A MON VÉNÉRABLE AMI
M. l’abbé Thomas Caron, v. g.
Satan vient de s’enfuir au fond des noirs abîmes; L’immense sacrifice est enfin achevé :
Le monde a consommé le plus grand de ses crimes. Et le monde est sauvé !
Une hymne a retenti sons les sacrés portiques, Et les échos du ciel ont redit les cantiques Que les anges chantaient sur leurs lyres de feu. Des brûlants séraphins les augustes phalanges, Les chœurs éblouissants des sublimes archanges Entonnent l’hozanna de Dieu !
Hozanna ! hozanna ! du couchant à l’aurore ! De tous les jours créés ce jour est le plus beau ! Celui que l’homme immole et que le ciel adore Est sorti du tombeau !
L’univers tout entier frissonnait d’épouvante :
Le Christ était mourant. Dans sa rage sanglante, De vinaigre et de fiel un monstre l’abreuva.
Mais deux soleils à peiue ont passé sur sa tombe ; Et l’Homme-Dieu s’élance, ainsi qu’une colombe, Vers le trône de Jéhova.
Rugissant de courroux dans sa demeure immonde, L’orgueilleux Lucifer a frémi de terreur ;
Et la mort, jusqu’ici la maîtresse du moude A trouvé son vainqueur !
Pendant que de la nuit les profondes ténèbres Couvraient le Gol gotha de leurs voiles funèbres,
Une immense clarté dans les ombres a lui 1 Le Christ sort du tombeau tout rayonnant de gloire ; Tremblants, épouvantés, les gardes du prétoire Tombent foudroyés devant lui !
Il vit ! Et du tombeau secouant la poussière, Il apparaît ainsi qu’un astre radieux;
Et soudain, dans des flots d’éclatante lumière, On voit s’ouvrir les cieux !
Alors ! trois escadrons des célestes armées, Déployant dans les airs leurs lignes enflammées, Au devant du Sauveur dirigent leur essor ;
Et les blonds chérubins aux vêtements de neige D’ un vol harmonieux précédent le cortège,
Dans un nimbe de pourpre et d’or.
Enfin, le front caché sous leurs ailes brûlantes, Ils adorent le lils du Monarque éternel ;
Et, sur ses pas divins, leurs cohortes brillantes Remontent vers le ciel !
Comme ces globes d’or qni de leur blanche reine Suivent pendant la nuit la course aérienne,
Nous ces princes d’en haut suivent le Rois des rois. Dans l’espace semé de roses immortelles Ils chantent j et soudain les harpes éternelles Ont frémi d’amour sous leurs doigts.
Tressaillez d’allégresse, ô peuples de la terre I Chantez avec l’aurore un sublime hozauna !
Car Dieu vient d’opposer le pardon du Calvaire Aux foudres du Sina !
Sion ! ferme à jamais tes augustes portiques ; N’éveille plus l’écho de leurs lambris dorés ;
Plus d’agneaux égorgés dans tes parvis antiques, Sur tes autels sacrés !
Sur tes trépieds éteints plus de flammes flottantes De tes lourds encensoirs le nuage s’endost ;
Plus de fêtes la nuit aux lueurs éclatantes De tes sept lampes d’or !
Ne verse plus à flots le nard et le dictame ! N’embaume plus les airs du parfum le plus pur ! Ne brûle plus l’encens, la myrrhe et le cinname Dans tes urnes d’azur !
Suspendez vos accords, ô bardes do Solyme : Les harpes d’Israël ont horreur de vos mains Qui viennent d’immoler l’éternelle victime, Le sauveur des humains !
Malheur à toi, Sion ! Malheur aux déicides ! Bientôt tes ennemis cerneront tes raniparts ; Sur toi des légions de soldats intrépides Fondront de toutes parts.
A son banquet ton Dieu t’appela la première ; Mais, ingrate Sion, tu fus sourde à sa voix ; Et voilà que son bras a réduit en poussière Le sceptre de tes rois.
Il a lancé sur toi ses foudres vengeresses ;
Ton temple, tes autels sont détruits pour toujours Il a frappé du pied tes hautes forteresses,
Tes orgueilleuses tours !
Quitte, G-aliléen, ta retraite profonde ;
Va prêcher l’Eternel et ses nouvelles lois;
Humble et pauvre pêcheur, va conquérir le monde Ton arme, c’est la croix !
Et vous qu’à son banquet le Tout-Puissant convie, O race des Gentils! ô fortunés mortels !
A celui dont la mort vous a donné la vie Elevez des autels !
Tressaillez d’allégresse, ô peuples de la terre ! Chantez avec le ciel un sublime liozauna ;
Car Dieu vient d’opposer le pardon du Calvaire Aux foudres du Sina !
IY
Leurs voix roulaient encor dans les champs de l’espace, Et leur brillant essaim, comme un astre qui passe, S’élançait par delà tous les mondes ravis.
Les cieux ont entendu leurs hymnes solennelles,
Et les demeures éternelles Abaissent devant eux leurs augustes parvis !
Fleuves, ruisseaux, fontaiues Filtrant sous le gazon, Rochers, immenses plaines, Montagnes dont les chaîues Dentellent l’horizon !
Vagues, flots de la grève, Ecume du torrent,
Rameaux bouillants de sève Que la brise soulève De son souffle odorant !
Bruits confus du rivage Où s’endort le flot bleu, Foudres qui dans l’orage Déchirez le nuage Par un sillon de feu !
Des forêts murmurantes Orchestre aux mille voix, Ouragans et tourmentes, Cascades écornantes Grondant au fond des bois !
Brillant concert des mondes Astres mystérieux, Immensité des ondes,
Et vous, grottes profondes, Chantez le Roi des cieux !..
Chantez le Eoi des deux sur votre lyre immense ! Chantez le Roi des deux dans un commun transport Il est ressuscité : pour chanter sa puissance,
Unissez de vos voix le grandiose accord !
Chantez, êtres créés, sur vos lyres sublimes !
Car le jour du Seigneur est enfin arrivé :
Le monde a consommé le plus grand de ses crimes, Et le monde est sauvé !