LA CHANSON DE GERONTIAO
ans sa tombe solitaire L'enfant dort.
Tout à coup, hors de la terre
Sa main sort ; Cette main, toujours, encore,
Va cherchant Autour d'elle, de l'aurore
Au couchant.
Un géant, que la peur nomme
En tout lieu, Est là-bas, riant de l'homme
Et de Dieu ;
(i) Retranchée du 3e acte du drame Les Noces d'Attila.
La main de l'enfant s'allonge
De nouveau, Prend le géant et le plonge
Au tombeau !
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RESIGNONS-NOUS
'est la saison des avalanches ; Le bois est noir, le ciel est gris, Les corbeaux dans les plaines blanches, Par milliers, volent à grands cris:
— Mais, bientôt, de tièdes haleines Descendront du ciel moins jaloux, Avril consolera les plaines...
Résignons-nous.
C'est l'orage! Les eaux flamboient Et se heurtent comme des blocs, Les dogues de l'abîme aboient Et hurlent en mordant les rocs;
— Mais, demain, tous ces flots rebelles Se changeront, unis et doux,
En miroirs pour les hirondelles...
Résignons-nous.
C'est l'âge où l'homme nie et doute :
Soleils couchés et rêves morts !
A chaque tournant de la route Ou des regrets ou des remords!
— Mais, bientôt, viendra la vieillesse Élevant sur nos fronts à tous
La lampe d'or de la sagesse...
Résignons-nous.
Ceux qu'on aima sont dans les tombes, Les yeux adorés sont éteints, Dieu rappelle à lui nos colombes Pour réjouir des cieux lointains...
— Mais bientôt, d'une âme ravie, Seigneur! pour les rejoindre en vous, Nous nous enfuirons de la vie...
Résignons-nous.
Décembre 1856.