‹ Poésies complètes, avec préface, notes et glossaireChapitre 57 sur 72 · A MONSIEUR DE LA GARDE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LA GARDE

Au sujet de son Histoire sainte.

ODE

La Garde , tes doctes écrits Montrent le soin que tu as pris A savoir toutes belles choses ; Et ta prestance et tes discours Étalent un heureux concours De toutes les grâces écloses.

Davantage, tes actions Captivent les affections Des cœurs, des yeux et des oreille Forçant les personnes d'honneur De te souhaiter tout bonheur Pour tes qualités nonpareilles.

Tu sais bien que je suis de ceux Qui ne sont jamais paresseux

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POÉSIES DE MALHERBE. l8l

Sous l'influence d'un bon astre.

Oue vive et meure qui voudra !

La constance nous résoudra Contre l'effort de tout désastre.

Le soldat remis par son chef, Pour se garantir de m«5chcf, En état de faire sa garde, N'oseroit pas en déloger Sans congé, pour se soulager, Nonobstant que trop il lui tarde;

Car s'il procddoit autrement, Il seroit puni promptement Aux dépens de sa propre vie.

Le parfait chrétien tout msi, Créé pour obéir ici, Y tient sa fortune assenk

l82 POésiES DB MALHERBE.

Pour acquérir la renommée De 8*être affranchis de prison Par une lame ou par poison^ Ou par une rage animée.

Au seul point que Dieu prescrira

Mon âme du corps partira.

Sans contrainte ni violence;

De Tenfer les tentations

Ni toutes mes afHictions

Ne forceront point ma constance.

Mais, la Garde, voyez comment On se divague doucement.

Et comme notre esprit agrée Dé s'entretenir près et loin, Encor qu'il n'en soit pas besoin.

Avec l'objet qui le récrée.

J'avois mis ma plume à la main

Avec rhonorable dessein

De louer votre sainte Histoire;

Mais l'amitié que je vous dois

Par delà ce que je voulois

A fait débaucher ma mémoire.

Vous m'étiez présent en l'esprit En voulant tracer cet écrit.

Et me sembloit vous voir paroître Brave et galant en cette cour, Oh les plus huppés à leur tour ' Tâchoient de vous voir et connoître.

Mais ores, à moi revenu Comme d'un doux songe advenu

Qui tous nos sentiments cajole, Je veux vous dire franchement, Et de ma façon librement, Que votre Histoire est une école.

Pour moi, en ce que j'en ai veu J'assure qu'elle aura l'aveu De tout excellent personnage.

Et puisque Malherbe le dit.

Cela sera sans contredit.

Car c'est un très-juste présage.

Toute la France sait fort bien Que je n'estime ou reprends rien Que par raison et par bon titre.

Et que les doctes de mon temps Ont toujours été très-contents De m'élire pour leur arbitre.

La Garde, vous m'en croirez donc.

Que si Gentilhomme fut onc Digne d'éternelle mémoire, Par vos vertus vous le serez.

Et votre los rehausserez Par votre docte et sainte Histoire.

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