LES MOTS
Puisque je t'aimerai toujours, malgré le temps,
A quoi bon te le dire en des mots inconstants,
Des mots fervents hier que demain rend frivoles ? Puisque change le sens intime des paroles Selon qu’un jour est né, selon qu’un jour est mort, A quoi sert de lier notre amour à leur sort ?
Les mots autrefois dits jamais ne se répètent Sans trahir quelque peu des âmes qu’ils reflètent; Comme des astres vieux, ils se sont refroidis,
Eux qui brûlaient au bord des lèvres de jadis. Leur forme ancienne s’est pour toujours effacée Et l’âme qui vibrait en elle a fui, blessée.
Nous avons nos baisers, nous avons nos regards, Leur sens subtil se rit des jours et des hasards,
Et rien n’altérera leurs jouissances pures Au temps, même lointain, des ivresses futures!
LES HEURES D’AMOUR
Je l’aime et le lui dis toujours en mêmes mots.
Avec de vieux frissons toujours, toujours nouveaux. Mon cœur changeant, pour elle est demeuré le même ; C’est mon ancienne voix qui lui dit que je l’aime; Et de l’accueil heureux le baiser coutumier,
O mystère d’amour! est toujours le premier!
Ma pauvre âme blasée aux choses de la vie,
Dès que je la revois, en est toute ravie!
C’est elle qu’en mon rêve attendri j’acclamais;
Et celle-là qui m’est si douce, et plus encore, Celle-là que d’un cœur toujours jeune j’adore,
Je ne l’aurai peut-être à moi, jamais, jamais!...
LE DÉSIR