POÈMES ANTIQUES & MODERNES
E texte qui a servi de base à la présente réimpression des Poèmes Antiques et Modernes, est celui de 1859, le dernier publié du vivant de l'auteur. Les premiers vers d'Alfred de Vigny, on le sait, parurent en 1822. Réimprimés, pour la plupart jusqu'à neuf fois, ils offrent un certain nombre de variantes, que complètent les corrections définitives. Notre but, en reproduisant ce premier recueil, n'est point tant de faire état de l'évolution du poète, que de donner une leçon exacte, conforme à la pensée de l'auteur et à la perfection de son art. Quelques fautes, laissées dans le texte de 1859, nous ont contraint de recourir à des éditions antérieures et, en particulier, à celles de 1852, dont Brizeux se fit le correcteur. On trouvera, en regard du titre des pièces, les références bibliographiques qui leur sont propres Nous les avons fait suivre des notes dont l'auteur crut devoir accompagner ses vers et, enfin, de quelques éclaircissements relatifs à l'origine et à l'intelligence des morceaux.
La Bibliographie des poèmes d'Alfred de Vigny a été établie par le Vicomte de Spoelberch de Lovenjoul {Les Lundis d'un Chercheur. Paris, Calmann-Lévy, 1894, in-18, pp. 101-147), et par Eugène Asse (Alfred de Vigny et les Editions originales de ses Poésies. Paris, Techener, 1895, in-8°). Elle a été complétée excellemment par M. Edmond Estève (Cf. : Édition Critique des Poèmes Antiques et Modernes. Paris, Hachette, Société des textes français modernes, 1914, in-18. Introd., pp. v-xxrv) et par M. Fernand Baldensperger (Œuvres Complètes de Alfred de Vigny, Poèmes. Paris, Conard, 1914, in-8°. Notes et éclaircissements, pp. 383-403).
PRÉFACE. — Bibliographie : Poèmes Antiques et Modernes, 1837 ; Poésies complètes, 1841 ; Poèmes Antiques et Modernes, 1846 ; Poésies complètes, 1852; Poèmes Antiques et Modernes, 1859.
La leçon originale de notre Préface est celle de l'édition de 1837, qui se trouve reproduite, sans aucun changement, — sauf une variante insignifiante — dans toutes les éditions postérieures. La place nous manque pour la faire suivre des trois introductions dont l'auteur fit précéder successivement le texte de ses éditions des Poèmes Antiques et Modernes, publiées de 1822 à 1829. On ne regrettera pas la première, celle de l'édition originale, consacrée, presque exclusivement, à la présentation d'un long poème lyrique, Héléna, qu'Alfred de Vigny écarta de ses œuvres ; et moins encore la seconde — 1829 — reproduite entièrement dans celle de 1837, mais on nous saura gré de trouver ici un court fragment de la troisième, — publiée également en 1829, — car elle nous édifie sur les procédés littéraires du poète d'Éloa.
« C'est bien peu de chose, — y lit-on, — qu'un livre comme celui-ci ; mais s'il plaît aujourd'hui, c'est qu'alors il étonna ; c'est peut-être qu'il prévenait un désir de l'esprit général, et qu'en le prévenant il acheva de le développer ; c'est qu'une goutte d'eau est remarquée lorsqu'elle jaillit au delà d'ime mer ou d'un torrent, une étincelle lorsqu'elle dépasse les flammes d'un grand foyer.
Si ce n'était appliquer de trop vastes idées à im humble sujet, on pourrait dire encore que la marche de l'humanité dans la région des pensées ressemble à celle d'une grande armée dans le désert. D'abord la multitude s'avance et n'aperçoit ni ses éclaireurs perdus en avant d'elle, au delà de l'horizon, ni les traînards qu'elle sème en arrière sur sa route ; elle sent bien le besoin du mouvement, mais elle en
ignore le terme ; chaque nouvel aspect, elle croit l'avoir découvert ; elle prend possession de l'espace ; et quoiqu'elle ne porte sa vue qu'à une étendue très bornée, elle marche incessamment dans des régions sans bornes ; elle s'aperçoit qu'on l'a précédée seulement lorsqu'elle trouve l'empreinte des pas sur le sable, et im nom d'homme gravé sur quelque p ierre ; alors elle s'arrête un moment pour lire ce nom, et continue sa marche avec plus d'assurance. Elle dépasse bientôt les traces du devancier, mais ne les efface jamais. Que ce pas ait été rencontré à une très grande ou courte distance, sur la montagne ou dans la vallée, qu'il ait fait découvrir un grand fleuve ou un humble puits, une vaste contrée ou une petite plante, une pyramyde ou le bracelet d'une momie, on en tient compte à l'homme qui l'osa fciire. Ce faible pas peut servir à créer une haute renommée, tant la destinée de chacim dépend de nous.
Dans cette rapide et continuelle traversée vers l'infini, aller en avant de la foule c'est la vie, rester en arrière c'est la mort même. » ^ . .„ ^ ..o.,^
1er juiUet 1829.
