‹ Poésies complètesChapitre 16 sur 40 · A M. SOUMET, AUTEUR DE " CLYTEMNESTRE " ET DE " SAUL · texte numérisé non relu

A M. SOUMET, AUTEUR DE " CLYTEMNESTRE " ET DE " SAUL

POEME

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Voyez, en esprit, ces blessures : l'esprit, quand on dort, a des yeux et quand on veille, il est aveugle. EsciiYLE.

ÉJA, mon jeune époux? Quoi! l'aube paraît-elle? Non ; la lumière, au fond de l'albâtre, étincelle Blanche et pure, et suspend son jour mystérieux ; La nuit règne profonde et noire dans les cieux.

Vois, la clepsydre encor n'a pas versé trois heures ;

Dors près de ta Néra, sous nos chastes demeures ;

Viens, dors près de mon sein, >' Mais lui, furtif et lent, Descend du lit d'ivoire et d'or étincelant. Il va, d'un pied prudent, chercher la lampe errante, Dont il garde les feux dans sa main transparente ; Son corps blanc est sans voile, il marche pas à pas, L'œil ouvert, immobile, et murmurant tout bas :

« Je la vois, la parjure... interrompez vos fêtes. Aux Mânes un autel... des cyprès sur vos têtes... Ouvrez, ouvrez la tombe... Allons... Qui descendra? •> Cependant, à genoux et tremblante, Néra, Ses blonds cheveux épars, se traîne. « — Arrête, écoute, Arrête, ami ; les Dieux te poursuivent, sans doute ; Au nom de la pitié, tourne tes yeux sur moi ; Vois, c'est moi, ton épouse en larmes devant toi ; Mais tu fuis ; par tes cris ma voix est étouffée ! Phœbé, pardonne-lui ; pardonne-lui, Morphée. »

— " J'irai... je frapperai... le glaive est dans ma main ; Tous les deux... Pollion... c'est un jeune Romain...

Il ne résiste pas. Dieux ! qu'il est faible encore ! D'un blond duvet sa joue à peine se décore, L'amour a couronné ce luxe éblouissant... Ecartez ce manteau, je ne vois pas le sang. »

Mais elle : " O mon amant ! compagnon de ma vie ! Des foyers maternels si ton char m'a ravie Tremblante, mais complice, et si nos vœvix sacrés Ont fait luire à l'Hymen des feux prématurés, Par cette sainte amour nouvellement jurée. Par l'antique Vesta, par l'immortelle Rhée Dont j'embrasse l'autel, jamais nulle autre ardeur De mes pieux serments n'altéra la candeur : Non, jamais Pénélope, à l'aiguille pudique, Plus chaste n'a vécu sous la foi domestique. Pollion, quel est-il 7 » — " Je tiens tes longs cheveux.. Je dédaigne tes pleurs et tes tardifs aveux, Corinne, tu mourras... » — " Ce n'est pas moi ! Ma mère, Il ne m'a point damée ! Oh ! ta sainte colère A comme un Dieu vengeur poursuivi nos amours ! Que n'ai-je cru ma mère, et ses prudents discours?

Je ne détourne plus ta sacrilège épée ;

Tiens, frappe, j'ai vécu puisque tu m'as trompée...

,„ Ah ! cruel !... mon sang coule !... Ah ! reçois mes adieux ;

Puisses-tu ne jamais t'éveiller ! >j — « Justes dieux ! »

Ecrit en 1819.

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