AUX DAMES
Pour les demi-dieux marins^ conduits par Nept^ ' STANCES.
V^ qu'une sagesse profonde Aux aventures de ce monde Préside souverainement; Et que Taudace est mal apprise De ceux qui font une entreprise Sans douter de l'événement !
Le renom que chacun admire Du prince qui tient cet empire Nous avoit fait ambitieux De mériter sa bienveillance, Et donner à notre vaillance Le témoignage de ses yeux.
Nos forces, partout reconnues, Faisoient monter jusques aux nues Les desseins de nos vanités; Et voici qu'avccque des charmes Un enfant qui n'avoit point d'armes Nous a ravi nos libertés.
Belles merveilles de la terre.
Doux sujets de paix et de guerre.
Pouvons-nous avecque raison Ne bénir pas les destinées.
Par qui nos âmes enchaînées Servent en si belle prison ?
POésiES DE MALHERBE. Cl
Xj'aise nouveau de cette vie Nous ayant fait perdre l'envie 3>e nous en retourner chez nous.
Soit notre gloire ou notre honte, 'Neptune peut bien faire compte l>e nous laisser avecque vous.
Nous savons quelle obéissance Nous oblige notre naissance De porter à sa royauté; Mais est-il ni crime ni blâme.
Dont vous ne dispensiez une âme Qui dépend de votre beauté ?
Qu'il s'en aille à ses Néréides, Dedans ses cavernes humides.
Et vive misérablement Confiné parmi ses tempêtes; Quant à nous, étant où vous êtcp.
Nous sommes en notre élément.
AU ROI HENRI LE GRAND
Sur rheureux succèi da voyage à Sedan.
ODE
l^NnN après les tempêtes Nous voici rendus au port; Enfin nous voyons nos têtes Hors de l'injure du sort.
Nous n'avons rien qui menace De troubler notre bonace;
6x POésiBS DB MALRBRBB.
Et ces matières de pleurs.
Massacres, feux et rapines.
De leurs funestes épines Ne gâteront plus nos fleurs.
Nos prières sont ouïes:
Tout est réconcilié;
Nos peurs sont évanouies:
Sedan s'est humilié.
A peine il a vu le foudre
Parti .pour le mettre en poudre,
Que, faisant comparaison
De Tespoir et de la crainte.
Pour éviter la contrainte
Il s'est mis à la raison.
Qui n'eût cru que ses murailles, Que défendoit un lion.
N'eussent fait des funérailles Plus que n'en fit Ilion, Et qu'avant qu'être à la fête De si pénible conquête.
Les champs se fussent vêtus Deux fois de robe nouvelle, i'- Et le fer eût en javelle Deux fois les blés abtttiu ?
Et toutefois, ô merveille !
Mon Roi, l'exemple des Rois, Dont la grandeur nonpareille Fait qu'on adore ses lois, Accompagné d'un Génie Qui les volontés manie.
L'a su tellement presser D'obéir et de se rendre.
POésiES DB MALHERBK. 6$
^^'il n'a pas eu pour le prendre Loisir de le menacer.
Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux; Bien n*est sûr en son rivage; Ce qu'il treuve il le ravage, Et, traînant comme buissons Les chênes et les racines, Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons.
Tel, et plus épouvantable.
S'en alloit ce conquérant, A son pouvoir indomptable Sa colère mesurant.
Son front avoit une audace Telle que Mars en la Thrace; Et les éclairs de ses yeux Etoient comme d'un tonnerre Qui gronde contre la terre, Quaad elle a fftché les cieux.
Quelle vaine résistance A son puisiiâit appareil N'eût porté la pénitence Qui suit un mauvais conseil.
Et vu sa fiiute bornée D'une chute infortunée.
Comme la rébellion Dont la fameuse folie Fit voir à la Thessalie Olympe sur Pélion ?
Voyez comme en son courage^ Quand on se range au devoir, La pitié calme l'orage Que rire a fait émouvoir.
A peine fut réclamée Sa douceur accoutumée, Que d'un sentiment humain Frappé non moins que de charmes.
Il fit la paix, et les armes Lui tombèrent de la mainé
Arrière, vaines chimères De haines et de rancueurs; Soupçons de choses amères.
Eloignez- vous de nos cœurs; Loin, bien loin, tristes pensées. Où nos misères passées Nous avoient ensevelis; Sous Henri, c'est ne voir goutte, Que de révoquer en doute Le salut des fleurs de lis.
