrée ;

Je te dirai, devant que m'en aller :

« La rose est belle et soudain elle jjasse ; Le lis est blanc et dure peu d'espace ; La violette est bien belle au printems, Kt se vieillist en un petit- de tems ; La neige est blanche, et d'une douce pluye Kn un moment s'écoule évanouie ; Et ta beauté, belle parfaitement, >'e pourra pas te durer longuement.

« Le temps viendra (si le destin te laisse Jouir un tems de ta belle jeuncsse),- Le tems viendra (|u'aprement à ton tour Tu languiras comme moi de l'amour.

J;' \a mourir, et de ma mort cruelle Tu n'entendras par autre la nouvelle.

t. F.iK.nrc ^1, , IV;. ± lu iicii (.1. Gl.'.

Mort il Ion luiis ici tu nie verras.

Et sur moi mort tes yeiu tu soûleras '

Puis qu'en vivant je n'ai pu si bien fane

Qu'en un seul point je t'aye pu complaire,

Quelque plaisir, je crois, je le f'eray

Quand pour t'ainier tué je nie seray.

Au moins, au moins, si mou trespas t'apporte

Quel(jue plaisir, si en ouvrant ta porte.

Pour ton amour si tu m'avises mort,

Que j'ay' de toi ce dernier réconfort.

De ce cordeau dont tu me verras pendre

Deslie-moi, aide* à me descendre.

.\u moins des yeux repan moi quelque pleur;

Quelque soupir tire moi de ton cœur.

Si ta rigueur se peut faire tant molle,

Pers à moi sourd quelque douce parolle,

Et donne moi, pour ton deuil ajiaiser.

Et le premier et le dernier baiser.

>'on, ne crains point qu'il me rende la vie.

Ne laisse pas d'en passer ton envie.

Et si tu as de moi quelque soucv,

Sur mon tombeau fays écrire cccv .•

Amour tua celui qui se repose

Ici dessous ; une belle en fut cause.

Démesurée en grande cruauté

Comme l'amant le fut en lovauté. i>

Quand il eut dit, une pierre il amené Au seuil de l'huis, et la dresse à grand peine : Monta dessus, et la corde attacha A un crampon que bien haut il ficha ; D'un nœud coulant son gosier il enserre, Puis de ses pieds il rejette la pierre. Et se débat demeurant là pendu, Tant qu'à la fin Icspiùt il a rendu.

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