MOÏSE (p. 5). — BiBLiOGR. : Poèmes Antiques et Modernes, 1826 ; Annales Romantiques, 1827-1828 ; Poèmes, 1829 (2' et 3"= éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Certains commentateurs se sont appliqués à rapprocher cette œuvre, de jeunesse, du Génie du Christianisme {!" partie, livre ii, ch. iv). On y peut voir aussi l'influence de Byron. En 1820, les sujets empruntés à l'Ancien Testament étaient à la mode. Alfred de Vigny n'oublia jamais cette première méditation. « Oui, le vrai Moïse, — écrivait-il, le 27 décembre 1838, à Mademoiselle Camille Maunoir, — peut avoir regardé au delà de la tombe. Mais le mien n'est pas celui des Juifs. Ce grand nom ne sert que de masque à un homme de tous les siècles et plus moderne qu'antique : l'homme de génie, las de son éternel veuvage et désespéré de voir sa solitude plus vaste et plus aride à mesure qu'il grandit. Fatigué de sa grandeur, il demande le néant... » Il ajoutait : « Ce désespoir n'est ni juif ni chrétien, c'est peut-être un criminel mouvement, mais tel qu'il est, il me semble ne manquer ni de vérité ni d'élévation. »
Dans les éditions de 1826 et de 1829, ce poème est dédié à Victor Hugo. La dédicace disparut en 1837 et ne reparut jamais. Il est précédé, dans le premier de ces textes, de l'épigraphe suivante : « Le souffle de Dieu dans l'homme est une flamme dévorante. (Prov. Salomon.) »
ÉLOA (p. 12). — BmuoGR. : Éloa, ou la Sœur des Anges (Paris, A. Boulland, 1824, in-8") ; Poèmes, 1829 (2" et S'' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837; Poésies compl, 1841; Poèmes Ant. et Mod., 1846; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859,
Cette pièce est, la première en date, sans doute, d'une série de « Mystères » que Vigny, à l'imitation de Byron, se proposait de consacrer à des sujets, empruntés, pour la plupart, aux Ecritures. L'idée n'en était pas neuve, mais Alfred de Vigny eut le mérite de la rajeunir : elle devint, par la suite, un des principaux thèmes du Romantisme. « Éloa, écrit M. Henri de Régnier, (Figures et Caractères, p. 74) est la naissance même de la poésie moderne. Une eau lustrale a touché au front la muse païenne d'André Chénier, et c'est le pur diamant d'Éloa que nous retrouverons, noir comme la nuit, au diadème bizarre des anges dont Lamartine chanta la chute, et qui étincellera, bleu comme le ciel, à la couronne du Satan dont Hugo chantera la fin lumineuse. » Composé dans les Vosges et les Pyrénées, pendant les heures de loisir que lui laissaient les marches et les contremarches, Éloa fut terminé et écrit à Bordeaux en 1823. Alfred de Vigny avait d'abord intitulé son œuvre : L'Ange tombée (sic); puis, il biffa : tombée pour mettre : des ténèbres; enfin, il adopta le titre à. Éloa, emprunté, vraisemblablement, à La Messiade de Klopstock. L'examen des papiers laissés par le poète a permis d'établir que lorsqu'il écrivait Éloa, Vigny concevait également un poème de Satan, dont on trouvera quelques fragments dans l'édition donnée par M. Baldensperger. « J'ai fini Satan, écrivait-il à Victor-Hugo, le 3 octobre 1823, — lors de ses derniers préparatifs pour la guerre d'Espagne. J'avais le pressentiment de notre départ et me suis enfermé un mois pour cela. Je le crois supérieur à tout ce que j'ai fait; ce n'est pas dire beaucoup, mais c'est quelque chose pour moi. Cette composition s'est beaucoup étendue sous mes doigts. Elle renferme d'immenses développements... Je vous prie de faire imprimer Satan à part, tel qu'il est, sans corrections. Soulignez seulement comme non terminé ce qui vous semblera trop mauvais... »
On trouvera dans le Journal d'un Poète (pp. 257-260), l'ébauche d'une pièce à faire intitulée : Satan Sauvé. « Un des projets le plus longtemps caressés par Alfred de Vigny, écrit en note Louis Ratisbonne,
c'était de donner une suite à Éloa. Il avait longtemps porté l'idée de ce poème ; il en avait, à différents intervalles, esquissé et remanié le plan, écrit des vers. La pensée en était neuve et aussi belle que celle qui devait inspirer la première conception d'Éloa, lange-femme, l'ange de pitié, née d'une forme divine. Il s'agissait de tirer l'ange déchu de l'enfer, de sauver cette touchante damnée, la moins criminelle, la plus sympathique à coup siîr que l'enfer eût jamais reçue. Et le poète avait imaginé de sauver Satan lui-même par la grâce d'Éloa, d'abolir l'enfer par la vertu toute puissante de l'amour et de la pitié. »
LE DÉLUGE (p. 52). — Bibliogr. : Poèmes Ant. et Mod., 1826; Poèmes, 1829 (2^ et 3^ éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl, 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Le sous-titre de « Mystère », donné à cette pièce, est pris, comme celui d'Éloa, dans Byron. Le poème, offert, en 1852, à Emile Deschamps, devait tout d'abord être dédié aux mânes de Girodet, auteur d'un tableau représentant une scène du Déluge, qui avait obtenu le Grand prix Décennal, en l'an X. Un orage auquel le poète assista, lors de son séjour dans les Pyrénées, en 1822, a fourni à Vigny quelques-uns des passages les plus impressionnants de cette œuvre. L'auteur du Déluge projetait alors de composer plusieurs autres Mystères.
LA FILLE DE JEPHTÉ (p. 73).— Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; Poèmes, 1829 ; (2- et 3"^ éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et mod., 1859.
Sur l'origine de cette pièce, dont le douzième livre des Sages a fourni la matière, voyez l'intéressant travail de M. H, Alline : Deux Sources inconnues des Premiers Poèmes Bibliques de Vigny : L'abbé Fleury et Dom Calmet (Revue d'Hist. littér. de la France, oct.-déc. 1907). On trouvera, dans les Mélodies Hébraïques de Byron, une pièce, de même titre, à laquelle Vigny emprunta le rythme de ses vers.
LA FEMME ADULTÈRE (p. 78). — Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; Poèmes, 1829 (2'" et 3' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl, 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
En écrivant cette pièce (1819), l'auteur se proposait, surtout, d'apporter une sorte de commentaire poétique au Cantique des Cantiques, aux Juges, aux Nombres, et à l'Evangile selon Saint Jean. Dans une étude consacrée à Vigny, en 1835, Sainte-Beuve, se faisant l'interprète des admirateurs du poète, exprimait le regret que ce dernier eût modifié son poème, lors de la réimpression de 1829. Après cet alexandrin du paragraphe III (p. 83, V. 14) :
Et l'acier des miroirs que souhaitaient vos yeux,
l'auteur écarta, en effet, un morceau épisodique, de cinquante vers, débutant ainsi :
Mais quelle est cette femme étendue à la porte ?...
et leur substituant ces deux vers définitifs :
Voilà ce qu'il disait, et de Sion la Sainte Traversait à grands pas la tortueuse enceinte, etc.
Ajoutons que, dans l'édition de 1822, La Femme Adultère était précédé de l'épigraphe suivante : « Qu'un tourbillon ténébreux règne dans cette nuit ; qu'elle ne soit pas comptée dans les jours de l'année ! | Que cette nuit soit dans une affreuse solitude, et que les cantiques de joie ne s'y fassent point entendre ! | Que les étoiles de son crépuscule se voilent de ténèbres ! Qu'elle attende la lumière, et qu'il n'en vienne point ! et qu'elle ne voie pas les paupières de l'Aurore ! (Job). »
LE BAIN (p. 86). — Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; La Muse Française, avril 1824 ; Poèmes, 1829 (2'^ et 3^ éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Il s'agit là, on le voit, d'un morceau emprunté à une composition beaucoup plus longue, que l'auteur n'acheva point. En réimprimant ce fragment dans la Muse française de 1824 (Cf. Ed. critique, p.p. J. Marsan, II,
p. 187), Alfred de Vigny le fit suivre d'un autre morceau, intitulé : Chant de Suzanne au Bain, et qui n'est, à proprement parler, qu'une adaptation du Cantique des Cantiques. En voici le texte, qui fut reproduit, par la suite, dans les Annales Romantiques de 1826 :
De l'époux bien-aimé n'entends-je pas la voix ? Oui, pareil au chevreuil, le voici, je le vois. Il reparaît joyeux sur le haut des montagnes. Bondit sur la colline et passe les campagnes.
