SUR LA TOMBE DE CADIEUX
Sur un îlot désert de l’Ottawa sauvage,
Le voyageur remarque, à deux pas du rivage, Un tertre que la ronce achève de couvrir:
Un jour quelqu’un, ici, s’arrêta pour mourir.
L'humble tombe des bois n’a ni grille ni marbre; Mais, poëte naïf, à l’écorce d’un arbre Cet étrange mourant confia son regret,
Jetant sa plainte amère au vent de la forêt.
La légende a doré cette histoire touchante :
L’arbre n’est plus debout ; mais le peuple qui chante, Bien souvent, au hameau, fredonne en soupirant La complainte qu’alors chanta Cadieux mourant.
O sinistre Ottawa, combien de sombres drames Dieu n’a-t-il pas écrits dans le pli de tes lames Et sur les flancs rugueux de tes âpres récifs !
Dans les ombres du soir, combien de cris plaintifs, Combien de longs sanglots, combien de plaintes vagues Ne se mêlent-ils pas aux clameurs de tes vagues ?
Ah ! c’est que, sous tes flots et dans tes sables mous, Bien des corps délaissés dorment dans tes remous !
Ceux-là n’ont pas même eu leurs quelques pieds de terre Leur linceuil est l’oubli •, leur tombe est un mystère. Jamais, au fond des bois, le touriste rêvant Ne lira leurs adieux sur le bouleau mouvant ;
Et, le soir, au foyer, nulle voix printanière Ne mêlera leurs noms aux chants de la chaumière.
Pour eux nuis souvenirs, nul bruit de pas aimés. . . Dans vos tombeaux errants, pauvres perdus, dormez 1
Ottawa, novembre 1866.
LEYIS
J’aime à te contempler, ô ma ville natale,
Quand les premiers rayons de l’aube matinale Baignent ton front resplendissant ;
Quand tes sapins touffus, quand tes pins gigantesques Font scintiller au loin leurs vertes arabesques,
Comme en un cadre éblouissant ;
Quand, tes milliers d'oiseaux en troupes se rassemblent, Et vont bâtir leurs nids sous les rameaux qui tremblent Aux flancs de tes âpres rochers ;
Quand sur ton front hardi, que le couchant colore,
Le crépuscule change en brillant météore La flèche de tes blancs clochers.
Hier l’herbe des champs ici croissait à 1 aise } Et depuis, au sommet de ta brune falaise, Tout un peuple est venu s’asseoir.
Maintenant, vers le ciel levant ta tête altière, Tu marches sans jamais regarder en arrière,. Pleine d’avenir et d’espoir !
Hier, ce fût en vain que l’on t’aurait cherchée... Hier tu sommeillais, immobile et penchée Sur les abîmes de l’oubli ;
Puis, l’œil triomphateur, la tête couronnée,
Tu surgis — et, soudant ta haute destinée, Québec ta rivale a pâli !
V;i- ! ne t’arrête pas au sentier de la gloire Souris à l’avenir ! ta place dans l'histoire Brille d’un éclat radieux ;
Fais resplendir au loin l’auréole guerrière Du noble chevalier dont tu dois être fière De porter le nom glorieux !