‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 24 sur 74 · SUR UN LIVRE BRETON · texte numérisé non relu

SUR UN LIVRE BRETON

Tel, en sa grisante fragrance, Votre livre, ami, m'a rendu Groix, Trégastel, la molle Rance Et les joncs roses du Pouldu.

La mer s'éveille au long des cales.

Voici Saint-Pol, Vannes, Tréguier, Les pâles villes monacales ; Roscoff assis sous son figuier ;

Et Morlaix, la vive artisane ; Guingamp, qui, fidèle à son duc, Montre maint coup de pertuisane Aux trous de son manteau caduc ;

Penmarc'h, désolé par Brumaire;

Auray la sainte ; Erg au flot blanc.

Et Lannion, qui fut ma mère

Et que mon cœur nomme en tremblant...

O genêts d'or de Lannostizes !

Les sources sanglotent. Là-bas, J'entends frémir sur les cytises Les abeilles du Bourg-de-Batz.

Et C'est ton âme triste et douce, Toute ton âme, ô mon pays, Qui pleure ainsi parmi la mousse Et chante ainsi dans les taillis.

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A V auteur du Livre de la Payse, André Theuriet, en lui adressant la Payse.

Maître très cher, s'il vous plaît, Ecoutez ma patenôtre.

Voici ma « Payse » : elle est Bien peu digne de la vôtre.

Celle que chantaient vos vers Eut les forêts pour marraines Et gardait dans ses yeux verts La fraîcheur des eaux lorraines.

Ce qu'en elle nous aimons, C'est la sœur et c'est l'amie :

Au milieu des goémons La mienne s'est endormie.

Je me suis longtemps penché Sur son tragique visage :

L'aile noire du péché L'avait frôlée au passage.

Et mes yeux, mes tristes yeux, Retrouvaient dans sa prunelle La muette horreur des lieux Que baigne une ombre éternelle...

C'est une âme d'occident.

Farouche, intraitable et prompte.

Considérez cependant Qu'elle est morte de sa honte.

Elle est morte au temps d'avril...

Vous oublierez tout le reste, Maître aimé, chantre viril De la forte vie agreste,

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