O fortifiez-moi ! mêlez des fruits aux fleurs ! Car je languis d'amour et j'ai versé des pleurs. J'ai cherché dans les nuits, à l'aide de la flamme, Celui qui fait ma joie et que chérit mon âme.
O ! comment à ma couche est-il donc enlevé !
Je l'ai cherché partout et ne l'ai pas trouvé.
Mon époux est pour moi comme un collier de myrrhe ;
Qu'il dorme sur mon sein, je l'aime et je l'admire.
Il est blanc entre mille et brille le premier ; Ses cheveux sont pareils aux rameaux du palmier ; A l'ombre du palmier je me suis reposée, Et d'un nard précieux ma tête est arrosée.
Je préfère sa bouche aux grappes d'Engaddi, Qui tempèrent, dans l'or, le soleil de midi. Qu'à m'entourer d'amour son bras gauche s'apprête. Et que de sa main droite il soutienne ma tête !
Quand son cœur sur le mien bat dans un doux transport. Je me meurs, car l'amour est fort comme la mort. Si mes cheveux sont noirs, moi je suis blanche et belle. Et jamais à sa voix mon âme n'est rebelle.
Je sais que la sagesse est plus que la beauté. Je sais que le sourire est plein de vanité. Je sais la femme forte et veux suivre sa voie : « Elle a cherché la laine, et le lin, et la soie.
Ses doigts ingénieux ont travaillé long-temps ; Elle partage à tous et l'ouvrage et le temps ; Ses fuseaux ont tissu la toile d'Idumée, Le passant dans la nuit voit sa lampe allumée.
Sa main est pleine d'or et s'ouvre à l'indigent ; Elle a de la bonté le langage indulgent ; Ses fils l'ont dite heureuse et de force douée, Ils se sont levés tous, et tous ils l'ont louée.
Sa bouche sourira lors de son dernier jour. » Lorsque j'ai dit ces mots, plein d'un nouvel amour, De ces bras parfumés mon époux m'environne, Il m'appelle sa sœur, sa gloire et sa couronne.
LE SOMNAMBULE (p. 91). — Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; Poèmes, 1829 (2^ et 3' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies com.pl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
C'est, avec La Dryade et Symétha, poèmes d'inspiration néo-grecque où se manifeste l'influence de Chénier, une des premières compositions d'Alfred de Vigny. Lue en 1822, chez Baour-Lormian, cette pièce qui fut adressée à Soumet, ne porte aucune dédicace dans l'édition de 1822. L'épigraphe manque également dans la leçon originale.
LA DRYADE (p. 95). — Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; Poèmes, 1829 (2« et 3'' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl. , 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Ecrit en 1815, sous l'inspiration des Idylles de Gessner, ce poème trahit encore l'influence de Chénier. L'épigraphe d'Eschyle qui le précède, mais qu'on chercherait en vain dans l'édition originale de 1822, est empruntée aux Euménides (v. 1-2, 22.)
SYMÉTHA (p. 102). — Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; Poèmes, 1829 (2" et 3" éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Composée en 1815, comme la précédente, cette pièce fut envoyée aux Jeux Floraux de Toulouse, en 1821. Elle y passa inaperçue. On admet généralement qu'elle fut inspirée par un poème de Millevoye, imité luimême de Théocrite, et intitulé : Symétha, ou le Sacrifice Magique. Dans l'édition originale, la dédicace à Pichald manque.
LE BAIN D'UNE DAME ROMAINE (p. 105). — Bibliogr. : Annales Romantiques, de 1827-1828 ; Poèmes, 1829 (2" et 3" éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl, 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
DOLORIDA (p. 111). — Bibliogr. : La Muse française, 1823 ; Annales Romantiques, 1825 ; Poèmes Ant. et Mod., 1826 ; Poèmes, 1829 (2' et 3' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Bien qu'on y relève quelques détails et des images propres à André Chénier et à Millevoye, c'est encore là un des poèmes où Vigny s'est souvenu complaisamment de Byron. L'anecdote qui sert de point de départ à Dolorida figure dans un recueil intitulé : Paris, Versailles et les provinces au xviii' siècle (t. II, édition de 1823) : « Je vous pardonne de bon coeur, disait un mari à sa femme avouant au lit de mort son infidélité, mais il faut qu'à votre tour vous usiez d'indulgence envers moi. Je vous avoue que, m'étant aperçu de ce que vous venez de m'avouer, je vous ai empoisonnée, ce qui est la cause de votre mort. »
LE MALHEUR (p. 119). — Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Écartée par l'auteur en 1822, cette « Ode » ne reparut qu'à partir
de 1841, dans l'édition Charpentier, réimprimée là, grâce à Sainte-Beuve.
Bien qu'elle porte, dans les réimpressions, la date de 1820, elle passa
pendant longtemps pour la plus ancienne des pièces d'Alfred de Vigny. On a prétendu qu'en la composant, notre poète ne fit qu'interpréter
un choeur de La Fiancée de Messine, de Schiller. Elle offre encore
quelque analogie avec un poème de même titre, de Gabriel de Moyria
(Paris, Lyon, 1820, in-8°).
LA PRISON (p. 124). — Bibliogr. : Poèmes, 1822 ; Tablettes Romantiques, 1823 ; Poèmes, 1829 {2' et 3'' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Cette pièce portait primitivement une épigraphe extraite du Livre de Job, que l'auteur supprima dans les éditions ultérieures. La voici : « C'est dans la tombe qu'on est à couvert du bruit qu'excitent les impies. | C'est là que ceux qui étaient enchaînés ne souffrent plus, et qu'ils n'entendent plus la voix de l'exacteur. »
Nous n'avons pas besoin de rappeler l'origine du poème. Le cas si curieux du « Masque de Fer » ne pouvait laisser indifférent l'auteur de Cinq-Mars. On lit dans le journal de Dujunca, lieutenant du Roi à la Bastille (Cf. Mémoires du Maréchal duc de Richelieu, 1790, t. III, p. 105) :
« Du. lundi 19 novembre 1703. Le prisonnier inconnu, toujours masqué d'un masque de velours noir, que M. de Saint-Mars avoit amené avec lui, venant de l'île Sainte-Marguerite, qu'il gardoit depuis longtemps, s'étant trouvé hier im peu plus mal, en sortant de la messe, il est mort cejourd'hui, sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie. Il ne se peut pas moins. M. Guiraut, notre aumônier, le confessa hier ; surpris de la mort, il n'a pu recevoir ses sacremens, et notre aumônier l'a exhorté un moment avant que de mourir... Et ce prisonnier inconnu, gardé depuis si longtemps, a été enterré le mardi à quatre heures de l'après-midi, 20 novembre, dans le cimetière Saint-Paul, notre paroisse... »
MADAME DE SOUBISE (p. 139).— Bibliogr. : Poèmes, 1829 (2«et3'^éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compL, 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compL, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Ce « conte » de la Renaissance, qui semble, à proprement parler, une ballade dans la manière de Victor Hugo, fut écrit, en mai 1828, à la Briche-en-Beauce, dans une propriété appartenant à M. de Saint-Paul, parent d'Alfred de Vigny, L'ouvrage de Le Frère de Laval, auquel il fait allusion dans l'épigraphe du poème, contient au livre xx de l'édition de 1884, les faits historiques qui, accommodés par le poète, contribuèrent à la création de son oeuvre.