O Roi, qui du rang des hommes
T'exceptes par ta bonté ;
Roi, qui de l'âge où nous sommes.
Tout le mal as surmonté;
Si tes labeurs, d'où la France
A tiré sa délivrance.
Sont écrits avecque foi.
Qui sera si ridicule
Qui ne confesse qu'Hercule
Fut moins Hercule que toi?
De combien de tragédies.
Sans ton assuré secours.
Etoîent les trames ourdies Pour ensanglanter nos jours?
Et qu'auroit fait l'innocence.
Si Toutrageuse licence.
De qui le souverain bien Est d'opprimer et de nuire.
N'eût trouvé pour la détruire Un bras fort conmie le tien?
Mon Roi, connois ta puissance:
Elle est capable de tout; Tes desseins n'ont pas naissance Qu'on en voit déjà le bout; £t la fortune amoureuse
De la vertu généreuse
Trouve de si doux appas
A te servir et te plaire.
Que c'est la mettre en colère
Que de ne l'employer pas.
Use de sa bienveillance, £t lui donne ce plaisir Qu'elle suive ta vaillance A quelque nouveau désir; Où que tes bannières aillent, Quoi que tes armes assaillent.
Il n'est orgueil endurci.
Que, brisé comme du verre, A tes pieds elle n'atterre.
S'il n'implore ta merci.
Je sais bien que les oracles Prédisent tous qu'à ton fils Sont réservés les miracles De la prise de Memphis;
Malherbe. 5
65 PpésiES DE MALHERBE.
Et que c'est lui dont Tépée, Au sang barbare trempée.
Quelque jour apparoissant A la Grèce qui soupire.
Fera décroître Tempire De rinfidèle Croissant.
Mais tandis. que les années Pas à pas font avancer L'âge où de ses destinées La gloire doit commencer, Que fais-tu, que d'une armée, A te venger animée.
Tu ne mets dans le tombeau Ces voisins dont les pratiques De nos rages domestiques Ont allumé le flambeau ?
Quoique les Alpes chenues Les couvrent de toutes parts Et fassent monter aux nues Leurs effroyables remparts.
Alors que de ton passage On leur fera le message, Qui verront-elles venir, Envoyé sous tes auspices.
Qu'aussitôt leurs précipices Ne se laissent aplanir?
Crois-moi, contente l'envie Qu'ont tant de jeunes guerriers D'aller exposer leur vie Pour t'acquérir des lauriers.
Et ne tiens point ocieuses Ces âmes ambitieuses.
POésiBS.DiC MALHBRBB. 67
Qui jusques où le matin Met les étoiles en fuite Oseront sous ta conduite Aller quérir du butin.
Déjà le Tessin tout morne Consulte de se cacher.
Voulant garantir sa corne, Que tu lui dois arracher; Et le Pô, tombe certaine De l'audace trop hautaine.
Tenant baissé le menton.
Dans sa caverne profonde S'apprête à voir en son onde Choir un autre Phaéton.
Va, monarque magnanime.
Souffre à ta juste douleur Qu'en leurs rives elle imprime Les marques de ta valeur. ' L'astre dont la course ronde Tous les jours voit tout le monde N'aura point achevé l'an Que tes conquêtes ne rasent Tout le Piémont, et n'écrasent La couleuvre de Milan.
Ce sera là que ma lyre, Faisant son dernier effort.
Entreprendra de mieux dire Qu'un cygne près de sa mort.
Et, se rendant favorable Ton oreille incomparable.
Te forcera d'avouer Qu'en l'aise de la victoire
Rien n*cst si doux que la gloire De se voir si bien louer.
Il ne faut pas que tu penses
Trouver de l'éternité
En ces pompeuses dépenses
Qu'invente la vanité ;
Tous ces chefs-d'œuvres antiques
Ont à peine leurs reliques;
Par les Muses seulement
L'homme est exempt de la Parque;
Et ce qui porte leur marque
Demeure éternellement.
Par elles traçant l'histoire De tes Faits laborieux, Je défendrai ta mémoire Du trépas injurieux; Et quelque assaut que te fasse L'oubli par qui tout s'efface, T^, louange dans mes vers.
D'amarante couronnée.
N'aura sa fin terminée Qu'en celle de l'univers.
CHANSON
V^u AUTRES que vous soient désirées.
