PROPHÉTIE DU DIEU DE SEINE
STANCES (Au maréchal d'Ancre, le jour qu'il fut tué. 1617.)
V a-t'en à la malheure, excrément de la terre, Monstre qui dans la paix fais les maux de la guerre,
Et dont Torgueil ne connok point de lois ; En quelque haut dessein que ton esprit s'égare. Tes jours sont à leur fin, ta chute se prépare,
Regarde-moi pour la dernière fois.
C'est assez que cinq ans ton audace effrontée. Sur des ailes de cire aux étoiles montée.
Princes etTois ait osé défier :
La fortune t'appelle au rang de ses victimes, Et le ciel, accusé de supporter tes crimes.
Est résolu de se justifier.
152 POésiES DE MALHERBE.
STANCES (Pour Charles Chabot, comte de Chamy.)
Cnfin ma patience et les soins que j'ai pris
Ont selon mes souhaits adouci les esprits
Dont Pinjuste rigueur si longtemps m'a fait plaindre ;
Cessons de soupirer ; Grâces à mon destin, je n'ai plus rien à craindre.
Et puis tout espérer.
Soit qu'étant le soleil dont je suis enflammé Le plus aimable objet qui jamais fut aimé, On ne m'ait pu nier qu'il ne fût adorable ;
Soit que d'un oppressé Le droit bien reconnu soit toujours favorable.
Les Dieux m'ont exaucé.
Naguère que j'oyois la tempête souffler, Que je voyois la vague en montagne s'enfler. Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille,
A peu près englouti, Eussé-je osé prétendre à l'heureuse merveille
D'en être garanti ?
Contre mon jugement les orages cessés Ont des calmes si doux en leur place laissés, (Qu'aujourd'hui ma fortune a l'empire dp l'onde.
Et je vois sur le bord Un ange dont la grâce est la gloire du monde,
Qui m'assure du port.
Certes c'est lâchement qu'un tas de médisans. Imputant à l'amour qu'il abuse nos ans.
De frivoles soupçons nos courages étonnent ;
Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses âammes nous donnent
Ne savent ce qu'il est.
S'il a de l'amertume à son commencement, Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement, Et qu'aux appâts /In change une âme ne s'envole.
On se peut assurer Ou'il est maître équitable, et qu'enfin il console
Ceux qu'il a fait pleurer.