LA NEIGE (p. 148).— Bibliogr. : Tablettes Romantiques, 1823 ; Annales de la Littérature des Arts, 1823 ; Poèmes Ant. et Mod., 1826 ; Poèmes, 1829 (2^ et 3' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compL, 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compL, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
C'est là encore une de ces pièces d'expression archaïque, grâce auxquelles Vigny se proposait de rivaliser avec Victor Hugo. Quand elle parut dans les Tablettes Romantiques et dans l'édition de 1826 des Poèmes Antiques et Modernes, cette oeuvre portait le sous-titre de « ballade ». En 1829, elle devint un « conte » et en 1837, un « poème ». Elle le resta.
LE COR (p. 153). — BiBLioGR. : Annales Romantiques, 1826 ; Poèmes Ant. et Mod., 1826 ; Poèmes, 1829 (2" et 3' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl , 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
C'est peu de temps après son mariage qu'Alfred de Vigny écrivit Le Cor. Publiée tout d'abord comme « ballade » (1826), cette pièce prit, dès 1829, le sous-titre de « conte ». Elle porte aujourd'hui celui de » poème ». Composé dans les Pyrénées, après un séjour que le poète fit à Gavarnie, en septembre 1824, ce poème, rappelant un récit inséré par Marchangy, dans sa Gaule Poétique (III, 71), s'inspirait parle détail de la Chronique des Prouesses et Faits d'Armes de Charlemagne, attribuée à l'archevêque Turpin. 11 semble qu'en écrivant Le Cor, Vigny ait voulu illustrer d'une manière inoubliable le thème le plus populaire de la poésie romantique.
On sait qu'Alfred de Vigny prépara, dans sa jeunesse, une tragédie de Roland, dont la première ébauche fut retrouvée dans ses papiers. Il n'y avait de supportable, a-t-il dit, dans Roland (Cf. Journal d'un Poète, p. 30), qu'un vers sur Jésus-Christ :
Fils exilé du ciel, tu souffris au désert...
LE BAL (p. 159). — Bibliogr. : Conservateur littéraire, 1820 ; Poèmes, 1822 ; Poèmes, 1829 ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl, 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
En réimprimant ce poème, en 1829, Vigny le fit précéder d'une dédicace à « M. Jules Lefèvre lisez Lefèvre-Deumier ■, auteur du Parricide, de Maria, des Mexicains. » Cet « envoi » disparut par la suite, et
l'œuvre subit quelques modifications, dont la plus importante porte sur
quatorze vers supprimés après le vers final de la présente édition (p. 163,
vers 20) :
Et que la salle au loin tremble de vos plaisirs.
Les douze premiers vers n'existent pas dans la version de 1822 ; divers fragments retrouvés ont été publiés récemment par M. Fernand Gregh.
LE TRAPPISTE (p. 164).— Bibliogr. : Le Trappiste, 1" éd., oct. 1822; 2- éd., déc. 1822 ; 3' éd., mars 1823, in-8° ; Poèmes Ant. et Mod., 1826 ; Poèmes, 1829 (T et 3'' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies com.pl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compL, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
Datée de 1822, cette pièce fut composée alors que Vigny était en garnison à Courbevoie. Sur le faux-titre de l'édition originale (octobre 1822), se trouve cette épigraphe : « Je suis devenu étranger à mes frères, parce que le zèle de votre maison m'a dévoré, et que les ouvrages de ceux qui nous insultaient sont tombés sur moi. »
Ces lignes furent remplacées, plus tard, par un texte que l'on crut emprunté au Moniteur, mais qui, en réalité, appartenait au Journal des Débats, du 15 juillet 1822. En voici la version intégrale :
« On a proposé au roi de profiter du temps pour quitter Madrid avec une escorte sûre ; mais l'infortuné prince n'a pu se résoudre à suivre ce conseil.
« Le bruit s'étant répandu parmi les gardes que le roi était emmené hors du palais, prisonnier des cortès, l'ardeur de cette troupe fidèle ne pouvait plus se contenir. Elle résolut de pénétrer jusqu'au palais et de mettre le roi en liberté. Après une charge meurtrière, ils parvinrent sur la place du palais. Ils attendaient impatiemment des ordres ; nul ordre ne fut donné de l'intérieur ! Figurez-vous le palais du roi entouré de ses malheureux gardes, dix pièces de canon braquées contre les portes et les fenêtres, et dix mille personnes, tant miliciens que bandits, poussant des cris épouvantables... Ils ont combattu... Le nombre des gardes échappés (vers l'armée de la Foi) est d'environ trois cents... Le roi a paru au balcon et a salué le peuple. »
En écrivant Le Trappiste, Vigny s'était proposé de faire connaître la persécution religieuse qui, à la suite de la Révolution d'Espagne, en 1820, avait entraîné l'expulsion des Trappistes de Sainte-Suzanne (Aragon).
Ce petit poème fit grand bruit. Il s'en écoula rapidement trois éditions. La troisième, mise en vente dans le courant de mars 1823, se vendait au profit des Trappistes espagnols et contenait, en manière d'appendice, une longue note — retranchée des éditions postérieures — dans laquelle Vigny racontait comment ces religieux, établis en Espagne depuis 1796, en avaient été chassés en 1821. On trouvera ce pathétique morceau, intégralement reproduit, dans Les Lundis d'un Chercheur, de Spoelberch de Lovenjoul (Alfred de Vigny, notes bibliogr., pp. 104-112), ainsi que dans les dernières éditions des Œuvres de Vigny, publiées par MM. Ed. Estève et F. Baldensperger. On sait que ce fut à la suite d'une entrevue qu'il eût avec le R. P. de Martres, prieur des Trappistes d'Espagne, réfugié en France, près de l'Archevêque de Paris, qu'Alfred de Vigny résolut de venir en aide aux moines persécutés.
