INCONSÉQUENCE
Ah! pourquoi donc les yeux, si ce n'est pour pleurer; Et le cœur, pour aimer jusques à la souffrance;
Et la chair, pour saigner et pourrir; et l’enfance, Pour vieillir; et l'espoir pour se désespérer!
Pourquoi surtout, pourquoi le mensonge du rêve, Quand on gémit captif de la réalité,
Si ce n’est pour en être à toute heure hanté,
Pour en apprendre aussi l’inanité, sans trêve!
Tout ce qui semble bon, à l’essai nous trahit. L’illusion nous rit: c’est par elle qu’on souffre!
Si nous nous élevons, en bas s’ouvre le gouffre Que nous creuse la fuite à mesure qu'on fuit!
Et nous tombons toujours comme fait un homme ivre, Toujours désespérés, mais fiers d’être debout!
Car nous nous relevons sans cesse, et jusqu’au bout Nous maudissons la vie, heureux de toujours vivre!
L AME
A MON PAYS ( l)
Beau pays canadien, vieille terre française,
Je voudrais te chanter: je ne te connais pas!
Tes bois n’ont point reçu l’empreinte de mes pas, J’ignore tes lacs bleus, tes monts où tout s’apaise.
Que j’aurais parcouru tes chemins à mon aise,
Et vogué sur tes eaux qui s’étendent, là-bas!
Tes arbres m’auraient pris entre leurs tendres bras, Et j’aurais oublié l’existence mauvaise...
De ton immense ciel, moins heureux que l’oiseau, Je n’ai pu contempler que le même morceau Sous lequel se dressait toujours le même érable!
Oh! ne m’accuse pas d’un coupable dédain!
Nul autre ne t’aima d’un amour plus certain!
Mais pleure sur mon sort à jamais misérable!...
( l) Depuis que ces vers sont écrits, l'auteur a parcouru les routes du pays, mais si peu !
L’AME SOLITAIRE
Préface . IX
Au lecteur . XXIII
LES HEURES D’AMOUR