LES ROSES
Au mois que lout est en viguour, Un jour que la blanchi^ Uuuicro Poiirnoit, comme elle est couslumiere, Souflaiit la jiiquanlo frescheur Dun petit vent qui devancoil Le char de l'aube ensafranée, Et devancer nous avançoit Le chaud prochain de la journée,
L'un chemin puis l'autre prenant Autour des planches compassées, A travers les sentes dressées Je m'en alloy' ' me ponrmenant, Au point du jour métant levé, A lui que me regaillardise Dans un jardinet abreuvé De mainte rigole fetisse-.
Je vy la rosée tenir Pendant sous les herbes penchantes, •Kt sur les simes verdissantes Se concrécr et contenii'.
Je vy dessus les choux fueilhis Jonster les gouttes rondelettes.
Qui dj l'eau tomiiant de là-sus Se laisovenl dé a grosselelles.
Je vv les rosiers s'éjouïr Cultivez dune fayon l)clle ; Je vv sous la clarté nouvelle Les Iresches fleurs s'épanouir ; Des perles blanches qui pendoyent
1. J'ulloye, conjugaison picarJe 2. Fetis, s.-, faili?, faictiz, bien qu'aimait Umsard (Abréné d<; fait, artistemonl (lîoqucf ; >' l'art poét.]. I" : Factice; i. Gl.)
Aux raincelets ' rosoyans - nées Leur mort du soleil attendoyent A ses premières rayonnées.
Les voyant, vous eussiez douté Si l'Aurore son teint colore . De ces tleurs, ou si de l'Aurore Los Heurs leur teint ont emprunté.
Sur la belle étoile et la fleur Venus pour dame est ordonnée, Une rosée, une couleur, Et une mesme matinée... [s]
Entre peu d''espace de fems Les fleurons des roses naissantes Diversement s'épanissantes , Par compas se vont departans^ ; L'un de l'éti'oit boulon couvert Se cache sous la vei'te fueiile.
L'autre par le bout entrouvert Pousse l'écarlatte vermeille.
Cetui-cv * plus au large met La haute sime de sa pointe Et l'ayant à demy déjointe Découvre son pourprin sonnnet ; Cetuy-là se desafuliloit Le chef de sa tendre coiffiu".?
Et déjà toutprest il sembloil D"étalli!r sa belle fueillure.
Bien tost après il a declos Du boulon riant l'excellence Décelant la drue semence Du safl'ran qu'il tenoit enclos.
Luy qui tantost resplendissant Monstroit toule sa chevelure,
i. Piminutif de ralnccau, petit par compas, régulièrement (Burg.
rameau (N.; L., étym, de Rin- Gl. .
ceau). 4. Celui-ci. Cetliii, qu'on trouve
"i. Couverts de rosée *. encore dans La Fontaine, est l'an
3. Se vont |)artiifroaiU, ouvrant tienne forme du cas régime.
Le voicy palle cl flétrissant
Qui perd riionneiir de sa fueillure.
,1e m'emerveilloys en pensant Comme l'âge' ainsi larronnesse Ravit la Initive- jennesse Des roses vieilles en naissant, Qnand voicy l'incarnate fleur Ainsi que j'en parle s'esveille ; Et couverte de sa rougeur La terre en éclatte vermeille.
De toutes ces formes l'effet, Et tant de soudaines nuances Et telles diverses naissances Un jour les fait et les défait.
0 nature, nous nous pleignons Que des fleurs la grâce est si brève Et qu'aussi tost que les voyons Un malheur tes dons nous enlevé.
Autant qu'un jour est long, autant L'âge des roses a durée ; Quand leur jeunesse s'est montrée Leur vieillesse accourt à l'instant.
Celle que l'étoille du jour A ce matin a veu naissante, EUe-mesmc au soir de retour A veu la mesme vieillissante.
Un seul bien ces fleurettes ont.
Combien qu'en peu de temps périssent.
Par succès ^ elles refleurissent Et leur saison plus longue font.
Fille, vien la rose cueillir Tandis que sa fleur est nouvelle :
Souvien-toy qu'il te faut vieillir Et que tu flétriras comme elle.
i. Souvent l'ém. au XVI' siùclo*. 5. Eu se succédant les unes 2 Fugitive". aux autres (h., ex. de Rabelais^.
A NICOLAS NIGOLAf»
J'ay grand pitié do nôtre raco humaini^, Nicûlaï, quand je pense à la peine Dont nous troublons nous mesnies nostre vie. Faits, malheureux, soit par nostre folie, Soit par destin, auquel dés la naissance Nous a soumis la divine ordonnance.
Mais je ne puis que je ne m'esmcrveille Considérant cette ame nompareille Qui de tant d'arts nous a fait ouverture En renforçant nostre foible nature.
Lon a domté mainte beste farouche.
Mettant à l'une un mors dedans la bouche, A l'autre on a sous le joug qu'elle porte Lié le front d'une courroye forte :
L'une nous sert en tems de paix et guerre. L'autre d'un soc ouvre la bonne terre.
Lon a trouvé le soigneux labourage, Et du fourment'^ et des vignes l'usage ; Lon a cherché dans le terrestre ventre Le dur acier ; dessus la mer on entre Dans les vaisseaux, et à rame ou à voile L'on vogue ayant l'oeil fiché sur l'étoile S'il fait serein ; s'il fait nuble^, en la carte Par le quadran lon voit si on s'écarte.
Mais de cecy rien si fort je n'admire, Ny de cent ars que je délaisse à dire, Comme je suis ravy de l'escriture Que tu as jointe avecque la peinture.
Quand ayant vu tant et tant de contrées Tu nous en as ces figures monstrées.