LA FRÉGATE LA SÉRIEUSE (p. 175). — Bibliogr. : Poèmes, 1829 (2° et 3'' éd.) ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl, 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compl., 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
C'est encore là une des pièces écrites pour rivaliser, semble-t-il, avec les créations épiques de Victor-Hugo. On trouve, en effet, un peu de la fantaisie propre aux Orientales dans cette anecdote lyrique, et la date de 1827, mentionnée à la fin du poème, ne prouve nullement, comme on l'a cru, que cette pièce ait devancé celles du même genre, composées par Hugo en 1828, — date des premières Orientales. Nous ne dirons rien de son origine. La pièce fut très discutée ; des critiques allèrent jusqu'à reprocher à l'auteur de s'exprimer peu correctement dans la langue des marins. Lue chez la comtesse d'Agoult, par Alfred de Vigny lui-même, qui ne dédaignait point alors de faire figure dans les salons, elle n'y fut point goûtée, et sa chute, si l'on peut dire, servit médiocrement la réputation encore mal établie de l'auteur. L'histoire en est plaisante, telle que l'a rapportée la comtesse, dans ses Souvenirs.
« Un soir, chez moi, dit-elle, par très-amicale exception, car il savait à quoi s'en tenir sur le bel esprit des marquises, Alfred de Vigny consentit à lire un de ses poëmes inédits : La Frégate. Je l'en avais prié vivement, indiscrètement. J'en eus bien de la
mortification. La lecture, à laquelle j'avais convié toute la fleur aristocratique, les plus jolies femmes : la princesse de Bauffremont, la comtesse de Montault. sa sœur, la marquise de Castelbajac, sa gracieuse belle-sœur, la comtesse Frédéric de La Rochefoucauld, la comtesse de Luppé, mesdames de Caraman, d'Orglandes. la duchesse de Gramont. etc., — ne fut point du tout goûtée. Un silence consternant accueillit l'œuvre et l'auteur. — <i Ma frégate a fait naufrage dans votre salon, me dit, en se retirant. Alfred de Vigny. " — « Ce monsieur est-il vm amateur ? venait de me demander l'ambassadeur d'Autriche... » (Cf. : Daniel Stem : Souvenirs, 1880. p. 345).
Le récit du combat de « La Sérieuse " ne paraît tenir aucun compte de la vérité historique, bien que l'auteur ait eu recours, en composant son poème, à l'Histoire de l'Expédition d'Egypte et de Syrie, d Ader (Paris, 1826).
Le « Feu Saint-Elme », dont il est parlé au quatrième vers de la strophe vi, relate un phénomène électrique qui fait apparaître, en temps d'orage, de petites flammes à la mâture des navires : la « vieille tour » désignée dans la strophe xiv, est, selon une note de Vigny, la Tour des Arabes, près d'Alexandrie,
La Frégate la Sérieuse a fait l'objet de variantes ; dans l'une d'elles, le nom du Havre a été remplacé par celui de Toulon,
LES AMANTS DE MONTMORENCY (p. 192). — Bibliogr. : Annales Romantiques, 1832; L'Émeraude, morceaux choisis de littérature, 1832 : Revue des Deux-Mondes, 1" janv. 1832 ; Poèmes Ant. et Mod., 1837; Poésies compl, 1841; Poèmes Ant. et Mod., 1846; Poésies compl, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod.. 1859.
Un simple " fait-divers " rappelant le suicide, dans une auberge de Montmorency, le 29 avril 1829, du caissier du journal Le Voleur. Stéphane D., et de sa maîtresse Laure, drame parisien longuement commenté par les journaux du temps, a suffi à inspirer cette oeuvre sentimentale d'où naquit, croyons-nous, le genre poétique larmoyant qui, depuis, fit la fortune littéraire de quelques parnassiens. Lorsqu'ils parurent dans la Revue des Deux Mondes, réimprimés pour la troisième fois, ces vers étaient accompagnés de la note suivante : " En attendant la fin de La Première Consultation du Docteur Noir... M, Alfred de
Vigny nous adresse ce poème qui fait partie d'un nouveau recueil poétique intitulé : Élévations, et nous prie de déclarer qu'il désavoue toute autre copie qui aurait pu paraître ailleurs.
C'est dans une lettre à Sainte-Beuve, datée du 1'' décembre 1829, qu'on trouve pour la première fois, une allusion à ce genre de poème, dont Vigny ne composa que deux pièces : Les Amants de Montmorency et Paris. Il se proposait alors de dédier à l'auteur de Volupté la douzième de ses Élévations. Neuf ans plus tard, le 26 décembre 1838, alors qu'ij ne songeait peut-être plus à réaliser cette expression de son génie, il écrivait à Mademoiselle Camilla Maunoir : « J'ai nommé ces poèmes : Élévations, parce que tous doivent partir de la peinture d'une image toute terrestre pour s'élever à des vues d'une nature plus divine et laisser (autant que je le puis faire) l'âme qui me suivra, dans les régions supérieures : la prendre sur terre et la déposer aux pieds de Dieu. »
Douze pièces, nous l'avons vu plus haut, devaient former le recueil d'Élévations. Le poète ne les écrivit point, mais il en laissa diverses ébauches, dont quelques-unes figurent dans son Journal, aux années 1824 et 1825. Si l'on en croit le témoignage d'Alexandre Dumas, Marie Dorval, la plus brûlante des Muses du Romantisme, s'égayait beaucoup alors des petites « élévations » que lui faisait son singulier amant.
PARIS (p. 198). — BiBLiOGR. : Paris, Paris, Gosselin 1831, in-8" ; Courrier de l'Europe, avril 1831 ; Poèmes Ant. et Mod., 1837 ; Poésies compl., 1841 ; Poèmes Ant. et Mod., 1846 ; Poésies compL, 1852 ; Poèmes Ant. et Mod., 1859.
