‹ Poésies complètesChapitre 97 sur 127 · LA CHANSON DE GERONTIAO · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE GERONTIAO

ans sa tombe solitaire L'enfant dort.

Tout à coup, hors de la terre

Sa main sort ; Cette main, toujours, encore,

Va cherchant Autour d'elle, de l'aurore

Au couchant.

Un géant, que la peur nomme

En tout lieu, Est là-bas, riant de l'homme

Et de Dieu ;

(i) Retranchée du 3e acte du drame Les Noces d'Attila.

La main de l'enfant s'allonge

De nouveau, Prend le géant et le plonge

Au tombeau !

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RESIGNONS-NOUS

'est la saison des avalanches ; Le bois est noir, le ciel est gris, Les corbeaux dans les plaines blanches, Par milliers, volent à grands cris:

— Mais, bientôt, de tièdes haleines Descendront du ciel moins jaloux, Avril consolera les plaines...

Résignons-nous.

C'est l'orage! Les eaux flamboient Et se heurtent comme des blocs, Les dogues de l'abîme aboient Et hurlent en mordant les rocs;

— Mais, demain, tous ces flots rebelles Se changeront, unis et doux,

En miroirs pour les hirondelles...

Résignons-nous.

C'est l'âge où l'homme nie et doute :

Soleils couchés et rêves morts !

A chaque tournant de la route Ou des regrets ou des remords!

— Mais, bientôt, viendra la vieillesse Élevant sur nos fronts à tous

La lampe d'or de la sagesse...

Résignons-nous.

Ceux qu'on aima sont dans les tombes, Les yeux adorés sont éteints, Dieu rappelle à lui nos colombes Pour réjouir des cieux lointains...

— Mais bientôt, d'une âme ravie, Seigneur! pour les rejoindre en vous, Nous nous enfuirons de la vie...

Résignons-nous.

Décembre 1856.

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