POUR UNE FONTAINE
V OIS-TU, passant, couler cette onde,
Et s*6couler incontinent ?
Ainsi fuit la gloire du monde.
Et rien que Dieu n'est permanent.
CHANSON
Ous, debout, la merveille des belles !
Allons voir sur les herbes nouvelles Luire un émail dont la vive peinture Défend h Tart d'imiter la nature.
L'air est plein d'une haleine de roses,
Tous les vents tiennent leurs bouches closes.
Et le soleil semble sortir de Tonde
Pour quelque amour, plus que pour luire au monde.
On diroit, à lui voir sur la tcte
Ses rayons comme un chapeau de fête.,
Qu'il s'en va suivre en si belle journée
Encore un coup la fille de Pénée.
Toute chose aux délices conspire.
Mettez-vous en votre humeur de rire ; Les soins profonds d'où les rides nous viennent, * A d'autres ans qu'aux vôtres appartiennent.
Il fait chaud, mais un feuillage sombre Loin du bruit nous fournira quelque ombre, Où nous ferons parmi les violettes Mépris de Tambre et de ses cassolettes.
Près de nous sur les branches voisines
Des genêts, des houx et des épines.
Le rossignol, déployant ses merveilles.
Jusqu'aux rochers donnera des oreilles.
Et peut-être à travers des fougères Verrons-nous de bergers à bergères.
Sein contre sein et bouche contre bouche.
Naître et finir quelque douce escarmouche.
C'est chez eux qu'Amour est à son aise.
Il y saute, il y danse, il y baise.
Et foule aux pieds les contraintes serviles De tant de lois qui le gênent aux villes.
O qu'un jour mon âme auroit de gloire
D'obtenir cette heureuse victoire.
Si la pitié de mes peines passées Vous disposoit à semblables pensées !
Votre honneur, le plus vain des idoles.
Vous remplit de mensonges frivoles.
Mais quel esprit que la raison conseille.
S'il est aimé, ne rend point de pareille ?
Malherbe. io
146 POésiES DE MALHERBE.