La pièce porte en sous-titre, dans l'édition originale de 1831 : Élévation onzième. Elle est précédée de la note suivante : « Ce poème, sorte de rêve symbolique, est détaché d'un recueil, incomplet encore, intitulé Élévations. Le temps emporte vite les événemens, les impressions, les pressentimens qu'ils font naître, qu'il peut être bon de donner sa |date à la moindre chose, quoique cette feuille soit du nombre de celles que le vent emporte, sans qu'on les ait vues passer. »
On a recherché en vain les origines de cette oeuvre. Les uns ont voulu voir là une imitation de La Cuve, de Auguste Barbier ; d'autres, une
réminiscence du Paris, de Théophile Gautier. Nous croyons simplement que l'effervescence parisienne et aussi l'admiration pour la Capitale du monde intellectuel, ont suffi à lui inspirer cette oeuvre, dont les thèmes principaux, — repris plus tard par Baudelaire (1) — se trouvent dans le Journal d'un Poète, aux années 1835 et 1847. On lit, en effet, à la page 221 de cet ouvrage : « Paris fut presque ma patrie, quoique la Beauce fût la véritable pour moi. Mais Paris, avec ses boues, ses pluies et sa poussière, Paris, avec sa tristesse bruyante et son éternel tourbillon d'événemens, avec ses revues d'empereurs et de rois, ses pompeux mariages, ses pompeuses morts, ses monotones fêtes, etc., etc. Paris, triste chaos, me donna de bonne heure la tristesse qu'il porte en lui-même et qui est celle d'une vieille ville, tête d'un vieux corps social... »
Dans le texte primitif de 1831, nous trouvons les notes suivantes que l'auteur écarta de ses autres éditions :
Page 202, vers 16 : L'un (') sortit en pleurant. — (1) M. l'Abbé de Lamennais.
Page 203, vers 11 : Liberté, crie un autre (-). — (2) Benjamin Constant.
Page 203, vers 23 : Derrière eux s'est groupée une famille forte (■^). — (3) L'Ecole Saint-Simonienne.
Désigné communément sous ce titre : Les Destinées, et formé de onze pièces, dont sept avaient été publiées séparément de 1843 à 1863, le recueil posthume des Poèmes philosophiques parut dans la première quinzaine de janvier 1864. Pendant plus de vingt ans, les admirateurs du poète attendirent ce livre, dont une annonce figure, sous forme de note, à la suite de La Sauvage, dans la Revue des Deux Mondes du 15 janvier 1843. « Les Poèmes philosophiques, y est-il dit, dont celui-ci est le premier, formeront un recueil qui doit faire suite aux Poèmes Antiques et Modernes. » Six autres pièces furent insérées successivement dans le même périodique : le 1*" février, le 15 mars et le 1" juin de l'année précitée, le 15 juillet 1844, le 1" février 1854, enfin le 15 janvier 1864. C'étaient : I. La Mort du Loup ; IL La Flûte ; III. Le Mont des Oliviers ;
(1) Cf. : Ed. des Fleurs du Mal, Paris, Crès, 1917, pp. 319-320.
IV. La Maison du Berger; V. La Bouteille à la Mer; VI. La Colère de Samson. L'apparition du dernier poème coïncidait avec la publication originale des Destinées, permettant au lecteur d'admirer quatre pièces nouvelles : 1" Les Destinées ; 2° Les Oracles ; 3" Wanda ; 4" L'Esprit pur. La quatrième, plus récente que les autres, avait été composée dixsept jours avant la mort d'Alfred de Vigny. Le volume paraissait, grâce aux soins de Louis Ratisbonne, moins de quatre mois après que le poète eut terminé sa laborieuse carrière.
Le texte que nous reproduisons est celui de l'édition originale, revu sur la réimpression des Poésies complètes, donnée la même année, et (pour les pièces antérieurement publiées) sur la leçon de la Revue des Deux Mondes, et celle des Poètes Français, de Eugène Crépet. L'ordre adopté dans la distribution des poèmes est conforme aux éditions anciennes. Bien que les manuscrits de l'auteur nous apportent un classement différent, nous ne nous sommes pas crus autorisés à modifier l'ordonnance établie et, depuis, respectée par les derniers publicateurs. On consultera fructueusement les notes et éclaircissements dont M. F. Baldensperger a fait suivre, dans son édition, les dernières pièces d'Alfred de Vigny.
LES DESTINÉES (p. 215). — Bibliogr. : Les Destinées. Poèmes philosophiques, Paris, Michel Lévy, 1864, in-8" ; Poésies complètes, (IV), nouv. éd. revue et corrigée, Paris, Michel Lévy, 1864, in-S" ; Ibid., 1866, in-18.
Ainsi que la plupart des Poèmes philosophiques, cette pièce a été écrite au Maine-Giraud, dans l'Angoumois, pendant un assez long séjour que le poète fit à ce domaine familial, où son inspiration s'accommodait aisément de la solitude. « J'y écoute mieux qu'à Paris — écrivait-il, le 4 septembre 1849, — les pensées qui bourdonnent sans cesse en moi, comme une cloche toujours agitée. » Reprenant un thème favori, ce poème des Destinées, qui semble avoir dû porter le titre des Constellations, a permis à l'auteur de tenter une heureuse appropriation de ce « rythme ternaire » que Brizeux, et après lui, Théophile Gautier, se flattaient d'avoir rénové au profit du lyrisme français.
LA MAISON DU BERGER (p. 223). — Bibliogr. : Revue des Deux- Mondes, 15 juillet 1844 (Tirage à part : Paris, Fournier, 1844, in-8°) ; Les Destinées, 1864 ; Poésies compl. (IV), 1864 ; Ibid., 1866.
Inspirée par l'amertume d'un amour contrarié, cette oeuvre, dont la première ébauche remonte à 1838, prit, peu à peu, la forme d'un poème symbolique consacré à l'éternel féminin. On a cherché longtemps à dévoiler le nom de la femme à qui sont dédiés ces vers ; Léon Séché, s'appuyant sur le texte d'une lettre inédite de Philippe Busoni à Emile Deschamps, a cru découvrir, sous le nom d'Eva, la mère d'Augusta Holmes. Quoiqu'il en soit, Alfred de Vigny, parut, en composant cette oeuvre, se souvenir, une fois encore, de Chateaubriand et de Byron. Le thème initial de la Maison du Berger appartient à ce passage du dixième livre des Martyrs : « Je n'ai jamais aperçu au coin d'un bois la hutte roulante d'un berger, sans songer qu'elle me suffirait avec toi. Plus heureux que ces Scythes dont les Druides m'ont conté l'histoire, nous promènerions aujourd'hui notre cabane, de solitude en solitude, et notre demeure ne tiendrait pas plus à la terre que notre vie. »
Dans la Revue des Deux Mondes, où elle parut d'abord, cette pièce
était accompagnée d'une note informant le lecteur que La Maison du
Berger servirait de prologue aux Poèmes philosophiques. Dans le Journal
d'un Poète, (année 1844), après s'être remémoré cet alexandrin fameux :
J'aime la majesté des souffrances humaines,
Alfred de Vigny écrit : « Ce vers est le sens de tous mes poèmes philosophiques : l'esprit de l'humanité ; l'amour entier de l'humanité et de l'amélioration de ses destinées ".
LES ORACLES (p. 240). — Bibliogr. : Les Destinées, 1864 ; Œuvres compl., {lY), 1864; Ibid., 1866.
Première strophe, vers 2 :
Fille de l'Océan, je te montrais mes bois.
