‹ Poésies complètesChapitre 25 sur 40 · LES DEUX BONNES SŒURS · texte numérisé non relu

LES DEUX BONNES SŒURS

LA Débauche et la Mort sont deux aimables filles. Prodigues de baisers et riches de santé, Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles Sous l'éternel labeur n'a jamais enfanté.

Au poète sinistre, ennemi des familles,

Favori de l'enfer, courtisan mal rente,

Tombeaux et lupanars montrent sous leurs charmilles

Un lit que le remords n'a jamais fréquenté.

Et la bière et l'alcôve en blasphèmes fécondes

Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes sœurs,

De terribles plaisirs et d'affreuses douceurs.

Quand veux-tu m'enterrer, Débauche aux bras immondes? O Mort, quand viendras-tu, sa rivale en attraits, Sur ses myrtes infects enter tes noirs cyprès?

LA FONrylINE DE SANG

IL me semble parfois que mon sang coule à flots, Ainsi qu'une fontaine aux rhythmiques sanglots. Je l'entends bien qui coule avec un long murmure, Mais je me tâte en vain pour trouver ma blessure.

A travers la cité, comme dans un champ clos. Il s'en va, transformant les pavés en îlots. Désaltérant la soif de chaque créature.

Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux D'endormir pour un jour la terreur qui me mine; Le vin rend l'œil plus clair et l'oreille plus fine!

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux; Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !

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