LES SAULES
Il fait beau. Midi chauffe l'herbe.
L’ombre des maisons s’attiédit.
Et le grand soleil d’or superbe,
Plus lent dans l’azur, s’alourdit.
Pesant sur l’air tout bleu qu’il brûle Et refoule, on dirait, vers nous, L’astre mourant du crépuscule Au midi nous veut à genoux.
Il nous pèse sur les épaules Et nous met son feu dans le sang. . .
Oh! le frais ombrage des saules, Triste, endeuillé, mais frémissant!
En frissons de printemps, il passe Nous allégeant l’âme et la chair, L’ombrage saturé d’espace Où flotte une fraîcheur de mer.
VEILLES DU JOUR ET DE LA NUIT
Comme ils sont bons les maigres saules, Pour les vivants et pour les morts!
Arbres aimés des nécropoles Où n’entrent jamais les remords!
Que sous votre garde, bons arbres,
Je dorme pour l’éternité;
Vous valez bien mieux que les marbres, Trop froids en leur rigidité.
Les oiseaux dans votre feuillage Sans peur viennent bâtir leurs nids; Vous parlez moins du grand voyage Que les marbres et les granits.
Le frais qui tombe de vos branches Contient quelque chose de ceux Dont nous aimâmes les mains blanches, Dont nous adorâmes les yeux!
C’est pourquoi la mélancolie De vous semble en nappe pleuvoir...
Gardiens des tombes qu’on oublie.
Qui peut ne s’attrister à voir
LA CHANSON DES MOIS
Trembler vos longues silhouettes Ainsi que de verts souvenirs,
Vous, les monuments des poètes Que tueront les durs avenirs !
Oh! le frais ombrage des saules, Triste, endeuillé, mais frémissant.
Lorsque midi, sur les épaules, Lourd du soleil incandescent,
Pèse comme une épaisse chape, Et que de l'esprit angoissé Nul penser ailé ne s’échappe En un vol clair et cadencé!
LA CHANSON DES MOIS