On croit qu'il s'agit encore ici de Madame Holmes, mère d'Augusta, irlandaise d'origine, à laquelle le poète dédia, nous l'avons vu, La Maison du Berger et, plus tard, L'Esprit pur.
Au vers 1, de la strophe IV : Ulysse avait connu... lisez : Louis- Philippe.
LA SAUVAGE (p. 249). — Bibliogr. : Revue des Deux-Mondes, 15 janv. 1843 ; Les Destinées, 1864 ; Poésies compl, (IV), 1864 ; Ibid., 1866.
Toute la question des races inférieures et des « conquêtes » de la civilisation tient dans ces vers, où le poète, en s'inspirant de Chateaubriand, paraît avoir fait état de ses lectures de Fenimore Cooper et d'une documentation empruntée au livre de Alexis de Tocqueville, La Démocratie en Amérique, (Paris, 1836). Dix ans après, ce problème le préoccupait encore fortement : « C'est moi, écrivait-il, le 30 juin 1847, à Victor de Laprade, qui ai proposé L'Algérie ou la Civilisation Conquérante, pour prix de poésie. Cette revanche de la civilisation qui chasse partout le barbare me semble bien demeurer par devant l'histoire le trait caractéristique de notre siècle. L'homme civilisé ne doit plus faire naufrage sur aucune côte sans y être reçu par la civilisation. »
Il avait dit, le 31 janvier 1843, dans une lettre à sa traductrice anglaise. Mademoiselle Camilla Maunoir : « Je désire bien que La Sauvage vous occupe dans vos réflexions sérieuses. J'ai voulu prouver que la civilisation pouvait être chantée ainsi que la raison, que les races sauvages étaient coupables envers la famille humaine de ne pas avoir su honorer la femme, la culture, l'hérédité, former une société durable, et qu'il était juste que l'Europe les forçât d'en recevoir une. Quoique j'aime J.-J. Rousseau, ma conscience m'a forcé de prendre le thème contraire au sien. »
M. François de Curel a repris, on le sait, dans La Fille Sauvage, la thèse utopique d'Alfred de Vigny.
C'est à propos de cette pièce que Sainte-Beuve écrivit ces mots sans bienveillance : « De Vigny (sic) adonise son style, et il idolâtre son oeuvre. Il croit avoir renfermé dans son poème soi-disant philosophique, La Sauvage, toute la quintessence de la philosophie de l'histoire et le produit net de la pensée politique de ce siècle et de tous les siècles. Il gonfle ainsi chacune de ses productions, et, à force de la contempler, il finit par y voir tout un monde. On l'a dit très spirituellement, s'il osait, il
écrirait Poème épique en tête d'un sonnet. » (Causeries du Lundi, XI, p. 522). On consultera, à propos de La Sauvage, l'excellente étude de M. Jean Giraud : Toujours les Sources de Vigny (Revue d'Hist. litt. de la France, 1914.) — Sagamité : pâté de maïs. (Note de l'auteur).
LA COLÈRE DE SAMSON (p. 260). — Bibliogr. : Revue des Deux- Mondes, 15 janv. 1864; Les Destinées, 18M; Poésies compl. (IV), 1864; Ibid., 1866.
Cette pièce appartient vraisemblablement au cycle des Élévations. Datée d'Angleterre, elle paraît marquer une étape nouvelle dans la vie du poète, ce dernier l'ayant écrite peu de temps après sa rupture définitive avec Marie Dorval. C'était la première fois, depuis qu'il avait renoncé — au prix de quels douloureux sacrifices — à des amours mal partagées, qu'il se livrait ainsi en public. L'œuvre projetée, si nous en croyons M. Baldensperger, semble bien avoir été d'abord une Dalila, « symbole redoutable de la femme, maîtresse perfide qui livre à ses amis celui qui l'aimait... » On lit dans le Journal inédit, à la date du 7 avril 1839 : « Depuis longtemps, j'avais le sentiment de la conception de ce poème dans la tête, mais le dessein ne me satisfaisait pas. En voyageant et en passant à Tours, j'ai écrit dans une auberge, au mois de décembre, une esquisse en prose, dont le mouvement était bien jeté. Je l'ai crayonnée et je l'ai oubliée en portefeuille. Un jour à Londres, je l'ai regardée comme un peintre regarde l'esquisse d'un autre peintre, et la jugeant comme oeuvre d'art, je l'ai approuvée, et me suis donné l'autorisation de peindre le tableau. Hier, ici, j'ai pris la toile et je l'ai peint en deux jours ; c'est une bonne manière de faire. »
LA MORT DU LOUP (p. 267).— Biblliogr : Revue des Deux-Mondes, 1" février 1843; Les Destinées, 1864; Poésies compl. (IV), 1864; Ibid., 1866.
On l'a dit, un souvenir byronien, en fournissant au poète une saisissante image, lui inspira cette pièce que d'aucuns regardent comme un des chefs-d'oeuvre de la poésie française : « La vie et la douleur, lit-on dans Childe Harold (IV, xx), — jettent surtout de profondes racines
dans les cœurs déserts et désolés : le chameau marche muet sous les plus lourds fardeaux, le loup meurt en silence. Profitons de l'exemple qu'ils nous donnent... » Il est juste d'observer, néanmoins, que l'œuvre ne vaut pas seulement par ses réminiscences littéraires, mais encore par des souvenirs traditionnels que le goût du terroir rendait infiniment chers à notre poète. A l'en croire, ces vers d'un souffle si pur, trahissant une inspiration abondante, durent lui coûter quelque effort. « C'est une saignée pour moi que d'écrire quelque chose comme La Mort du Loup, » écrivait-il au marquis de Lagrange, le 24 novembre 1843.
LA FLUTE (p. 272). — Bibliogr. : Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1843; Les Destinées, 186^ ; Poésies compl. (IV), 1864; Ibid., 1866.
Le sens intime de cette pièce nous est fourni, tout à la fois, par le Journal d'un Poète, à la date de 1840, et par une lettre à Edmond de Wailly, du 2 avril 1843. Dans son Journal, faisant allusion à ce vers du poème :
Des organes mauvais servent l'intelligence,
Alfred de Vigny commente de la sorte l'accident dont fut victime l'auteur de La Recherche de la Vérité. « Malebranche était idiot jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Une chute le blesse à la tête : on le trépane. Il
devient un homme de génie Descartes trépané, fut devenu peut-être
idiot. I Un élève de Polytechnique acheva dans le somnambulisme et trouva dans le sommeil le problème qu'il avait en vain cherché tout éveillé. Preuve que l'âme se détache des organes, agit et perçoit sans eux. »
LE MONT DES OLIVIERS (p. 280). — Bibliogr. : Revue des Deux- Mondes, 1" juin 1843 ; Les Destinées, 1864; Poésies compl. (IV), 1864; Ibid., 1866.
