‹ Poésies choisiesChapitre 4 sur 36 · A M. PAMPHILE LEMAY · texte numérisé non relu

A M. PAMPHILE LEMAY

POETE LAURÉAT DE l’ UNIVERSITÉ -LAVAL

Poëte, on t’applaudit ! poëte, on te couronne !

Le laurier du vainqueur sur ta tête rayonne ;

Le passant jette à flots des fleurs sur ton chemin Au tournoi de la lyre on t’a cédé l’arène ;

Ta muse à ses rivaux sourit en souveraine :

Et je ne suis plus là pour te serrer la main I

Pourtant, naguère eucor, suivant la même étoile,

Nous n’avions qu’une nef, nous n’avions qu’une voile ; Nos luths comme nos coeurs vibraient à l’unisson. Poëtes de vingt ans, c’étaient luttes sans trêve :

C’était à qui de nous ferait le plus beau rêve.

C’était à qui ferait la plus belle chanson.

Nous rêvions, nous chantions, — c’était là notre vie.

Et, rivaux fraternels, sans fiel et sans envie,

Nous rendions à la Muse un hommage pareil.

Tu charmais les zéphyrs, je narguais la bourrasque ;

Et nous voguions tous deux, toi songeur, moi fantasque, L’âme ivre de parfums, de joie et de soleil.

Nos soirs étaient sereins, nos matins étaient roses.

Tout était calme et pur ; nuis nuages moroses N’estompaient l’horizon, — ô présage moqueur !

J’aimais. . . et je croyais à l’amitié* fidèle ;

Tout me parlait d’espoir, quand le sort d’un coup d’aile, Brisajnes rêves d’or, ma boussole et mon cœur !

L’orage m’emporta loin de la blonde rive Où ton esquif flottait toujours à la déiùve,

Bercé par des flots bleus pleins d’ombrages mouvauts. Et depuis, ballotté par la mer écumante,

Hocbet de l’ouragan, jouet de la tourmente,

J’erre de vague en vague à la merci des vents.

Oui, je suis loin, ami ! mais souvent les rafales M’apportent des lambeaux de clameurs triomphales; Et j’écoute, orgueilleux, ton nom que l’on redit... Alors je me demande, en secret, dans mon âme,

Si tu songes parfois, quand la foule t’acclame,

A celui qui jadis tant de fois t’applaudit.

Chicago, octobre 1869.

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