‹ Poésies complètesChapitre 10 sur 40 · SEDUCTION · texte numérisé non relu

SEDUCTION

SOUVENT parmi les monts qui dominent la terre S'ouvre un puits naturel, profond et solitaire ; L'eau qui tombe du ciel s'y garde, obscur miroir Où, dans le jour, on voit les étoiles du soir. Là, quand la villageoise a, sous la corde agile. De l'urne, au fond des eaux, plongé la frêle argile. Elle y demeure oisive, et contemple longtemps Ce magique tableau des astres éclatants, Qui semble orner son front, dans l'onde souterraine, D'un bandeau qu'envieraient les cheveux d'une Reine, Telle, au fond du Chaos qu'observaient ses beaux yeux, La Vierge, en se penchant, croyait voir d'autres Cieux,

Ses regards, éblouis par des Soleils sans nombre, N'apercevaient d'abord qu'un abîme et que l'ombre. Mais elle y vit bientôt des feux errants et bleus Tels que des froids marais les éclairs onduleux ; Ils fuyaient, revenaient, puis s'échappaient encore ; Chaque étoile semblait poursuivre un météore ; Et l'Ange, souriant au spectacle étranger. Suivait des yeux leur vol circulaire et léger. Bientôt il lui sembla qu'une pure harmonie Sortait de chaque flamme à l'autre flamme unie : Tel est le choc plaintif et le son vague et clair Des cristaux suspendus au passage de l'air. Pour que, dans son palais, la jeune Italienne S'endorme en écoutant la harpe-Eolienne, Ce bruit lointain devint un chant surnaturel, Qui parut s'approcher de la fille du Ciel ; Et ces feux réunis furent comme l'aurore D'un jour inespéré qui semblait près d'éclore, A sa lueur de rose un nuage embaumé Montait en longs détours dans un air enflammé, Puis lentement forma sa couche d'ambroisie, Pareille à ces divans où dort la molle Asie. Là, comme un Ange assis, jeune, triste et charmant, Une forme céleste apparut vaguement.

Quelquefois un enfant de la Clyde écumeuse, En bondissant parcourt sa montagne brumeuse, Et chasse un daim léger que son cor étonna, Des glaciers de l'Arven aux brouillards du Crona, Franchit les rocs moussus, dans les gouffres s'élance, Pour passer le torrent aux arbres se balance. Tombe avec un pied sûr, et s'ouvre des chemins Jusqu'à la neige encor vierge des pas humains. Mais bientôt, s'égarant au milieu des nuages. Il cherche les sentiers voilés par les orages ; Là, sous un arc-en-ciel qui couronne les eaux. S'il a vu, dans la nue et ses vagues réseaux, Passer le plaid léger d'une Écossaise errante. Et s'il entend sa voix dans les échos mourante. Il s'arrête enchanté, car il croit que ses yeux Viennent d'apercevoir la sœur de ses aïeux, Qui va faire frémir, ombre encore amoureuse, Sous ses doigts transparents la harpe vaporeuse ; Il cherche alors comment Ossian la nomma. Et, debout sur sa roche, appelle Evir-Coma.

Non moins belle apparut, mais non moins incertaine,

De l'Ange ténébreux la forme encor lointaine.

Et des enchantements non moins délicieux

De la Vierge céleste occupèrent les yeux.

Comme un cygne endormi, qui seul, loin de la rive.

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