Qu'autres que vous soient adorées.
Cela se peut facilement; Mais qu'il soit des beautés pareilles A vous, merveille des merveilles.
Cela ne se peut nullement.
POisiBS DE MALHBRBI. 69
Que chacun sous telle puissance Captive son obéissance.
Cela se peut facilement; Mais qu'il smt une amour si forte Que celle-là que je vous porte.
Cela ne se peut nullement.
Que le fâcheux nom de cruelles Semble doux à beaucoup de belles,
Cela se peut facilement; Mais qu'en leur âme trouve place Rien de si froid que votre glace.
Cela ne se peut nullement.
Qu'autres que moi soient misérables Par vos rigueurs inexorables.
Cela se peut facilement; Mais que la cause de leurs plaintes Porte de si vives atteintes.
Cela ne se peut nullement.
Qu'on scn'c bien, lorsque Ton pense £n recevoir la récompense.
Cela se peut facilement; Mais qu'une autre foi que la mienne N'espà^ rien et se maintienne.
Cela ne se peut nullement.
Qu'à la fin la raison essaie Quelque guérison à ma plaie.
Cela se peut facilement; Mais que d'un si digne servage La remontrance me dégage.
Cela ne se peut nullement.
Cela «e pe«^ ^e martyre Maisq^CSciivctctire, pcvou.««^«J^^„«ncmc«t.
CcU ne •« r^
•.V teint blôntic, PHiU.q«if^t;;"dc moi-même.
tcs«n.tav«t^«J„,ae o«r.
CVvercVvant » = ^^^ ^»uie,
pe \ui dire q^e-^^^^ç,. accuse Pai.qu-àmahoj« i^tcommuî
E„ cruelle école t^f^^JvaUe pe «bien chômer ^^^^^1
QuejcnefuMe^ nsonl
POésiES DE MALHERBE. 7I
^t les herbes les plus vulgaires M'en donneroient la guérison.
Mais, 6 rigoureuse aventure !
Un chef-d'œuvre de la nature, Au lieu du monde le plus beau Tient ma liberté si bien close, Que le mieux que je m'en propose C'est d'en sortir par le tombeau.
Pauvre Philis malavisée.
Cessez de servir de risée.
Et souffi^z que la vérité Vous témoigne votre ignorance.
Afin que perdant l'espérance, • Vous perdiez la témérité.
C'est de Glycère que procèdent Tous les ennuis qui me possèdent.
Sans remède et sans réconfort ; Glycère fait mes destinées.
Et comme il lui plaît mes années Sont ou près ou loin de la mort.
C'est bien un courage de glace.
Où la pitié n'a point de place.
Et que rien ne peut émouvoir; Mais quelque défaut que j'y blâme.
Je ne puis l'ôtcr de mon âme.
Non plus que vous y recevoir.
AU ROI HENRI LE GRAND
J £ le connois, Destins, vous avez arrêté Qu'aux deux fils de mon roi se partage la terre. Et qu'après le trépas ce miracle de guerre Soit encore effroyable en sa postérité.
Leur courage, aussi grand que leur prospérité. Tous les forts orgueilleux brisera comme verre; Et qui do leurs combats attendra le tonnerre. Aura le châtiment de sa témérité.
Le cercle imaginé, qui de même intervalle Du nord et du midi les distances égale.
De pareille grandeur bornera leur pouvoir.
Mais, étant fils d'un père où tant de gloire abonde, Pardonnez-moi, Destins, quoi qu'ils puissent avoi Vous ne leur donnez rien s'ils n'ont chacun un mond<
AU ROI HENRI LE GRAND
SONNET
IVloN roi, s'il est ainsi que des choses futures L'école d'Apollon apprend la vérité.
Quel ordre merveilleux de belles aventures Va combler de lauriers votre postérité !
FOésiBS DE MALHERBE. 73
Que VOS jeunes lions vont amasser de proie ! Soit qu'aux rives du Tage ils portent leurs combats, Soit que de l'Orient mettant l'empire bas, Us veuillent rebâtir les murailles de Troie.
Ils seront malheureux seulement en un point; C'est que, si leur courage à leur fortune joint Avoit assujetti l'un et l'autre hémisphère,
Votre gloire est si grande en la bouche de tous. Que toujours on dira qu'ils ne pouvoient moins faire, Puisqu'ils avoient l'honneur d'âtre sortis de vous.