Cette pièce appartient à la série des Élévations. On admet généralement qu'elle fut composée entre les années 1839 et 1840. La dernière strophe, intitulée : Le Silence, ne figure pas dans le texte de la Revue des Deux-Mondes. Elle parut pour la première fois en 1864, dans l'édition originale des Destinées, publiée par Louis Ratisbonne.
LA BOUTEILLE A LA MER (p. 288). — Bibliogr. : Revue des Deux- Mondes, 1"' févr. 1854 ; Les Poètes français, p.p. Eugène Crépet, IV,
1863 ; Les Destinées, 1864; Poésies compl. (IV), 1864; Ibid., 1866.
Ce poème, ébauché plusieurs années avant de paraître, illustre assez bien, selon M. Estève (Cf. Revue d'Hist. litt. de la France, oct.-déc. 1913), l'idée émise par Bernardin de Saint-Pierre, dans la quatrième de ses Études de la Nature : « Un livre est une bouteille jetée en pleine mer, sur laquelle il faut coller cette étiquette : Attrape qui peut. » Achevés le 27 sept. 1853, ces vers étaient destinés à servir d'Épilogue aux Poèmes philosophiques.
« Tâchez que l'imprimerie se résigne à mes majuscules, » écrivait l'auteur, le 15 mars 1862, à Eugène Crépet, en lui retournant les épreuves corrigées de cette pièce. Et il ajoutait : « La pauvre petite Bouteille qui porte une science de plus à notre pauvre espèce humaine est l'héroïne du poème autant que le brave Capitaine. » On a dit assez justement que la technique navale ne fut point assez respectée dans cet ouvrage. La Bouteille à la Mer, fut le dernier fragment des Poèmes philosophiques publié du vivant de l'auteur. — Les « rocs » auxquels il est fait allusion dans la strophe IV, sont, d'après une note de Vigny, « les pics San Diego, San Ildefonso. »
WANDA (p. 299).— Bibliogr. : Les Destinées, 186^; Poésies compl. (IV) ,
1864 ; Ibid., 1866.
Après la date du 5 novembre 1847, un manuscrit ajoute : « Jeudi à une heure après minuit. » Une autre mention nous fournit, selon M. Baldensperger : Lu à Wanda, le 21 octobre 1857, mercredi à Paris, à 3 h. 1\2. " Dans toutes les éditions, le poème de Wanda est accompagné de quelques notes empruntées à l'ouvrage de N. Tourgueneff : La Russie et les Russes. On les trouvera ci-après ; elles apportent, croyons-nous, d'utiles éclaircissements à cette œuvre, dont les personnages demeurent fort énigmatiques. Pour plus de détails, voyez l'excellente étude de M. Jean Giraud : Toujours les Sources de Vigny (Revue d'Hist. litt. de la France, janvier-mars 1914).
(Tome I, p. 104) .-...Ce senties femmes surtout qui, dans cette circonstance comme toujours, ont agi le plus éloquemment.
Une d'entre elles, belle et accomplie, appartenant à une famille illustre, et nouvellement mariée à un des condamnés, N. M... (je crois Nicolas Mouravief Note de Vigny ), n'hésita pas un moment à le suivre en Sibérie, où son propre frère fut aussi envoyé. Là, elle donna le jour à un enfant. La rigueur du climat, dans l'endroit où elle se trouvait, était très défavorable à cette pauvre créature et à la mère elle-même.
Pendant longtemps, on sollicita pour cette famille la faveur d'être envoyée ailleurs, même dans cette affreuse Sibérie ; ce fut toujours en vain. La mort vint mettre un terme aux souffrances de cette femme héroïque.
Une autre, la jeune et riche épouse du prince Tr (Je pense Troubetzkoï), au
moment où l'arrêt qui condamnait son mari lui fut connu, déclara qu'elle le suivrait, malgré l'opposition de ses parents, qui n'étaient que des courtisans.
Un jeune Français, qui se trouvait attaché comme secrétaire particulier au
comte L... (peut-être Laval), père de Madame Tr pensant aux difficultés qu'aurait
pour elle un tel voyage, l'accompagna également. Il revint bientôt en France et put donner quelques renseignements sur la position des exilés. Lorsqu'elle fut arrivée à destination, on dit à la princesse Tr.,... que, son mari devant rester prisonnier, elle pourrait se loger dans une maison particulière et qu'elle aurait la permission de le voir une ou deux fois par semaine.
Elle persista à vouloir entrer elle-même en prison, être toujours auprès de lui.
On lui représenta vainement que, dans ce cas, elle ne pourrait conserver auprès d'elle personne pour la servir. Elle accepta toutes ces conditions, et continua longtemps à remplir elle-même les pénibles devoirs d'un ménage de prison.
(Tome III, p. 16) : ...Que la Russie, poussée nécessairement vers la civilisation européenne, n'y ait choisi avec ardeur que les formes et les usages superficiels.
(Mêm.e tome, p. 38) : L'esclavage et la Pologne, obstacles à la civilisation en Russie.
L'ESPRIT PUR (p. 312). — Bibliogr. : Les Destinées, 1864 ; Poésies compl. (IV), 1864 ; Ibid., 1866.
Toutes les croyances d'Alfred de Vigny et son idéal de poète semblent contenus dans ces vers, dont le titre est emprunté au troisième livre de la Recherche de la Vérité, par Malebranche.
Nul mieux que Vigny n'a été convaincu de la dignité et de la noblesse de l'intelligence. « La Pensée seule, note-t-il dans son Journal, la pensée pure, l'exercice intérieur des idées et leur jeu entre elles, est pour moi un
véritable bonheur. Ce qui importe, c'est de jouir de la possession entière de la pensée et de la vue anticipée de la forme et de la beauté accomplie d'une oeuvre souverainement belle. » Il a dit encore : « Les pères de la pensée valent bien les pères de l'Église : ceux-là seuls doivent être honorés ; n'ayez pas, ô jeune homme, une bibliothèque innombrable; ne rassemblez que les pères : ceux que les autres pillent et imitent Ils sont en petit nombre dans votre patrie... » {Journal d'un Poète. Poèmes à faire, p. 235), Ce poème, L'Esprit pur, — dont la dédicace à Eva rappelle encore le nom de Madame Holmes — est le dernier qu'ait écrit Alfred de Vigny, Ainsi, malgré le pessimisme de sa pensée, a-t-on pu dire qu'un chant d'espoir, sinon d'amour, clôt son oeuvre.
TABLE
TABLE
PREFACE DE L'EDITEUR i
PRÉFACE DE L'AUTEUR (MDCCCXXXvn) xiu